Une salle de réunion avec vue sur les jardins. 12 jeunes auteurs bourrés de talent, un auteur remarquable à peine rentré de deux semaines d'isolement créatif, une écrivaine inspirée, piquante et élégante...

Nous avons eu envie de partager les conseils et anecdotes de ces deux écrivains et vous faire vivre ce moment exceptionnel.

Voilà déjà un aperçu de la Master Class qui s'est déroulée mardi 13 mai à Paris, dans les locaux de Bayard Presse. Récompense pour les Lauréats, certes, mais pour nous aussi puisque ce moment restera un excellent souvenir pour l'équipe de Short Édition.

Vous découvrirez, dans le le numéro de la rentrée, un reportage approfondi et plein de supers photos sur la Master Class ! On vous en reparlera...

PARTICIPANTS

MEMBRES DU JURY

Timothée de Fombelle, Ecrivain et Président d'honneur du Jury

Camille de Peretti, Ecrivain(e) et invitée d'honneur

David Groison, Rédacteur en chef de Phosphore Magazine

Basile Pleplé, 18 ans, Auteur Short Édition

Laurie Bonnefoy, 17 ans, Auteure Short Édition

Isabelle Pleplé, Associée fondatrice de Short Édition

Christophe Sibieude, Président de Short Édition


Timothée de Fombelle

Camille de Peretti

À chaque écrivain ses manies

Écrire demande du travail, de la constance, de la concentration. Mais tous les auteurs n'utilisent pas la même méthode... si la rumeur affirme que Victor Hugo écrivait nu et Virginia Woolf debout, Timothée et Camille ont une méthode qui leur est propre...

Timothée traque les fautes d'orthographe et il s'assure de sa syntaxe et de l'équilibre de son histoire et des ses phrases par la lecture à voix haute. Déambulant, il déclame son roman, sur le même ton que Pivot et sa dictée. Il jette ses idées sur un carnet, au fil de l'eau, puis les ordonne lorsque le travail commence.

Camille est méthodique : plan détaillé et schématique, listes, codes... Petites manies pour grande ambition, Camille nous confie qu'être ordonnée et structurée est, pour elle, le meilleur moyen d'écrire.

Elle expérimente beaucoup et écrit même un roman conçu selon la technique d'écriture... beatnik : écrire sans se relire, sans souvenir des mots que l'on vient de poser sur le papier. Un moyen diablement efficace d'aller à l'essentiel !

Le conseil donné à nos jeunes auteurs ? Amusez-vous à trouver la méthode, la technique, la manie, qui vous convient et vous aide à travailler !

"Mais en fait, Tobie, c'est vous, non ?"

Et la part d'autobiographie dans un roman ? Elle existe, c'est certain.

À la question « Mais en fait, Tobie, c'est vous non ? », Timothée sourit : après avoir écrit un roman, il se rend compte des tours que lui a joué son inconscient...

"Tobie" est l’anagramme de "boîte". Ce que ce roman était pour lui : une boîte, dans laquelle il a jeté beaucoup d'émotions refoulées.

Tous les romans de Camille parlent d'un personnage nommé... Camille de Peretti ! Si ce n'est pas toujours le personnage principal, la Camille du livre est souvent une déclinaison de notre Camille, celle du monde réel.

On inventerait rien alors ? Si, bien sûr, l'imaginaire possède une force incroyable, mais ce que l'on sait et ce que l'on a vécu nous influence d'une telle manière qu'il est presque impossible de ne pas s'en inspirer.

Car l'écriture est une forme de thérapie. Timothée s'en sert pour mieux se comprendre, Camille pour assumer ses démons.

Écrire fait du bien, tout simplement. À la question "Pourriez-vous vivre sans écrire ?", les réponses diffèrent : Timothée ne pourrait vivre sans créer. Mais le livre n'est pas la seule voie qui lui semble possible. Camille, elle, nous explique que si elle pourrait vivre sans l'écriture, ne pas écrire a failli la tuer lorsque, plus jeune, anorexique, elle s'éloignait de son rêve d'écrivain et sombrait dans le mal-être.

La relation éditeur-auteur

Les parcours de Timothée et de Camille sont diamétralement opposés. Après une formation en école de commerce, Camille trouve le courage de se diriger vers sa vraie passion. Une fois son premier roman mis au point, Camille veut le voir publié. Elle envoie une quarantaine d'exemplaires à bon nombre d'éditeurs. Ce sont finalement les éditions Stock qui lui offrent son gros lot. Son éditrice, la même depuis le début, suit Camille - à moins que ce ne soit Camille qui la suive - et l'aide à faire ses choix. Les idées fusent, l'éditrice fait le tri.

Camille ne choisit d'ailleurs pas les titres de ses romans, c'est son éditrice qui s'en charge. Camille nous explique que toutes les idées ne sont pas bonnes à prendre : il lui semble parfois avoir un éclair de génie qui finalement s'avère être une piteuse idée... L'éditeur est alors là pour l'aider à y voir clair.

Timothée, lui, lance sa carrière d'auteur avec plus d'assurance : après avoir expérimenté l'écriture théâtrale, il met Tobie Lolness au monde. Il n'envoie qu'un seul manuscrit, à Gallimard, qui, flairant la pépite, le publie rapidement. Timothée reste alors fidèle à Gallimard, appréciant la liberté de mouvement que la maison lui accorde.

Mais que ressent-on lorsque le roman que l'on a porté et construit n'est finalement pas publié ? "C'est un peu comme mettre au monde un enfant mort-né", répond Camille. Timothée acquiesce. On jette tellement de nous-même dans un roman qu'il devient une extension de soi, un reflet.

Pour devenir écrivain... Écrivez !

Pour apprendre à écrire, rien ne vaut l'écriture ! C'est le conseil que nos deux auteurs professeurs d'un jour ont donné aux Lauréats de la Matinale des Lycéens. Entrainez-vous. Journaux intimes, notes personnelles... Le talent n'est pas inné, il se cultive. Patiemment. Un conseil que Camille donne en connaissance de cause : elle écrit une page de journal intime chaque jour, depuis plus de 10 ans !


La Master Class s'est clôturée par l'annonce des textes sélectionnés pour la publication dans Phosphore. Nous adressons donc toutes nos félicitations à:

à Iris pour Inside

à Lull pour De l'égale distance du ciel et de la terre

et à Cléo pour Nuit noire  !

Nous nous sommes ensuite levés et le temps d'un échange plus informel est venu. Les plus timides ont alors pu poser les questions qu'ils n'osaient pas poser pendant l'échange Master Class. Camille a eu la gentillesse de donner aux Prix spéciaux du Jury un roman dédicacé, Timothée a signé les recueils de la Matinale et dédicacé Tobie et Vango...

Nous garderons tous un très bon souvenir de ce moment passé tous ensemble. L'équipe de Short Édition a adoré rencontrer ces nouveaux talents, et nous nous sommes régalés des paroles de Camille et de Timothée.

Nous pouvons, sans trop de risques, affirmer que les jeunes ont aussi passé un très bon moment. Leurs sourires et le pétillement de leurs yeux en disaient long!