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Il faut avoir un peu de chaos en soi pour accoucher d'une étoile qui danse. Friedrich Nietzsche  [+]

Je signerai d'une croix,
je ne sais plus écrire.
Seules,
les violentes écumes des océans,
les poignées de sables mouvants,
de terres brutes et sombres,
les griffures des ronces,
les gifles des branches de noisetiers
jetées en pleine figure, me rendront peut être la mémoire.
D'où vient cette amnésie ?
Je hais cette impression d'étaler des courants d'air sur une tartine de néant
Combien de fois, crayon à la main, page blanche,
doigts sur le clavier, écran blanc, puis noir,
j'ai eu envie de crier une sorte de désespoir.
Les mots étaient bien là,
sur la mine, sur Azerty, sur ma langue,
vas-y, lâche toi, c'est simple...
Non ! Rien à faire. Julien Green avait raison :
"La pensée vole et les mots vont à pied."
Il est donc là, ce décalage...
Alors, je sors, je vais marcher, très vite.
Je ne pense qu'à mes pas, mon allure, ma respiration...
...et... le miracle se pointe, comme une apparition.
Les mots affluent,
la tête se remplit de formules qui m'émeuvent.
Vite, les répéter,
les apprendre par coeur,
pour qu'au bout du chemin, elles soient toujours là,
pas envolées comme les oiseaux que je croise,
les fleurs blanches que je ne connais pas,
les pas furtifs d'animaux peureux qui ont l'air de me craindre,
alors que je ne ferais pas de mal à un lapin,
juste à une mouche, un moustique ou une guêpe.
Parfois à des fourmis, mais c'est une autre histoire.
J'écrirai donc dehors, puisque c'est mon lot,
il faudra bien que le vent m'écoute...
Le visage au soleil,
les cheveux sous la pluie,
les pieds boueux ou secs,
au bord d'une rivière, d'un lac ou d'un grand pré,
les oreilles guettant le moindre chuchotement,
allongée dans l'herbe, sur le ventre,
le nez sur une graminée,
escaladée par une petite bête d'un vert si clair,
dérangeant une grosse limace,
surprise de me voir à sa place,
la bouche soudain remplie d'une toile d'araignée, assaisonnée de rosée,
chassant, d'un revers de main, une bestiole curieuse et bourdonnante,
ou couchée sur le dos, le regard, sur les cimes des arbres,
ébahi par tous les verts de la création qui se balancent et me donnent le tournis,
les mots se faufileront, démangeront ma mine, noirciront la page blanche,
me rendront si heureuse, que je voudrais le crier.
Même si les mots sont tristes.

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