Confusion

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Dans mon village, la rumeur courait qu'un grand chantier avait été entrepris dans la capitale, cette rumeur avait enflé jour après jour jusqu'à devenir une information : le creusement des fondations d'une construction inouïe et novatrice avait débuté dans la grande ville et les architectes du projet cherchaient de la main-d'œuvre pour mener à bien leurs travaux extraordinaires.
J'avais de l'expérience dans les métiers du bâtiment. Après les pluies torrentielles qui avaient détruit mon village et tous les alentours, j'avais participé, comme tous les hommes de la communauté, à la reconstruction des maisons dévastées. Nous avions refait les charpentes, posé les toitures, consolidé, quand ce n'était pas reconstruit, les murs des maisons, et ainsi, j'avais acquis une grande maitrise. J'accueillis cette nouvelle comme un miracle, je n'avais plus d'argent après ces années éprouvantes où j'étais sans travail.
Je pris quelques affaires, une bonne paire de chaussures de rechange, car comme chacun le sait, dans le bâtiment, il faut être bien chaussé, et je me mis en marche. J'étais trop pauvre pour me payer un moyen de transport confortable et rapide, mais marcher quelques jours ne me faisait pas peur.
En route, je me fis des compagnons. Comme moi, ils avaient eu vent de la nouvelle et ils marchaient vers la métropole. Nous venions de régions différentes, certains étaient partis depuis plusieurs jours déjà. Nous étions tous poussés par le besoin de survivre après la catastrophe qui nous avait anéantis, décimant pour certains leurs familles, pour d'autres tous leurs biens.
Le soir, nous partagions nos provisions, autour d'un feu réconfortant, car les nuits sont fraiches dans nos régions à cette période de l'année. Nous parlions de cette construction fantastique dont nous ne savions pratiquement rien, sauf que nous allions y gagner assez d'argent pour revenir, un jour, bienvenus dans nos villages.
Personne n'avait jamais visité la capitale et chacun laissait aller son imagination sur la largeur des avenues, la variété et l'abondance des commerces, l'argent qui coulait à flots dans les mains de celui qui était un bon travailleur.
À la fin du troisième jour, à l'horizon de l'étendue désertique, nous vîmes se profiler les remparts de la ville. En nous approchant, nous devinions l'énorme fossé dans lequel se déversait le grand fleuve que nous longions depuis la veille.
Nous passâmes le pont et arrivâmes devant la porte bleue et majestueuse de la cité. Nous pénétrâmes sans un mot, les yeux fixés sur le plafond et les murs du grand porche ornés d'animaux mythiques et intrigants et débouchâmes dans une large avenue, bordée à gauche par des jardins magnifiques et à droite par de hauts bâtiments comme nous n'en avions jamais vu auparavant.
Il nous fallut jouer des coudes pour rester ensemble et résister à la foule processionnaire qui entrait et sortait dans un flux continu.
Nous traversâmes la ville pour atteindre les quartiers plus modestes où nous espérions trouver un abri pour la nuit. Nous fûmes surpris par l'effervescence qui régnait dans chaque recoin de la capitale. L'annonce du chantier avait attiré une multitude d'ouvriers qui cherchaient tous du travail, comme nous, démunis après la période cataclysmique qui nous avait submergés.
Nous trouvâmes où dormir dans une sorte de grand dortoir, nos peu de moyens ne nous permettant pas d'espérer mieux. Nous nous regroupâmes comme nous pûmes pour mieux nous soutenir, il n'y avait pas assez de lits, et nous décidâmes que nous y dormirions à tour de rôle. Nous nous serrâmes les uns contre les autres pour observer cette foule étrangère qui, comme nous, cherchait où loger. Nos compagnons venaient des quatre points cardinaux, chacun racontait sa propre histoire qui ressemblait à l'histoire universelle, mais tous écoutaient et faisaient preuve d'une grande empathie.
Nous apprîmes que le recrutement commençait chaque matin dès l'aurore. Trop excités pour nous endormir, nous décidâmes de nous promener dans cette ville impressionnante.
Nous arrivâmes rapidement face à une succession de terrasses superposées, en recul les unes par rapport aux autres, comme une sorte d'amphithéâtre bordé par deux jardins. Plus bas s'étalait un autre espace encore plus magnifique. Un ingénieux système d'irrigation amenait l'eau du fleuve sur la plus haute terrasse, permettant à une végétation luxuriante de foisonner. On y voyait des palmiers, toutes sortes de saules, des ifs et des massifs de plantes odorantes dont j'ignorais le nom. Sur les corniches, de gigantesques statues avaient été érigées : j'aimais particulièrement cet étonnant taureau ailé qui surplombait une des esplanades.
