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Zéro Faust

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Amicxjo

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Son père était un fou d'opéra, l'accouchement de sa femme en plein orage lui inspira son prénom, qu'on ne permet pas aux nouveaux nés de choisir.

Faust était né, donc dans une luxueuse maternité de Paris réservé au gratin parisien, mais quelque chose s'était passé au cours de son développement fœtal. Il y avait inscrit, dans ses neurones, un bug irréparable.

Son destin aurait dû être grandiose. Mais en attendant la révélation de sa tare, il grandit en étant la fierté de ses parents. La révélation arriva vers 8 ans, terrible : il était aveugle à l'orthographe et aux fautes honteuses et indignes. Pas mauvais en orthographe simplement, il ne retrouvait pas celles qui rarement lui échappaient. Il se mit à apprendre une langue internationale d'espérance, langue logique, phonétique, univoque, scientifique et imperméable à la tare odieuse qui souillent tous ceux dont l'orthographe n'est pas parfaite. Il prit l'habitude de tout écrire dans ce sabir qui fait de l'ombre au néo-libéralisme et à ses bienfaits.

Il y avait encore des profs intelligents à l'époque. Ils lui permirent de poursuivre des études supérieures malgré une faute d'accord toutes les 69 pages, une erreur de conjugaison toutes les 12 pages, une faute de ponctuation toutes les 33 pages.

A la fin de ses études de médecine, il continua les études de physique nucléaire qu'il suivait depuis longtemps à titre de loisir.

Dotés de ses deux doctorats en médecine et en physique nucléaire, il entreprit des études de droit et de commerce pour faire plaisir à ses parents respectivement avocate et trader. Il eut trop de mal à suivre et dû abandonner ces spécialités qui auraient fait de lui un jeune homme sérieux.

Pas assez intelligent pour se vêtir d'un costume cravate chemise parme. Il se contenta d'une vulgaire blouse blanche de chercheur.

L'explosion provoquée par sa découverte fit basculer tous les regards sur Faust.

L'appareil qu'il avait inventé grâce à un mélange subtil d'impulsions électriques et d'ondes hyper-ultra-haute fréquence guérissait du cancer, de la sclérose en plaque et d'une kyrielle de maladies orphelines. Le jury du prix Nobel avait décidé que pour la première fois, un seul récipiendaire aurait deux prix : celui de médecine et de physique.

Lui, modeste, donnait, comme explication 'je fais juste danser les chromosomes puis mon TULAMOR© les remet au garde à vous'.

Les journalistes cherchèrent en vain ses publications scientifiques officielles : Ils n'en trouvèrent aucune. Faust n'écrivait rien dans la langue qui mettait en lumière, sa honte.

Un journaliste frustré inventa un scoop rémunérateur :

Un titre apparu sur son journal

'Le génial inventeur du TULAMOR© serait analphabète'.

Le scoop fit des fortunes y compris chez les médias bien-pensants qui le reprirent en surenchérissant avec des infos aussi inventées que la première.

Puis le scoop faute de preuve mourut. Un journaliste, qui avait réussi à faire cambrioler l'appartement de ses parents, publia les carnets de notes où étaient inscrites les remarques honteuses sur l'orthographe de Faust. Les titres affichèrent ce qui était, somme toute, une infamie plus grave que l'analphabétisme, handicap pardonnable.

'Le docteur Faust est nul en orthographe'.

Tout le monde avait honte pour lui. Le déchainement médiatique continua :

'Et en vendant votre âme au diable Docteur Faust, vous auriez pu avoir Méphistophélès comme précepteur' dit un magazine littéraire.

Et le bouquet :

'Le roi de la Faust d'orthographe est un autiste du Français'


Le jury Nobel n'attribua à personne, les prix promis à Faust cette année-là !

Faust disparut.

Ses trois prototypes fonctionnèrent deux à trois ans. Le premier rendit son âme métallique à cause de trop nombreux démontages qui cherchaient à percer ses secrets. Le deuxième glissa des mains d'un mandarin gâteux. Et le troisième ne supporta pas d'être oublié sous un scanner en fonctionnement. De toute façon, ils ne servaient, depuis longtemps, plus qu'à l'avantage de la noblesse républicaine nombreuse en France, pays moyenâgeux.

Personne ne comprit le fonctionnement du TULAMOR©. Personne ne revit Faust, son TULAMOR© portable à énergie solaire et sa fiancée arabe et noire mais belle et intelligente quand même.

Où ils sont, ils sont heureux. Ils ont oublié le français et ne l'ont pas enseigné à leurs enfants qui ont survécus malgré ce manque dramatique. Ils vivent heureux dans une ile, loin des mandarins inutiles de l'orthographe, infirmes d'intelligence et de compassion.

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