Découverte d'un jardin terrien

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En cette douce journée de printemps, Jacques passait l'après-midi dans son jardin à bêcher. Doucement, il préparait le terrain pour la plantation des pommes de terre tout en laissant les volailles qui caquetaient à ses pieds. Sans la moindre prudence, les poules plongeaient sous les pics de son outil pour avaler les lombrics visibles et se battaient pour avoir les plus gros. Parfois, le jardinier avait quelques secondes de répit, lorsqu'une de ses volailles décidait de se sauver avec un ver particulièrement appétissant. Les autres bêtes, mauvaises, partaient alors à sa poursuite pour lui voler à même le bec sans se soucier des insectes laissés derrière. À l'autre bout du jardin, des guêpes venaient déjà tourner autour des premières framboises et tentaient d'en laisser le moins possible aux humains. Et alors que Jacques rentrait à la maison pour déguster une limonade bien méritée, un minuscule vaisseau vint s'écraser parmi les magnolias, pétunias et hortensias.

L'engin rebondit de feuille en feuille et secoua sans ménagement son occupant. Bien heureusement, l'herbe épaisse suffit à adoucir la chute pour permettre à la machine d'atterrir sans dommage important. Quelques minutes plus tard, un alien posa les pieds sur Terre pour la première fois. Une combinaison complète l'entourait et cachait entièrement son corps tout en laissant apparaître une silhouette humanoïde. Du haut de ses deux centimètres, Qzar s'élança à la conquête de cette terre nouvelle. Muni d'un enregistreur dans son casque, l'alien décrivait en détail son environnement en tentant de comparer chaque chose à un objet déjà connu. Les fleurs jaunes et rondes étaient donc des mussratts, les petites bêtes rouges tachetées de points noirs des ivirs et les touffes vertes des grsazs. Quelques surprises attendaient tout de même le nouveau venu. Les pétales des fleurs n'étaient pas comestibles, la terre avait une étrange couleur marron au lieu du jaune habituel et d'étranges créatures à huit pattes voulaient le manger.

La première fois que Qzar croisa une telle créature, il nota simplement la présence des shlarks sur la planète et continua sa route sans y faire plus attention. Même si la couleur était, certes, légèrement différente et la bête un peu plus grosse, il ne faisait aucun doute qu'il avait croisé une paisible créature. Il songeait même déjà aux actionnaires ravis de voir apparaître une nouvelle race de l'animal domestique le plus populaire de tout le système Znays. Cette découverte risquait de rapporter une petite fortune, sauf pour lui, misérable explorateur payé au lance-pierre. Pouvait-il au moins espérer donner son nom à cette découverte ?

Après un rapide tour, une promenade de bien cinq mètres, il décida de retourner au vaisseau pour explorer une zone plus lointaine. Cependant, sur son retour, son regard fut attiré par une étrange sculpture en fil accrochée en bas d'une haie. Cette dernière, assez fine, représentait une sorte de cercle légèrement imparfait. D'un blanc pur, Qzar resta quelques secondes à admirer cet étonnant spectacle. S'agissait-il d'une œuvre d'art ? Sans aucun doute. Une espèce intelligente devait donc déjà vivre sur cette planète. L'alien décida de prendre le temps d'explorer les alentours pour tenter de trouver le créateur de cet incroyable travail et faire ainsi le premier pas avec les locaux. Malheureusement, au lieu de rencontrer un quelconque être vivant, Qzar ne trouva que cadavres d'insectes et œuvres d'art. De bien nombreuses sculptures reliaient feuilles et hautes herbes pour créer différentes formes. Cercle, carré, ovale, triangle et losange se bousculaient et se mélangeaient pour donner des œuvres toujours plus uniques. Ce petit coin de terre servait sans aucun doute d'atelier à un artiste, mais les restes de cadavres coincés parfois même dans les sculptures blanches semblaient indiquer que l'endroit était désert depuis longtemps. Qzar poussa un petit soupir de découragement, mais continua tout de même à fouiller cette zone de travail. Il inspecta même les bouts de pattes et les restes d'ailes pour vérifier qu'il s'agissait bien de corps. Certain que l'atelier était désert, Qzar s'autorisa à inspecter les sculptures en elles-mêmes et ne résista pas à l'idée de les toucher. Doucement, avec beaucoup de prudence, il attrapa un fil et, surpris du contact gluant, il tenta de retirer sa main immédiatement. Sans succès. L'alien comprit alors la supercherie et força de plus en plus sur son bras. Quelle créature pouvait être assez fourbe pour attirer des innocents avec des pièges aussi beaux ?

Rapidement, un nouveau shlark arriva près du petit alien. Ce dernier l'ignora et continua à tirer sur le fil pour tenter de l'arracher. Il fut cependant obligé de prêter attention à cette bête à huit pattes lorsqu'elle le mordit à l'épaule. Surpris, il la frappa d'un revers de la main sans même y réfléchir et la créature, furieuse, se jeta sur lui sans attendre plus longtemps. Ses mandibules claquèrent près du visage de Qzar et l'image des paisibles shlarks s'envola immédiatement. Dans cette lutte, la bête cassa de nombreuses sculptures et libéra l'alien qui, sans se soucier des dégâts, se sauva au plus vite pour rejoindre son vaisseau.

Et la terre trembla. Les feuilles s'agitèrent, les mouches s'envolèrent, les fourmis se sauvèrent et Qzar continua de courir. En apercevant son vaisseau, il ne put s'empêcher de sourire, mais une immense chose verte et caoutchouteuse écrasa son précieux véhicule d'un seul coup. S'arrêtant net, l'alien contempla les quelques restes du vaisseau sans y croire. Plus doucement, il s'avança pour mieux regarder. La porte d'entrée, sous la pression, avait été expulsée pour s'écraser contre une salade et quelques débris de verre incassable se trouvaient éparpillés sur le sol. Incapable de quitter cette planète et même incapable de prévenir ses collègues, Qzar admirait simplement les décombres sans prêter attention à l'immense créature plumée près de lui.

Était-ce un insecte, un ver, une graine, un reste de pâte ou même une coquille d'œuf ? La poule était bien incapable de le dire alors, dans le doute, elle le goba.
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Ninon Degares · il y a
Quelle imagination! Et l'écriture est pleine d'ingéniosité et d'ingénuité. Nous alons de surprise en surprise dans ce mignon petit récit merci pour ce savoureux moment de lecture
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marc arunen · il y a
Que de surprises pour le minuscule visiteur ! Et si nous étions à sa place ? Une poule ramenée à notre échelle aurait environ trente mètres de haut, une tégénaire, un peu plus de deux mètres. Le véritable monstre n’est pas celui que nous avons forgé dans notre imaginaire… Le pauvre explorateur finit son existence dans un gésier après avoir échappé à une terrible filandière ; de quoi repenser notre perception de la nature ! Cette nouvelle courte est bien agréable à lire. Merci à Pauline et peut-être au plaisir d’échanger avec elle.
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Cécile Emmeau · il y a
Bravo pour cette balade nature. Le petit alien semble finalement presque à sa place dans ce décor.
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dud59 · il y a
pauvre alien mais s'il avait rencontré des humains ça aurait pu être bien pire pour lui.
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Les Histoires de RAC · il y a
Une étonnante prise de bec ☺ Arrgh, atterrir dans un gésier ♪ Peut-être sortira t-il de l'œuf pour recouvrer sa liberté ? ♫
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Fred Panassac · il y a
Félicitations Pauline pour la recommandation du Jury ! J’ai beaucoup aimé !

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