Nous ne nous lassions pas de ce labyrinthe enchanteur, du parfum des fleurs, et c'est tardivement que nous regagnâmes notre pension, prenant bien soin de ne pas réveiller les hommes allongés sur nos lits. Nous nous couchâmes ainsi, sur le sol.
Le lendemain matin, au soleil levant, nous nous mîmes dans la queue devant le poste de recrutement.
Nous étions si nombreux que la panique me saisit. Aucune construction n'avait besoin de tant de main-d'œuvre, je me voyais déjà retourner au pays bredouille, mais à ma grande surprise, au bout d'une demi-journée d'attente, je me retrouvai, après avoir donné mon âge et mon nom, sans autre forme de procédé, engagé, ainsi que mes amis, pour travailler sur ce projet titanesque.
Immédiatement, nous suivîmes la longue procession qui nous amena à quelques kilomètres de la capitale sur les lieux de ce fameux chantier.
Nous restâmes muets devant l'immensité désertique qui s'étendait jusqu'au pied des montagnes au loin, et la grandeur de ce que nous allions construire me prit à la gorge comme une décharge d'émotion. La foule des travailleurs nouvellement recrutés contemplait, ébahie, la taille du terrain qui allait devenir pour longtemps notre lieu principal de vie.
Le contremaitre passa dans nos rangs, il cherchait des ouvriers pour construire de nouveaux fours. Je me portai volontaire, car j'en avais construit dans mon village pour y cuire le pain, les viandes ou les énormes galettes que l'on se partageait les jours de fête.
Il ne s'agissait pas bien sûr de cuire des tartes, mais de fabriquer les briques, pour que s'élève, au milieu de ce désert, cet énorme édifice.
Nous creusâmes d'abord de grands trous que nous recouvrîmes de coupelles de terre. L'intérieur du four permettait de poser des briques que d'autres façonnaient d'argile.
Ceux qui n'y connaissaient rien au bâtiment ramenaient du bois pour alimenter nos fours, la pauvreté de la végétation les obligeait à marcher de plus en plus loin chaque jour pour ramener des résineux.
Quand nous nous reposions, je regardais, comme hypnotisé, l'équipe composée des plus forts, qui creusaient les fondations. Le périmètre considéré était si gigantesque, que les ouvriers ne pouvaient se dénombrer, ils creusaient en ligne et ces lignes s'échappaient à perte de vue. Il était impossible de distinguer les silhouettes de ceux qui étaient les plus éloignés. Ils extrayaient chaque jour des quantités énormes de sables et de gravats, qu'une chaine humaine incessante emportait au loin, créant peu à peu un relief artificiel, en érigeant au fil des mois une nouvelle chaîne de collines.
Nous fabriquâmes des milliers, des millions de briques que nous empilions sur des sortes de plateaux que l'on acheminait au pied des fondations quand elles furent terminées de creuser.
Le chantier avançait rapidement, chaque ordre était compris de tous, il n'y avait pas de confusion dans les consignes. Chacun savait ce qu'il avait à faire et rien ne venait le perturber.
C'est ainsi qu'au fil des mois, sortit de terre un bâtiment colossal. Une tour qui se déployait comme une spirale, avec une sorte de chemin de ronde qui s'enroulait tout autour. Il y avait des maisons le long de ce chemin, et peu à peu on voyait surgir un village, puis une ville en volute, qui s'élevait vers le ciel.
Parfois, nous croisions les architectes qui discutaient entre eux, prenaient des mesures et dessinaient sur le sable de grands schémas que les maitres d'œuvre apprenaient par cœur pour en informer leurs contremaitres.
Il arrivait à ces architectes de regarder le soleil, comme s'ils y cherchaient un signe.
Nous chassions pour notre repas quelques gerboises, parfois des oiseaux grâce à des pièges que nous construisions. Nous les faisions rôtir dans les braises de nos feux de camp. Chacun racontait les légendes de chez lui, les histoires des Africains me passionnaient, il y avait toujours de la magie et des personnages extraordinaires, nous les écoutions tard dans la nuit. Puis, harassés par notre journée, nous dormions, groupés, à la belle étoile.
D'autres soirs, nous revenions à la ville, avides de découvrir les quartiers que nous ne connaissions pas encore. Un soir, nous arrivâmes devant le palais du roi, et nous fûmes sans voix en regardant cet immense bâtiment à la façade bleue. Devant le porche, une foule se massait pour demander audience. Nous nous éloignâmes pour ne pas être indiscrets. Ce palais et ses habitants nous inspiraient un immense respect.
