Vous êtes le saumon qui va à contre-courant

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J'ai un nom de vieille, des goûts de vieille: les chats, les vieux livres poussiéreux, le thé, les châles... Mais je suis aussi singulière: j'aime les octopodes, j'aime me compliquer la vie (et  [+]

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Le néant de la mort. Rien que ça, et rien d’autre. Avant, comme un doigt qui s’enfonce dans sa tête, un flash.
« PAN ! »
- Faites-le taire.
- Je ne suis qu’un pêcheur.
- Pour la dernière fois, qui es-tu ?
- Je n’ai rien à voir là dedans, d’ailleurs, je ne vois rien, laissez moi sortir!
- Tu sais à qui tu parles?
- Je ne sais pas, ce sac était très lourd.
- Arrête de jouer au plus malin. Tu sais ce qu’il y a dans ce sac?
- C’est le vôtre? Il est tombé par terre, j’ai voulu vous le rendre, je n’avais pas de mauvaises intentions. Il fait toujours aussi noir chez vous?
- C’est nous qui posons les questions. Comment t’es-tu retrouvé en possession de ce sac.
- Où suis-je?
- Attachez-le.
Salomon voulu ouvrir les yeux, mais il faisait toujours noir. Trou noir. Il tomba sur le macadam. Il jeta un regard derrière lui, avant que les poursuivants eux-même se jettent sur Salomon. Qui étaient ces hommes? Derrière lui, plusieurs personnes le suivaient. Salomon s’empara du sac et se mit à la poursuite du jeune homme qui lâcha un énorme sac de sport. L’homme courait à toute vitesse devant lui. Aussi froide que l’eau que le boucher et sa femme avait versé sur son pauvre petit cœur de pêcheur, la nuit était noire et froide.
- Dépêche toi, je veux plus te voir
Salomon, les bras ballants, resta bouche bée.
- Fiche le camp d’ici, ça t’apprendra à laisser ta femme de côté au profit de la pêche, roujat!
- Je suis pratiquement sur que ce n’est pas la bonne locution.
- Qui va à la pêche perd sa place, dit le gros boucher moustachu nu à côté de sa femme.
Ce qu’il y avait d'inhabituel, c’était le boucher dans l’encart de la porte. Salomon se déchaussa, comme d’habitude.
- Chéri, j’en ai un peu marre du saumon... je crois que je préfère la viande.
- Je t’ai ramené du saumon... Je l’ai pêché à la force de mes bras, je ne suis surtout pas allé le chercher chez le poissonnier hahaha...
Sa femme était entièrement nue. Comme si elle venait de faire du sport, elle avait l’air essoufflée, les cheveux en bataille.
- Mon chéri !
Sa femme ouvrit la porte. Il devait avoir l’air fière de ramener sa prise. Salomon s'entraîna à sourire fièrement sûr le chemin de chez lui.
- Et ne prenez pas la peine de l’emballer, j’ai une glacière.
- Très bien... le poissonnier trouvait assez étrange qu’un homme habillé en pêcheur lui achète du saumon. Surtout qu’à cette période de l’année, il y en avait plein les rivières!
- Surtout pas !
- Je vous le découpe ? dit le poissonnier en prenant ses outils.
Il ne se souvenait pas que le saumon coûtait si cher, surtout entier. « C’est pour son bonheur que je fais ça, pas parce que je suis malhonnête ». Il se sentait tellement honteux de mentir à sa femme ! Il rangea tout son matériel, et se rendit à la poissonnerie la plus proche. Il remua ses jambes dans l’eau pour les déloger de la vase qui bordait le lit de la rivière. Salomon ne pouvait pas revenir les mains vides. « Que va-t-elle penser de moi ? Que je suis un incapable » se dit-il pour lui-même. Il s’échinait à aller tous les jours à la pêche pour lui ramener du saumon, et ça faisait une bonne semaine qu’il ne ramenait rien. Si il ne pouvait pas satisfaire sa femme avec son met préféré, quel genre de mari était-il ? Salomon se sentait vraiment nul, inutile. « Ma pauvre Francine, pas de saumon pour toi ce soir ». Fatigué, le soleil commença à se coucher dans les nuages bas de l’horizon. Peu à peu, le soleil commençait à s’ennuyer de son jeu de reflets. Remonter à contre-courant pour aller pondre ses œufs là où lui-même était né. Il avait toujours trouvé étrange cette manie du saumon. Mais hélas, pas un seul saumon pour remonter la rivière. Pourtant, il ne s’était pas trompé, le frai avait commencé. Cela faisait bien quelques heures qu’il ne bougeait pas, pour ne pas faire fuir la bête. Salomon, patiemment les pieds dans l’eau, tenait fermement sa canne à pêche. Le soleil faisait jouer ses reflets dans l’onde claire.
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