Vous ne devinerez jamais la fin

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Je suis très énigmatique m'voyez  [+]

Deux lueurs blanches apparaissent au fond du tunnel. Des wagons sortent puis s'arrêtent au bord du quai. Les portes en métal s'ouvrent. Des gens montent à bord, d'autres descendent. Les portes se referment. Moi, je ne bouge pas. Les wagons se remettent en marche, accélèrent puis disparaissent dans un autre tunnel. Je me déplace sur le quai vers le coté d'arrivée de la rame de métro. Je pense au dessein dont moi seul détiens le secret. Une idée qui m'obsède. Une idée toute simple qui je l'espère, changera tout. Je regarde les gens autour de moi. Tous sont évidemment insupportables (peut être ne le sont ils pas objectivement, mais mon sentiment là dessus est sans ambiguïté). Peu importe, seul compte mon dessein. Me voilà au bon endroit, un endroit qui semble convenir. Plus loin, la barrière de sécurité m'aurait gêné. Ici, je peux bien observer. Au bord du quai, quelqu'un téléphone. Une fois que mon regard s'est posé sur lui, il ne le quitte plus. L'homme se balance d'un pied sur l'autre juste au-dessus des rails. Celui-ci m'a l'air bien, pour ne pas dire parfait. Je m'avance vers lui, un peu, beaucoup. Du fond du tunnel, le bruit d'un moteur se fait entendre de plus en plus distinctement. Je sais qu'il le faut maintenant ! Je me lance... peut-être trop tôt. Tant pis, c'est déjà fait ; je frappe du pied l'individu assez fort pour le projeter en contrebas. Il s'écrase sur les rails comme une merde, cela n'a pas manqué. Son téléphone, par ailleurs, a voleté je-ne-sais-où d'une façon qui n'était pas non plus très élégante. Le bruit de la rame s'intensifie. Ça ne sera probablement pas beau à voir. Le pauvre gars se relève péniblement, me regarde en émettant un drôle de râle. Ça devait être de la surprise à n'en point douter. Le bruit approche mais la rame n'apparaît toujours pas. Il est certain que j'ai mal estimé la durée du passage. Tant pis. De toute façon, ma victime a l'air trop sonnée pour s'en tirer à temps. Quelque chose cloche tout de même. Je jette quelques regards autour de moi. Les gens ici ne prêtent pas la moindre attention à ce qui vient de se produire. Ils ignorent même le plus totalement du monde les appels à l'aide venant du pauvre type sur les rails. Certains s'avancent au bord du quai. Ceux là ont simplement aperçu la rame de métro et se préparent à monter. Dès ce moment, je sens que je ne peux rester sans rien faire. Les lueurs blanches apparaissent ; il ne reste plus beaucoup de temps. Je me jette en avant sur le rebord du quai. L'homme sur les rails, tout paniqué, tente de grimper mais glisse et trébuche à chaque tentatives. J'espère que mon élan de courage (car c'en est un, il faut bien l'admettre) ne sera pas vain. J'attrape fermement son bras, et tente de le tirer. L'enfoiré pèse sacrement lourd (ou bien je ne suis pas costaud, je n'ai pas envie de le savoir). Toujours est-il que je donne vraiment du mien pour le sortir de là. Les lumières blanches nous éclairent tous les deux, accompagnées d'un bruit assourdissant. Le choc va arriver d'un moment à l'autre. J'essaie une dernière fois de tirer de toutes mes forces. Alors, chose assez incroyable (qui m'a en tout cas impressionnée) ; au moment où la rame de métro s'apprête sans le moindre état d'âme à nous balayer moi et mon pauvre gars, je parvins à hisser ce dernier jusqu'au quai. Cet élan désespéré fut atrocement disgracieux et si quelques émotions pouvaient émaner de moi, nul doute que j'en rougirais de honte. Nous nous sommes retrouvés plaqués au sol, violemment certes, mais certainement beaucoup moins que si nous avions heurté la rame. Celle-ci vient de s'arrêter et les portes s'ouvrent à présent. Mon compagnon d'infortune se relève, regarde autour de lui, l'air hagard. Je fais de même, mais sans regarder autour de moi et sans adopter un air particulier. De fait, je me relève juste. À présent, il va bien falloir dire quelque chose, je le sais bien, et cela me gêne passablement. Je réfléchis à sur ce quoi je pourrais m'exprimer. Visiblement, cela n'est plus nécessaire, l'individu semble s'être remis de ses émotions et se presse à présent pour entrer à temps dans un wagon. Les portes en métal se referment juste derrière lui. Les wagons disparaissent dans l'autre tunnel. Sur le quai, de nouvelles personnes remplacent les précédentes. Moi, je suis resté là, à continuer de réfléchir. Au fond de moi, il était très clair que cette aventure était l'une des plus stupides jamais vécues.
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