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Zina

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Sytoun

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Il fera bientôt jour.
Zina va rejoindre son université.
Chaque matin, à l’aube, c’est ainsi.
Elle me rejoint au petit jour. Nous avons toujours un petit instant pour profiter l’un de l’autre avant que je la dépose devant la fac et poursuive à la boutique où je travaille comme vendeur.
6h07.
Zina arrive, je la vois qui traverse la rue. Nous avons une bonne demi-heure devant nous avant que je ne doive la conduire, au volant de ma vieille Nissan.
Mais on n’en est pas encore là.
Pour le moment, on est tranquille.
On peut parler de ce qu’on veut.
De ce qu’on aime.
De nos projets, de l’avenir...
Pour commencer, l’endroit où on va vivre. Ensemble.
Je n’ai aucune préférence, en ce qui me concerne. Je ne suis ni nostalgique, ni casanier.
Au contraire, je suis du genre aventurier. J’aimerais voyager. Découvrir le monde.
Zina, elle, reste très attachée à son village d’enfance, Chelghoum El Aïd, près de Constantine, en Algérie. Elle veut passer sa vie là-bas, même si un petit voyage vers Cuba, l’Île Maurice ou d’autres destinations exotiques n’est pas pour lui déplaire.
En revanche, l’endroit où elle veut vivre, c’est bien la ville de son enfance. Ça, c’est certain.
Je n’y suis jamais allé.
Du moins, par encore.
En tout cas, si je reste avec Zina, peu m’importe de vivre là-bas, ici à Marseille, ou n’importe quel endroit du globe. L’essentiel est que je sois avec celle que j’aime.
Les premières lueurs de l’aube éclairent son visage pendant qu’elle me parle. Je continue à rêver tout en parlant...
Nous n’avons pas fini de nous échanger des rêves dorés.
Je n’ai jamais été fidèle à aucune autre fille que Zina.
Je ne me suis jamais confié à personne d’autre qu’elle.
6h18.
On a encore un peu de temps devant nous.
On continue à parler de nos projets, enlacés tendrement dans l’habitacle étroit de la voiture. Zina espère devenir comédienne.
Elle a toujours adoré le théâtre, depuis la première pièce qu’elle a vu toute petite avec l’école.
Pas pour le succès, la plupart des comédiens sont de simples intermittents du spectacle qui n’ont pas forcément un emploi stable, mais pour se glisser dans la peau d’un personnage et sentir l’émotion du public, tapi dans l’ombre.
Elle m’explique que cela lui permet de dire des choses qu’elle ne peut trouver la force de dire que par la bouche d’un autre.
Zina trouve que c’est même beaucoup plus profond que ça. Pour elle, c’est un travail de recherche à l’intérieur de soi.
Elle m’a fourni tout un tas d’autres bonnes raisons que je suis incapable de résumer ici.
Tout ce que j’ai compris, c’est que ma Zina adore le théâtre et veut vivre une vie de comédienne.
Son père ne comprend pas cette passion, mais au moins il est heureux qu’elle sache ce qu’elle veut.
Ah ! Son père, quel phénomène celui-là !
Angoissé de nature, il est inflexible sur le fait que sa fille n’ait pas le droit de fréquenter des garçons.
Elle a le droit de sortir à condition qu’il sache exactement où elle est et l’assurance qu’elle est avec sa copine Fadhila. Alors, pour tous nos rendez-vous matinaux, nous avons élaboré une combine pour endormir sa méfiance. Fadhila est venu chaque matin avec nous pendant un mois. Elle restait à l’écart pendant que nous étions ensemble mais lorsque le père de Zina appelait sur son portable pour s’assurer que sa fille était bien avec elle, elle nous faisait aussitôt signe et passait le téléphone à Zina pour qu’elle confirme. M. Parano était rassuré.
Après avoir répété ce système une bonne vingtaine de fois, il a fini par baisser la garde et a accordé sa confiance à sa fille qu’il a cessé de harceler au téléphone.
Par prudence, nous avons laissé Fadhila nous accompagner durant nos rendez-vous encore quelques temps et une fois le danger bien loin derrière nous, nous avons jugé que nous n’avions plus besoin de prendre nos précautions.
Nous avions désormais le champ libre pour chaque matin.
6h31.
Notre rendez-vous de l’aurore s’achève. Mais il aura lieu de nouveau le lendemain à la même heure... et ce chaque matin.