De loin, nous admirâmes les décorations peintes sur les murs, faites de briques émaillées de toutes les tonalités de bleue. Nous pensions à ce que nous étions en train de bâtir, plus loin dans le désert, et nous nous sentîmes remplis d'un sentiment de reconnaissance et d'émotion de pouvoir contribuer à ce grand dessein dans une capitale aussi puissante et magnifique.
Nous revenions épuisés au camp et faisions des rêves peuplés d'animaux fabuleux aux ailes bleues.
Cela faisait maintenant plus d'un an que nous travaillions sur le chantier. La tour était si haute que les ouvriers qui la bâtissaient ne descendaient que rarement. Il leur fallait près de deux jours pour atteindre le chantier, et une certaine fois, quand le temps était gris, nous n'en voyions plus le sommet.
Il était de plus en plus pénible de monter les palettes de briques, mais chacun faisait la tâche que le contremaitre lui avait confiée, petit rouage du grand engrenage sans grain de sable de ce chantier gigantesque.
Chaque jour, il arrivait de nouveaux ouvriers, certains venus de pays que nous ne connaissions pas, plus petits, la peau jaunie, avec des fentes si étroites que l'on devinait à peine la couleur de leurs yeux. Ils étaient venus à pied, avaient franchi des montagnes et de larges fleuves, plus de deux fois plus larges, disaient-ils, que celui qui bordait notre capitale. Ils nous racontèrent des histoires de dragons, qui à la lueur des feux de bois nous impressionnèrent beaucoup.
Et puis, il y eut un soir, il y eut un matin...
Le ciel tout à coup devint noir, cela nous rappela de mauvais présages, et chacun crut que des pluies torrentielles allaient une fois encore noyer nos maisons et nos enfants, mais il n'en fut rien. Un vent terrible se mit à souffler et à tourbillonner autour de la tour, puis balaya le désert. Je me protégeais de mon mieux. J'avais l'habitude du simoun, mais le vent qui se déchainait, ne soulevait pas le sable, il soufflait sur nous et sur la tour, sans rien toucher d'autre.
Cela dura longtemps, et à la fois, ce fut si court.
Le vent s'arrêta et suivit un silence pétrifiant.
Nous nous relevâmes en tremblant, et regardâmes autour de nous, découvrant un spectacle de cauchemar. Le haut de la tour avait cédé sous les rafales terribles, écrasant les ouvriers. Certains étaient tombés, se fracassant de toute la hauteur vertigineuse, sur le sable.
Ce qu'il restait de la tour laissait apparaitre de longues fissures qui n'auguraient rien de bon.
Quelqu'un se mit à hurler. C'était un des architectes. Les maitres d'œuvre et les contremaitres s'approchèrent, mais ils donnaient des ordres que personne ne comprenait. Alors ils se mirent à échanger entre eux, probablement pour essayer de savoir si quelqu'un avait une idée de ce qu'il fallait faire. Mais chacun parlait dans une langue différente, et l'autre ne comprenait pas. Alors tous se turent et se regardèrent, stupéfaits.
Mon camarade se tourna vers moi et prononça des paroles mystérieuses. Je crus d'abord que c'était le sable qui avait bouché mes oreilles, alors je m'approchai de lui pour mieux entendre, mais je ne déchiffrai pas son langage. Je dus me rendre à l'évidence, il ne saisissait pas non plus ce que je lui disais.
Nous restâmes muets de stupeur, et nous nous regardâmes avec méfiance.
Plus loin, un groupe d'hommes en vint aux mains. Ils se battaient, roulaient dans la poussière. Leurs amis parvinrent à les séparer, mais même maitrisés, ils continuaient à se hurler dessus, ignorant de ce que l'autre disait, mais persuadés qu'il s'agissait de moqueries, ou pire d'injures.
Le contremaitre vint nous donner des instructions, nous fîmes mine de comprendre et d'obéir, mais visiblement nous ne faisions pas ce qu'il nous ordonnait. Alors nous nous assîmes sur le sable et ne travaillâmes plus. Le four s'éteignit faute de combustible, nous n'avions plus rien pour l'alimenter. Ceux qui devaient nous ramener du bois avaient vu l'ouragan du haut de la montagne et avaient fui.
Par groupe, ou seuls, les ouvriers quittèrent le chantier, découragés, évitant de se parler. Les Africains repartirent vers le sud, mais chacun dans une direction différente, ceux qui venaient de l'est tournèrent les talons sans un mot. Chacun ne savait plus maitriser le flot de mots nouveaux qui sortait de sa bouche et que visiblement les autres ne déchiffraient pas.
Nous nous remîmes en route. Au loin, nous vîmes sortir de la ville un flux continu de personnes cherchant à fuir. Nous vîmes aussi s'élever par endroit de la fumée. Nous entendions le murmure des prières vers Dieu de ceux qui avaient envahi les temples, demandant pardon pour la faute et implorant une divine miséricorde.
