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Zéro

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Ngango'o Diane

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J’avais raté ma vie, j’avais tout perdu: ma femme envolée avec nos trois gosses, mon frère envolé tout mon héritage et la société de mon père en faillite. Il devait se remuer dans sa tombe à cet instant, je fus un vaux-rien, un faux jeton, une mauvaise graine. Ma famille me tourna le dos, je fus désormais seul au monde. Qu’avais-je fais pour mériter cela?
Juste au moment où je pris conscience de mes erreurs, mon passé me rattrapa en un déclic. L’alcool ne résolvait rien, je m’enfonçai au contraire depuis six jours. C’était fini mais j’avais une lueur d’espoir.
Je fus jadis un cancre à l’école, je m’en foutais pas mal de mes cours, des surveillants, de mes profs, du proviseur, de mes oncles et même de ma mère. Cette dernière ne foutais rien à la maison, elle se pavanait de boutique en boutique pour dilapider le fric que mon père, ce vaillant homme gagnait à la sueur de son front. Mes oncles pareils comme elle.
Je changeai tellement d’école à la recherche du bac mais aucune ne put m’offrir cette joie. J’abandonnai l’école pour suivre une formation et reprendre les affaires de mon père. De toutes les façons, tout m’était permis et en plus mon père devait être fier de moi pour me laisser toutes ses affaires à gérer, j’étais fils unique.
Ma vie fut une courbe croissante, peu croissante mais croissante quand même, pas mal de gens rêvait d’être moi surtout au moment où après disparition de mes parents dans un accident d’avion, je pris tous les biens.
Je fus désormais le « big boss », la secrétaire de mon père, Lassina, dut se soumettre à mes volontés. Ce fut un sale quart d’heure pour elle lorsque je pris le pouvoir et un moment de plaisir pour moi. Elle allait bientôt être mon terminus, mon lit avait reçu tant de filles et celle-ci était la bonne.
La fin d’année fut le moment pour nous de mettre notre société à jour. J’allais enfin voir les efforts de mes neufs mois de prise de pouvoir. La réunion commença avec tous les actionnaires et tous les cadres sans exceptions pourtant il manquait toujours une place sur la table. Mon père ingénieux fut-il avait fait fabriquer cette table pour un effectif net.
En pleine réunion, ma secrétaire épouse entra dans la salle accompagné d’un jeune homme. Il avait des aires de famille, une ressemblance terrible avec mon feu père. On dirait son petit frère.
Ma femme stoppa le comptable qui s’exprimait et prit la parole. J’étais bouche-bée à cet instant afin de suivre ce qu’elle devait dire.
Elle présenta le jeune homme comme étant le fils de mon défunt père !Il grandit aux États-Unis depuis sa tendre enfance dans un pensionnat et mon père était le seul à connaitre son existence. Je compris pourquoi mes études ne lui tinrent pas à cœur, ma vie, mes convocations à l’école, mes exclusions dans tous ces établissements... il s’en moquait. Il ne me blâma jamais au contraire, il me disait toujours de faire de mon mieux. Je compris à présent le désir de ma mère en mon égard de devenir manager, de faire de longues études de commerce et de management, elle fut sans doute au courant de tout. A vrai dire ma vie ne fut que mensonge, je méprisais les personnes qui me considéraient.
Mon frère, il était de retour. C’était lui que le notaire attendait pour lire enfin le testament de mon père. Il fut informé de la situation mais attendit d’avoir son diplôme universitaire avant de revenir. Tous les documents officiels constituaient la preuve que nous avions le même géniteur. Ce fut le commencement de ma fin. Il allait tout prendre, tout était à son nom : la société, la maison, les fermes, les appartements... tout était à lui, mon père ne laissa rien entre mes mains ou alors presque. Je n’étais qu’un comptable, même pas le chef, un misérable comptable comme tous les autres de la société. Mon père ne me fit aucun cadeau, me détestait-il à ce point ? Moi qui le considérai comme mon dieu.
Oum, mon frère ne fut intéressé par quoi que ce soit. Il vendit tout jusqu’à la dernière voiture sans rien me laisser et s’en alla au États-Unis pour y faire sa vie.
La société vendue à un particulier milliardaire fut réduite à néant pour devenir un supermarché, je perdis mon boulot également.
Le peu qui me restait servit à payer un an de loyer dans un quartier poisseux. Ma femme qui fut engagée au supermarché comme caissière tenait maintenant la famille, elle devait nous nourrir et faire toutes les dépenses.
La vie commença à être pénible, les charges trop grandes pour ma femme et les douze mois de loyer payé presque finis. Il me fallait trouver du travail pour subvenir à tous nos besoins.
Ce soir de mardi, je rentrai à la maison après une dure journée de marche. Aucune de mes demandes n’avait abouti, j’étais désespéré. Qu’allais- je dire à ma femme ?
Je trainai les pas à partir de notre entrée, je fis des marches à reculons pour retarder l’instant où mon épouse allait me demander ce que j’avais accompli dans la journée. Elle n’avait plus que cette question à la bouche depuis peu de temps et je redoutais toujours la réponse à émettre. Je voyais bien qu’elle en avait marre et qu’elle ne supportait plus la misère,il fallait que je la libère de tout cela de plus qu’une femme qui supporte un chômeur, ce n’est pas monnaie courante.
Enfin j’arrivai chez moi, mes pieds tremblotaient et mon cœur battait à mille à l’heure. La maison était fermée, je n’entendis ni les bruits de mes enfants qui jouaient ni celui des marmites de ma femme. De même la maison n’était pas éclairée et le linge du matin n’était plus sur les cordes. J’ouvris la porte et allumai la lampe, à ma grande surprise il n’y avait plus rien. Tout s’était vaporisé, rien au salon, rien à la cuisine, rien dans la chambre. Ma femme était partie !
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