Jusqu’à ce jour tragique où Zina a été victime d’une agression commise par un militant raciste qui l’a poignardé, la réduisant à sa peau foncée et son origine...
Nos rendez-vous à l’aurore, nos projets, nos ambitions, notre bel Amour... tout cela a été détruit par la Haine.

PRIX

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Samira AlKalhouni DeSeimar · il y a
Toujours un plaisir de lire les livres de cet auteur, j'attend avec impatience la sortie du recueil et de "Web" ce vendredi
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Samira AlKalhouni DeSeimar · il y a
J'aimerais retrouver des "Zina" et des nouvelles comme ton chapitre dans la nouvelle en co-écriture avec Somaya Moufidha dans le recueil, je m'attend a de belles surprises
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Christophe Diari · il y a
Celle-ci met la absolument dans le recueil Sytoun
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Sytoun · il y a
C'est prévu. Merci
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Jean Calbrix · il y a
Je relis avec la même grand émotion votre TTC de la Saint-Valentin pour lequel j'ai voté sans hésitation, Sytoun.
Vous avez soutenu Mumba et je vous en remercie. Soutiendrez-vous ma chienne Ianna en finale automne ? : https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/me-chienne-ianna-dans-les-dunes Bonne journée à vous.

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Sytoun · il y a
Je vous promet d'aller le lire sans tarder. Bonne journée
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Jean Calbrix · il y a
Bienvenue à vous, Sytoun !
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Elena Hristova · il y a
un beau potentiel d'amour auquel la chute donne un coup de grâce assourdissant!
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Flore · il y a
Bonjour Zitoun, tu es passé me lire sur "J'ai noué un lacet "et je te remercie. Je suis venue ce matin voir ta page , je ne te connaissais pas, je n'avais pas vu ton texte, il y en a tant. J'ai été très touchée par ton histoire avec "Zina" et avec retard, je clique "j'aime" pour ce bel hommage bouleversant.
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Sytoun · il y a
Merci, bienvenue dans mon univers
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Jean Calbrix · il y a
Bonjour Sitoun ! Je relis avec plaisir votre TTC sur la Saint-Valentin que j'ai beaucoup apprécié !
Vous avez soutenu mon sonnet Mumba et je vous en remercie. Il est désormais en finale. Le soutiendrez-vous de nouveau ? https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/mumba Bonne journée à vous !

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Sytoun · il y a
Comptez sur moi pour soutenir, bonne chance à vous pour la sélection.
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Jean Calbrix · il y a
Merci à vous, Sytoun !
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Brocéliande · il y a
je vogue sur Short et je découvre votre texte que je n'avais pas lu ...c'est simplement magnifique, bouleversant ..pudique et profond ..j'ai vraiment adoré ...
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Sytoun · il y a
Merci
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Marie Lacroix-Pesce · il y a
Mes voix, en hommage à toutes les "ZINA"...
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Sytoun · il y a
Merci
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Sélène Vrai · il y a
J'avais pas lu celle-ci bravo, j'avais rien vu venir !
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Jean Jouteur · il y a
Il y a des peines injustes que l'on ne peut consoler. Mais je puis te dire, que j'en ai rencontré des Zina, elles ont brulé les planches, elles ont été applaudies, Elles ont réussies... Et elles le méritaient. Qu'importe la couleur, sur le plateau, c'est la sincérité qui compte. Par contre, permets moi cette remarque, la plupart des comédiens ne sont pas de simples intermittents du spectacle qui n’ont pas forcément un emploi stable, ce sont des passionnés qui ont fait le choix, malgré les écueils, de vivre leur passion.
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Sytoun · il y a
Merci pour ta lecture et ton commentaire, pardonne-moi pour ma mauvaise description du métier de comédien, j'ai en effet oublié le principal : tout comme nous auteurs, c'est avant tout une passion.
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Jean Jouteur · il y a
Pas de problème Sytoun. Ton texte devrait être lu sur une scène pour que le plus grand nombre réalise ce qu'est, parfois, la bêtise humaine
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