Nous marchions en évitant de nous parler. Les échanges impossibles pouvant se terminer en dispute. Une fois, l'un crut que l'autre se moquait de lui, alors qu'il voulait juste lui faire remarquer que sa courroie de chaussure était prête à lâcher. La confusion faillit tourner en bagarre. Dès lors, chacun prit soin de se taire pour ne pas être mépris.
Quand je revins dans mon pays, les chemins étaient déserts, à croire que tous étaient partis. Peut-être avaient-ils eu vent de la destruction de la tour et craignaient-ils que la colère de Dieu ne s'abatte à nouveau sur eux dans des pluies torrentielles.
Sur la petite place de mon village se tenait un vieil homme. Je le reconnus, c'était celui qui ne parlait plus depuis que sa femme et ses fils étaient morts noyés dans le déluge.
Il sembla content de me voir revenir sain et sauf. Il regarda le groupe de maisons désertées de leurs habitants, et se mit à dessiner sur le sol.
Ainsi, j'appris que la guerre les avait fait fuir. Des conflits avaient éclaté avec les autres communautés, parce que là aussi, les langues mélangées avaient déclenché la méfiance et la haine.
Il écouta mon aventure, sourit à la beauté bleue de la grande Babylone. Je lui racontais la destruction de la tour orgueilleuse qui voulait défier la grandeur de Dieu. Alors le vieux écrivit sur le sol le mot « Babel » qui signifiait « confusion » dans notre langue d'avant,
......car c'est là que l'Éternel confondit le langage de toute la terre, et c'est de là que l'Éternel les dispersa sur la face de toute la terre
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Felix Culpa · il y a
Une très belle histoire ! Merci pour cette belle lecture, je m'abonne à votre page.
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Keith Simmonds · il y a
Une belle écriture pour ce texte prenant, envoûtant !
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Veronique Gallevier · il y a
Merci Keith d'être passé par là
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VikTor Maou · il y a
Passionnant et trés beau !
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Veronique Gallevier · il y a
Merci Victor d'être venu me lire
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JAC B · il y a
Une mise en scène intéressante de la Tour de Babel qu'on devine assez vite, c'est original. Je like Véronique.
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Armelle Fakirian · il y a
Belle idée de faire revivre la Tour biblique qui mena à la confusion. Le langage est la plus grande source de malentendus bien qu'il soit aussi un merveilleux outil d'échanges.
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Veronique Gallevier · il y a
C'est vrai, merci Armelle de votre soutien.
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Viktor September · il y a
La mégalomanie des hommes...
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Veronique Gallevier · il y a
Histoire éternelle, merci Viktor
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Vero. La Comete · il y a
Lu hier, je reviens aujourd'hui car cette histoire m'a trotté dans la tête une partie de la journée. Avec l'anglais qui devient une langue mondiale, et les tours hallucinantes qui se construisent dans certains coins du globe, n'est ce pas une répétition de cette ambition de l'homme, cette démesure, ce galopant désir de grandeur. Plus encore que les tours qui montent jusqu'au ciel, c'est à present la conquête de l'espace . Le mythe est toujours d'actualité.
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Veronique Gallevier · il y a
Merci Véro, cette histoire est effectivement universel, merci de votre commentaire et de votre soutien
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Plumette P · il y a
le texte commence doucement , vous exprimez avec simplicité la quête de ces gens qui cherchent avant tout du travail , qui sont solidaires et nous font croire à une harmonie possible. La chute(!) est d'autant plus dure et cruelle. il y a un côté parabole dans votre texte.
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Veronique Gallevier · il y a
Merci de votre commentaire, il correspond bien a ce que j'ai essayé de faire
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Ralph Nouger · il y a
Un bon texte bien écrit qui rappelle l'histoire d'un autre temps.
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Veronique Gallevier · il y a
Merci Ralph d'être passé me lire.
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Marie Van Marle · il y a
Votre écriture très maîtrisée fait de ce récit un plaisir de lecture. Vous savez en particulier très bien exprimer la simplicité et l'éblouissement du narrateur, qui est, lui, comme ses compagnons, dénué de volonté de puissance, cherchant seulement à gagner sa vie. On parle aujourd'hui de "grands projets inutiles", autres Babel qui s'érigent un peu partout, artificialisant les sols. Plus que les langues différentes, c'est la volonté de puissance qui me semble destructrice, y compris celle prêtée à Dieu.
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Veronique Gallevier · il y a
Merci Marie de votre commentaire, c'est exactement ce que j'ai essayé de dire, votre analyse me touche.

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