Voyage au centre du RER

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J'ai toujours aimé écrire et depuis que je suis en âge de coucher sur le papier ce qui me passe par la tête je n'ai cessé de le faire. Pour moi c'est comme respirer si je n'écris pas je ne vis  [+]

Image de Été 2013
Aujourd'hui c'est Xoud (RER A) qui m'emmène à Paris. Il me happe tous les matins et me vomit tous les soirs sur le quai, je suis engloutie et digérée quotidiennement par le RER comme des milliers de franciliens.
7h36 : le quai est déjà bondé. Voilà mon RER, je n'aime pas celui-là avec ses vitres grises, déjà qu'il ne fait pas beau ! J'ai l'impression de vivre continuellement sous les néons glauques des lumières artificielles.
Oulà, je me sens déjà oppressée et ce n'est que le commencement ; les portes s'ouvrent et, emportée par le flot de la foule, je vole (au passage, nous empêchons les gens de sortir mais l'union fait la force tant pis pour eux, et puis quelques bleus ce n'est pas grand chose, chacun pour soi). Une fois rentrée la foule s'éparpille brusquement pour prendre d'assaut les quelques places vacantes. Là aussi il faut être tactique, aller vite, ne regarder personne, et garder l'objectif en vue jusqu'à la prise de la place (il faut se parer du masque « yeux de tueurs et lèvres retroussées agressives » pour impressionner l'adversaire éventuel). Ne jamais sourire, ne jamais regarder dans les yeux ça attire les psychopathes ou les déjantés, il faut toujours rester vigilant ne jamais se relâcher.
Une fois assis, un coup d'œil circulaire vous renseigne sur vos voisins de voyage. Et c'est là que dans votre précipitation vous n'avez pas bien évalué la situation : certes vous avez une place assise mais à côté d'un SDF, erreur fatale. Une odeur de vinasse et de chairs macérées m'agressent les narines. Mais c'est sans compter sur l'adolescente assise en face de moi qui s'est apparemment baignée dans son parfum. Je ne sais pas ce qui m'est le plus insupportable l'odeur du SDF ? L'odeur de l'adolescente ? Ou le mélange des deux ? Perdue dans mes réflexions philosophiques, « mais qui pue le plus ? », je manque de m'asphyxier par l'odeur écœurante. Je mets en place le plan ORSEC, la fameuse tactique : je respire par la bouche et prends un air détaché comme si j'étais dans la roseraie du parc de Bagatelle (le mental c'est important pour survivre).
Je pourrai simplement changer de place, mais non je ne vais pas faire 3/4 d'heures de transport debout : ma place assise mérite quelques sacrifices. Dans mon malheur j'ai de la chance, mes deux compagnons sortent à la prochaine station. Je me remets donc en mode respiration normale.
C'est là que s'installe à mes côtés un cadre dynamique et son smartphone sur lequel il tapote nerveusement. Il n'arrête pas de me donner des coups de coude sans s'excuser, apparemment je suis invisible (chouette j'ai un pouvoir de super héros). Je le regarde en mode warrior (genre : « tu arrêtes maintenant ! ») mais lui m'ignore copieusement. Avec ce pouvoir vraiment fantastique, l'invisibilité, je pourrai lui botter l'arrière-train pour lui apprendre les bonnes manières !
Je suis déjà en nage, je me sens engoncée dans mon manteau. Sur l'échelle du stress, je suis déjà à 9 et demi. Je prends sur moi et essaie de penser à une image positive qui pourrait me détendre tout en respirant à fond. Je visualise une grande plage, le reflux de la mer... J'ouvre les yeux. Mince ! C'est ma station ! Je me lève et essaie de me frayer un chemin, mais là je me retrouve confrontée à un mur humain. Il va falloir que je m'implique physiquement genre « mêlée de rugby ». Je fonce, pousse les gens, écrase des pieds, et égrène des « pardons, excusez moi, je descends ici ». Je finis par m'extirper péniblement du wagon (j'ai failli perdre ma chaussure). Un vrai combat, le score : Aurélie 1 - RER 0. Dans les couloirs du RER qui me remontent vers la surface, vers la vie, je me fais la réflexion suivante : « Finalement, je ne fais pas mes 30 mn de marche par jour recommandées par le Ministère de la Santé, mais je fais du sport en prenant les transports en commun, l'équivalent d'un stage commando de survie (confrontation au stress, perte de poids, gestion de la colère). Et grâce au RER, je mourrai en bonne santé ! »

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Murielle Muselli Mingeaud · il y a
J'adore
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Brieuc Berepion · il y a
Super! :D
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Charlotte Pâris · il y a
Merci pour tous vos commentaires!
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Guslebrillet Guslebrillet · il y a
Récit plaisant qui roule... comme un RER, à l'heure, quasiment vide, le long d'un lever de soleil sur la vallée de la Seine avec Vivaldi dans les écouteurs du baladeur. Bravo.
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Milène Zuddas Fricano · il y a
Ah! Les plaisirs des transports en commun...Un plaisir international, j'ai connu ça à Rome. On vous envierait presque en vous lisant!
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Vigreux Georges · il y a
Aaaah! J'ai aimé. C'est tout à fait ce que j'ai vécu durant des années et me rappelle pourquoi j'ai fui la région parisienne voilà 5 ans!
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Hakima Beaïda · il y a
Waow c'est exactement ça! zuco, deca, xoud même combat!
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Aurélia Bianco · il y a
Pur moment de plaisir de lire dès le matin, ça rend le sourire... et non nous ne sommes pas seuls dans les couloirs de l'au-delà métropolitain !!
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Prisca Hok · il y a
Tiens ca me rappelle quelque chose de quotidien ;).
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Sibylle Houssais · il y a
Bravooo! Du vécu ça... et au final, il est bien imprudent de prendre le RER en tongs!
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Veronika Mangin · il y a
Génial!

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