A plus Mia...dans 30 ans

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De formation scientifique, j'essaie d'écrire avant tout pour m'amuser et ça me fait plaisir de pouvoir le partager.

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Enfin, il venait de recevoir l'e-mail tant attendu. Un des nombreux laboratoires qu'il avait contacté avait enfin retenu sa candidature pour un post de chercheur. Il allait enfin pouvoir exécuter son plan fou.

Il l'aimait beaucoup, il lui avait promis de vieillir ensemble et il était prêt à tout pour honorer sa promesse.

Dès son arrivée au laboratoire situé en plein cœur d'Amsterdam, il se mis à s'entraîner tous les jours. Il arrivait avant tous ses collègues et il rentrait tard le soir. Personne ne se doutait de quoi que ce soit. Il était apprécié par tous les membres de son équipe et on le considérait comme un hard working.

Quelques mois plus tard, il se sentait prêt, il allait enfin pouvoir la faire son expérience. Il était temps d'appeler la femme porteuse et de sortir les échantillons de l'azote liquide. Il s'agit des tissus qu'il avait prélevés le jour de l'accident dans lequel sa femme est morte, c'était le jour de son 30eme anniversaire. Des tissus qui contenaient les 46 chromosomes de sa chérie et qui allaient lui permettre de la ressusciter, bref, de la cloner.

Un embryon dont le matériel génétique est identique à celui de Mia était maintenant en train de se développer dans l'utérus de cette femme qui avait accepté de louer son corps par misère et nécessité et non pas par générosité.

9 mois plus tard Mia, la Dolly humaine, naquit de nouveau. Mais elle avait 1 jour et non pas 30 ans. Il la portait entre ces mains et se demandait s'il pourrait la séduire depuis ses 60 ans quand elle attendrait l'âge de Mia. Mais même ça il n'en voulait pas. Ce qu'il voulait c'était reconstituer son couple à l'identique. Deux jeunes qui grandiraient et vieilliraient ensemble. C'est ce qu'ils s'étaient promis le jour de leur cérémonie de mariage.

C'était les débuts de la cryogénie. Ça coûtait une fortune et personne n'était sûr de pouvoir rouvrir les yeux une fois cryogénisé. C'était réservé à des personnes très riches qui avaient des maladies incurables et qui espéraient que les scientifiques découvriraient des remèdes à leur pathologie dans les années qui viennent, ou à ceux qui voulaient tout simplement voir à quoi ressemblerait le futur. Ils voulaient en quelque sorte voyager dans le temps, et les caissons cryogéniques faisaient office de machines à remonter le temps, une nouvelle version du vaisseau du Dr Who. Plein de startups s'étaient mises à ce business alléchant.

Il ne pouvait pas se permettre de telles sommes d'argent. Louer un caisson cryogénique pendant 30 ans était hors de ses moyen, il ne pouvait certainement pas se le permettre avec son maigre salaire de chercheur, il n'avait pas la moindre chance s'il ne braquait pas une banque. Et même s'il le faisait, il n'y avait plus d'argent liquide dans les banques. Tout était informatisé, l'argent n'était que des chiffres qui sont ajoutés ou soustraits des comptes bancaires.

Il était assis devant son ordinateur en traind'évaluer l'effet de la molécule récemment conçue par son collègue drug designer pour traiter l'infertilité masculine. Tous les paramètres évalués affichaient une nette amélioration (volume du sperme, nombre, forme, mobilité et viabilité des spermatozoïdes), on pouvait parler d'une molécule miraculeuse.

Et là, il pensa à l'interdit. Il n'avait jamais imaginé qu'il pouvait en arriver là. Il ne pensait même pas qu'il en étaitcapable. Mais il l'aimait plus que tout. Même plus que son intégrité scientifique. Il changea les valeurs sur son fichier Excel et conclut en bas du tableau « pas de changements significatifs ».

Une semaine plus tard, il plaça le clone de sa femme devant la porte d'un couple qui s'était inscrit dans la liste des volontaires pour d'éventuels tests cliniques sur la fertilité masculine. Il leur laissa un seul mot sur un bout de papier à côté du bébé clone : « Mia ». Le soir même, lorsqu'il consulta son compte en banque, il constata que Fertilab lui avait versé le prix de son intégrité scientifique. Il leur envoya aussitôt la structure chimique de la molécule miracle accompagnée des résultats bruts des tests pré-cliniques, les vrais résultats. Une heure plus tard, il avait déjà réservé un caisson de cryogénisation. Tout allait très vite avec les startups, son rendez-vous était dans une semaine, à peine le temps de faire une consultation médicale et les analyses du sang pour s'assurer qu'il était apte à la cryogénisation et qu'il avait une chance de se réveiller un jour de son long sommeil.

C'était son tour de plonger dans l'azote liquide. Il se plaça dans le caisson, il ferma les yeux en pensant à elle. A plus Mia... dans 30 ans.
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