À travers les temps

il y a
4 min
67
lectures
11

J'écris pour oublier, pour m'évader, pour fuir la réalité... Critiquez-moi ! Vos critiques, bonnes ou mauvaises seront les bienvenues. Qui s'essaie, s'affirme !

Après l'attentat de Sarajevo, la Guerre mondiale fut déclarée.
Anatole fut immédiatement envoyé au front pour combattre l'ennemi, laissant sa bien-aimée Constance.
Sept mois plus tard, une petite fille naquit de cette union, elle se prénommait Capucine.

Constance était une séduisante botaniste qui aimait flâner, tôt le matin, dans son jardin « son petit paradis » disait-elle souvent, peuplé de plantes sauvages et horticoles : hortensias, orangers du Mexique, cosmos à foison et quantité de variétés végétales aux vertus médicinales.
Un matin du mois de juin, respirant avec délectation le parfum du jasmin et du chèvrefeuille, elle songea à Anatole, l'amour de sa vie. Le destin les avait séparés. Maintes et maintes fois, elle avait pleuré son absence et la petite lui ressemblait tellement. Quelquefois elle imaginait son retour, entendait ses pas sur le gravier, la porte grincer à son entrée. S'ensuivrait une longue étreinte, un baiser, un café chaud accompagné d'une guimauve enrobée de chocolat noir et l'union de deux corps dégoulinants devant le feu crépitant de l'âtre. Viendrait ensuite la rencontre du père et de la fille.
Mais quand reviendra-t-il ? À l'instar de la fille du puisatier, allait-elle au moins le revoir un jour ? Devrait-elle l'attendre ? Pourrait-elle aimer un autre homme ? Car elle ne supportait plus la solitude. Elle avait besoin de caresses, d'amour, de mots doux et de tendresse... de toutes ces choses qui meublent l'existence. De nombreuses questions se bousculaient dans sa tête mais restaient sans réponses.
Des mois s'étaient écoulés quand on lui apprit la terrible nouvelle.
Constance ne verrait plus jamais son fiancé, il était mort au combat. Un grand vide s'installa. Elle était anéantie et sanglota longtemps.

Parfois, lorsque Constance couchait sa petite fille, elle lui contait des histoires de sorcières ou de fées, de druides, de monstres aquatiques et d'animaux maléfiques légendaires comme le Lupeux et le Cheval Malet de la Brenne.
Un soir de pleine lune, la petite fille recroquevillée sous la couette moelleuse remontée jusqu'au menton, écoutait avec attention le récit que lui narrait sa mère.
Soudain une chose invraisemblable se produisit : une petite voix fluette sortit du recueil. Des incantations s'élevèrent dans le silence de la nuit puis la voix revint et se présenta. Elle s'appelait Belle de Nuit et était en mission pour Madame Nénuphar, sa reine. Elle était une des fées du pays des mille étangs que l'on nommait les Fades et il était dans son pouvoir de lui ramener Anatole, mais pour cela, Constance devrait suivre scrupuleusement les instructions de la fée.

Le lendemain, dès l'aube, la botaniste et sa fille traversèrent des plaines, empruntèrent le sentier qui menait au château du Bouchet puis s'enfoncèrent dans le Bois des Mousses. Plus que cinq cents mètres avant d'atteindre le mégalithe. Constance consulta l'heure. Il était temps d'agir. Elles s'approchèrent du dolmen et le touchèrent simultanément de leurs deux mains. Brusquement, le vent se leva et se mit à souffler bruyamment. Elles furent aspirées, ne laissant aucune trace de vie.

Constance fut émerveillée par la profusion de gauras, de sauges rouges et de perovskias qui bordaient les routes. Où étaient-elles ?
Un peu plus loin, il y avait foule sur le parvis de l'église autour du crieur public, plus communément appelé « le speaker ». La mère et la fille se mêlèrent à cet essaim oppressant et patientèrent. Il allait forcément se passer quelque chose. Avec sa voix de Stentor, le speaker se chargeait de lire les petites annonces déposées dans une urne par le peuple. Tout était permis : les petites annonces bien sûr, mais aussi les messages, les réflexions, les avis de recherche, les coups de cœur et les coups de gueule. Cette année-là, une décennie après l'apparition de la COVID, c'était devenu un véritable outil de communication, même si Internet remplissait très bien cette fonction.
Cela faisait au moins dix minutes que le speaker avait entamé sa lecture lorsque Capucine ne tint plus en place. Elle ne cessait de répéter à sa mère qu'elle voulait rentrer à la maison. Elle s'agitait, hurlait et maintenant tous les visages étaient tournés vers elles. Constance s'éloigna avec sa fille pour tenter de la calmer mais arrêta net sa progression quand elle entendit le crieur annoncer : « Ma chère Constance, si tu entends ceci, c'est que les Fades ont réussi à prendre contact avec toi. Maintenant, il est important que tu rentres chez nous en prenant exactement le même itinéraire qu'à l'aller et mon vœu sera exaucé. Anatole. »
Cela tombait plutôt bien, la petite voulait rentrer à la maison. Elles quittèrent donc ce monde hostile et reprirent le même parcours mais dans l'autre sens : le dolmen, le Bois des Mousses, le sentier puis les plaines. Lorsqu'elles arrivèrent à destination, Constance s'immobilisa devant le portail. Elle fut saisie par le spectacle qui s'offrait à elle. La demeure avait subi de nombreuses transformations mais le résultat était fascinant. Le plus incroyable restait à venir. Une automobile, une Peugeot 404 berline flambant neuve, stationnait derrière son laboratoire. Un homme en sortit. Anatole était bel et bien de retour.
Au même moment, Capucine aperçut une fée bleue disparaître derrière les cimes des sapins.

À travers les temps, leur amour était resté intact et leur jeunesse aussi.
Anatole et Constance ne se quittèrent plus et eurent d'autres enfants.
Quant à Capucine, elle repensait souvent à cette fée bleue.
11

Un petit mot pour l'auteur ? 9 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de M. Iraje
M. Iraje · il y a
Un conte moderne ouvert sur l'optimisme.
Image de Felix Culpa
Felix Culpa · il y a
Une belle légende contemporaine, su fond de Dolmen, de mégalithes, avec un soupçon d'actualité. Un cocktail littéraire très plaisant.
Image de Daniel Nallade
Daniel Nallade · il y a
Une belle histoire.
Image de Mickaël Gasnier
Mickaël Gasnier · il y a
Vous aimez les Peugeot ;-)) !!!
Je ne suis pas très conte mais ai apprécié.

Image de Mireille d agostino
Mireille d agostino · il y a
Un conte pour petits mais aussi pour les grands ! (les grands ont besoin de contes aussi!)
Image de Fleur A.
Fleur A. · il y a
Jolie petite histoire
Image de Philippe Pays
Philippe Pays · il y a
Joli conte qui finit si bien
Que reviennent les fées bleues !

Image de Michel Dréan
Michel Dréan · il y a
Il faudrait une multitude de fées bleues en cette période troublée Agnès
Image de Joëlle Brethes
Joëlle Brethes · il y a
Les adultes aussi veulent qu'on leur écrive des contes ! 😉