Where is my appart?

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_ Hello, we are lost. Can you help us, please ?
Ça faisait 2h qu'on errait dans New York. On était complètement paumé. Le monsieur m'a jeté un regard rieur. Mon accent, évidemment. Thomas a sorti une carte de son sac. J'ai répété 3 fois le nom de la rue où on voulait aller au monsieur qui ne comprenait pas. Au bout d'une demi heure, avec beaucoup de gestes et un peu d'anglais, le monsieur nous a expliqué comment rentrer chez nous. On l'a remercié plusieurs fois, et il nous a planté là. On s'est mis en marche, des vrais touristes, tous les deux, vous voyez le genre, appareil photo autour du cou, basket au pied, sac à dos et valise à roulette, la carte étalée devant nous. Manquait plus que la petite banane pour le porte feuille et c'était complet. On était arrivé ce matin, Thomas et moi, tout juste 18 ans, les yeux aventureux. On devait rester 3 semaines, on avait loué un petit appartement, on avait tout organisé nous même, je vous raconte pas comment on était fier dans l'avion. Forcément, là, c'était un peu moins classe, on était paumé, mais bon, ça avait quand même du charme. Le voyage, les imprévus, tout ça, vous voyez...
_ Oh merde, c'est quoi ce quartier pourri, ça ressemble pas du tout aux photos...
Thomas s'était arrêté, il regardait les vieux immeubles d'un air désespéré.
_ J'ai suivi le chemin que le bonhomme nous a dit, mais...
Mais c'était pas ça. J'ai soupiré. On en avait marre. Deux heures qu'on se trimbalait une énorme valise, un énorme sac... Les imprévus, ça a beau avoir du charme, il y a un moment où on en peut plus. Je me suis laissée tomber par terre.
_ On pourrait prendre le taxi ? A dit Thomas sans grande conviction.
Proposition idiote. On avait quasiment pas d'argent, juste de quoi ne pas mourir de faim, on roulait pas sur l'or et le voyage en avion plus l'appart nous avait déjà ruiné. De toute façon, le quartier était désert, et il n'y avait pas de taxi. Thomas s'est replongé dans l'étude de sa carte. J'étais parfaitement inutile, avachie sur le trottoir.
_ Je comprends rien, a râlé Thomas en abandonnant son bout de papier. C'est trop grand.
J'ai acquiescé. C'est à ce moment qu'une voiture est passée. On a pas eu besoin, de lui faire signe, elle s'est arrêtée toute seule. Un bonhomme a ouvert sa fenêtre, et nous a demandé si on avait besoin d'aide. Thomas lui a expliqué qu'on était perdu, complètement. Le mec a attendu que Thomas ait fini de parler pour lui annoncer qu'il parlait français.
_ Je suis aussi un touriste. Mon fils habite ici. Vous savez quoi ? Je vous emmène chez lui, il va le trouver votre appart. Allez, embarquez !
On est monté dans la voiture. Elle était un peu sale, mais le mec super sympa. Il arrêtait pas de parler. Il nous racontait sa vie, son fils ingénieur, parti vivre ici, parce qu'en France, il trouvait pas de travail. Sa femme n'avait pas pu venir, parce que sa mère était très malade, et qu'elle voulait s'en occuper... On arrivait pas à en placer une. On est enfin arrivé devant un immeuble immense, comme il y en a partout ici. On est monté, nos valises à bout de bras. Le mec a ouvert la porte.
_ Oh my God !
Il l'a dit si spontanément que j'ai tout de suite compris qu'il était pas français. Il y a eu deux coups de feu, et il s'est effondré devant nous.
_ Maïa ! Cours !
Thomas m'a tiré violemment en avant. J'étais tellement sous le choc que je n'aurais pas bougé. On a dévalé les escaliers, je n'avais jamais descendu aussi vite. Derrière nous, on entendait des cris. On entendait des pas. On descendait derrière nous. Mon cœur battait au moins à 3000 à l'heure, je l'entendais dans mes oreilles, qui voulait s'échapper de ma poitrine. On est enfin arrivé en bas. On a couru comme des tarés dans la rue, en bousculant les gens qui nous engueulaient. Je voyais rien, j'avais les yeux remplis de larmes. Thomas était devant, il a fini par bifurquer dans une rue déserte. Il s’est caché derrière un tas de gros sacs poubelles. Je l'ai imité. On a attendu longtemps avant d'oser se regarder, se parler. Mon cœur s'était un peu calmé, mais j'étais trempée de sueur.
_ Qu'est ce qu'il s'est passé ? J'ai chuchoté.
_ Je ne sais pas...
J'aurai aimé rester derrière ces poubelles toute ma vie. Thomas était pris de tremblement convulsifs.
_ Nos valise sont restées en haut, a dit bêtement Thomas. Toutes nos affaires.
On s'en foutait complètement. C'était juste pour penser à autre chose.
_ Il parlait drôlement bien français le mec, j'ai dit. Pas d'accent, rien.
Décidément, on ne sortait que des conneries. Du coup, on a arrêté de parler, et j'ai fait le point dans ma tête. Récapitulons. On avait plus rien, plus d'argent, que dalle. On était complètement paumé dans New York. Des gens avaient voulu nous tuer. Et pour couronner le tout, mon ventre s'était mis à gargouiller furieusement.
_ Qu'est ce qu'on fait ? A demander Thomas.
_ Tout débord, on sort de derrière ces poubelles, j'ai dit résolument. On est retourné dans la rue où on s'était fait courser, en jetant des regards suspicieux autour de nous. Thomas grelottait de peur, alors que moi, je suais de partout (de peur aussi). On n'osait pas demander aux gens un portable, de toute façon, ça aurait servi à quoi ? On ne réussirait jamais à leur raconter ce qu'on avait vécu. On a donc flâné dans la rue, au milieu des piétons, comme deux touristes, l'appareil photo en moins. On essayait de se donner une contenance, genre, tout est parfaitement normal. A vrai dire, c'était plutôt raté, ça se voyait bien qu'on était mort de peur. On ne savait pas où aller, nos pieds décidaient tout seuls. On a erré comme ça pendant des heures et des heures, mais ça nous a calmé On n'avait quasiment plus peur, ça nous a fait un bien fou.
_ Dis donc...Il a dit Thomas tout d'un coup.
_ Quoi ?
_ Tu trouves pas que ça ressemble à notre immeuble ? A notre rue ?
Je suis allée vérifier. C'était incroyable ! On avait fini par y arriver ! On a éclaté de rire dans la rue. Ça y était, les vacances pouvaient enfin commencer ! On avait enfin trouvé notre appart !
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