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Zora

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Lola Lazlo

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Tendre nounou.
La mienne s’appelait Zora.
Elle venait du Sud, petite, mince, délicate et rieuse.
Je ne me souviens guère d’elle, mais j’ai longtemps écouté mes parents, et en particulier ma mère qui lui portait une affection sans borne, me parler d’elle. J’ai donc appris un peu à la connaître. Les quelques photos de mon enfance ont enfin mis un visage sur de vagues images. Presque noire, un petit foulard mal fichu noué en permanence sur le front, un tablier long et des babouches, voici Zora. En espagnol, la femelle du renard, et Dieu qu’elle était fine et rusée. Nous n’étions pas bien riches, plutôt pauvres, mais dans ces pays il y a encore plus démunis que les démunis. Les femmes de peine sont légion. Chez nous, elle avait plus qu’un maigre salaire, nous étions sa famille et moi, le plus jeune, son éternel bébé. Je le sais, je pleurais souvent et seule Zora me consolait, ma nounou, qui des journées entières me trimballait sur son dos dans un linge. Ma mère lui interdisait ce fardeau, mais elle passait outre ses récriminations et, de Dar Driba où nous vivions à Berima dans le mellah, de Rouamzine à Bab Mansour, elle me trimbalait toute la journée.
Nous sommes partis quand j’avais quatre ans, le retour en métropole s’est fait sans elle, restée au pays. Je pense à elle souvent et regrette de ne pas l’avoir recherchée quand je suis retourné pour mes dix-huit ans une première fois dans ma ville natale.
Elle était mon ange gardien, ma seconde maman. Zora.

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