Zoïdes

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"Enfant, je rêvais d'étourdissantes aventures fourmillantes de dangers mais je n'arrivais pas à trouver la porte d'entrée vers un monde parallèle ! [...] Je me suis contenté d'un monde  [+]

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La course est lancée. Nous sommes des milliers à nous élancer sur la piste. Et un seul gagnera. Normal, me direz-vous, c’est une compétition. Mais je dois gagner. Et je pense que chacun autour de moi pense la même chose.
Je me prépare mentalement aux épreuves. Ça va être dur. Cela fait longtemps qu’on s’entraîne, des heures durant, pour ce jour. Pas question de rater ma chance.
Les tricheurs !! Il y en a qui sont partis avant le signal. Quel manque de fair-play... Soudain je me souviens : notre entraîneur nous avait dit de nous méfier de ceux-là. Prêts à tout pour gagner, c’est impressionnant ! Et le départ ne sera pas sifflé. On n’est pas là pour jouer dans les règles de l’art, notre vie en dépend. Je suis les autres tant bien que mal dans la première partie de la course, un long tunnel obscur et moite, qui fait trébucher plus d’un. Je reste debout.
Au fur et à mesure que j’avance, je perds la notion du temps. Je ne vois rien, mais je suis guidé par un sens beaucoup plus fort, un Appel frémissant, qui me tiraille au plus profond de moi. Je comprend que c’est la même sensation que ressentent tous les coureurs, car malgré les ténèbres qui règnent en maître, chacun avance vers notre but.
Des cris perçants retentissent devant moi¸et quelque fractions de secondes plus tard je comprends : une vague déferlante s’abat sur moi et mes voisins, manquant de nous écraser définitivement. Mais un des concurrents me retient à temps. Les autres, assommés sur le sol, sont emportés par l’eau qui est maintenant omniprésente sur le sol. Elle forme une couche de plus en plus importante, et faillit me faire tomber plusieurs fois. Nous faire tomber. Je n’ai pas l’habitude d’être accompagné par quelqu’un. Un partenaire. Ce mot est nouveau pour moi. Pour lui aussi, vu la façon dont il se conduit.
Nous arrivons à une salle gigantesque. Rouge pâle, très lumineuse, elle est d’une beauté extraordinaire. Mais nous n’avons pas le temps de jouer les touristes, Presque tous les autres en sont au même point que nous. Pas question de nous laisser distancer. Nous partons à toute allure vers une ouverture béante au fond, parce que déjà cent concurrents au moins nous y ont précédés. Je me retourne pour encourager mon sauveur, qui me suivait de près, mais il n’est plus là.
Que faire ? Je suis déchiré entre cette loyauté toute nouvelle et l’Appel de plus en plus fort qui me tire. Je choisis brusquement, pour le meilleur et pour le pire. Je remonte le flot des participants, et j’avance à contre-courant pendant un temps qui me paraît infini. Je ne suis plus uni dans le même but que les autres, mais juste avec mon coéquipier. Lorsque je sors enfin de ce flot contraire, il n’y a plus personne dans la salle. Vide, elle semble encore plus grandiose. Quelques candidat blessés sont au sol. Et là, je le vois : mon égal, mon frère, celui à qui je dois d’être encore là. Je le remets debout et j’ai soudain une étrange impression : l’Appel se divise en deux. Insensible à la première direction, où les autres sont partis, nous nous dirigeons clopin-clopant vers une deuxième ouverture en tout point semblable à la première, mais cachée dans la pénombre. Après une durée qui me paraît infinie, nous arrivons ensemble au but. Je ne savais pas ce qu’était notre destination, mais notre entraîneur nous avait dit : « Tu ne pourras pas te tromper ». Et il avait raison. Une boule énorme, toute blanche, avec une petite porte en bas. On court, on est comme portés par un élan incroyable. Mais arrivés à la porte, on s’arrête. Et pour cause : il y a inscrit « Une seule personne acceptée ». On se fixe des yeux : qui va la franchir. Alors, d’un même geste, on s’incline devant l’autre. Quand je m’aperçois de cela, je suis rassuré. D’un seul regard, on se comprend. On entre ensemble, d’un seul mouvement. Et là...
***
« Quels beaux enfants ! C’est rare, les triplets !
– Regarde, les deux garçons ne veulent pas se lâcher la main !
– Si jeunes, et déjà si unis ! »
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