1
min

Whitechapel

Image de Biwood

Biwood

20 lectures

0

La brise hivernale caressa le visage glacé de Mary Jane Kelly. Malgré le froid et la faim, la jeune femme restait debout arpentant le trottoir à l’affût du moindre client. En ce mois de novembre 1888, tous le quartier de Whitechapel était en ébullition ; dans les bars et les bordels, on ne parlait que du tueur mystérieux sévissant dans ces rues interlopes. Malgré l'évident climat d'insécurité qui régnait dans ce quartier, Mary n'avait pas vu le nombre de prostituées diminués. Bien au contraire. L'apparition de l'éventreur – comme la presse l'appelait – était devenu un business lucratif : Certains hommes, en échange d'une rémunération, assuraient la protection des« femmes publiques » et offraient aux bourgeois venus s'encanailler une visite macabre du quartier. Mary trouvait même, par une ironie sinistre, que la mort des prostituées avait redonné vie à ce quartier jadis méprisé.
Il était neuf heures du soir, quand son premier client s'approcha d'elle. Il portait une longue veste noir et la moitié de son visage était masqué par son chapeau. La jeune femme ne s'en inquiéta pas, depuis le premier meurtre beaucoup de ses clients s'étaient mis, du jour au lendemain, à arborer la tenue supposée du tueur.

– Combien ? Dit l'homme sur un ton hésitant


– Six schillings.


L'homme sorti de sa poche trois pièces qu'il jeta négligemment sur le sol. Malgré ce geste condescendant, Mary s'empressa de les ramasser. Pendant qu'elle s’affairait, la jeune femme ne remarqua pas que son mystérieux client sortait un poignard de sa gabardine. Il prit une profonde inspiration, attendant le moment opportun pour passer à l'acte. Enfin, alors qu'elle avait presque fini de ramasser les pièces, il lui trancha la gorge d'un geste bref. Se fut rapide ; tellement rapide que la jeune prostituée ne remarque rien au premier abord. C'est en voyant du sang coulé sur le sol crasseux qu'elle comprit. Elle se mit à hurler, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Le tueur resta quelques secondes à la regarder se débattre pour sa vie et à implorer inutilement de l'aide. Puis, comme les fois précédentes, il disparut tel un fantôme dans la brume londonienne. Avant de mourir, Mary Jane Kelly jeta un dernier regard désabusé sur son quartier. Elle vit alors  Whitechapel comme ce qu'il était réellement : un cloaque putride où s'entassait la lie de la société.
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,