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Voile de folie amoureuse

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Flozy Geeko

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Elle est là. Comme toujours. Elle me hante dès que mon esprit s'égare. Son songe me revient de ces jours passés avec elle. C'est un voile qui m'étouffe, qui m'oppresse, qui me rend fou. Elle me fixe, son regard emplit de rage et de tristesse. Son visage angélique, si pur, est balafré, couvert de cicatrices. Cela me fait tellement mal. Je sais pourtant qu'elle n'est pas réellement là. Ce serait tout bonnement impossible. Mais dès que je veux détourner les yeux, regarder ailleurs, m'échapper de son emprise, son corps si frêle m'apparaît. Alors je me lève de mon siège et sort de ce bar, espérant qu'elle ne me hantera plus une fois sorti. Sauf que cette fois-ci, son visage se dessine sur tous ceux de la foule, ses yeux si doux et cruels me dévisagent. Ce n'est pas possible, ce n'est pas possible, ce n'est pas possible. Mais pourtant elle est là, me scrutant, me sondant, me jugeant. Je ferme les yeux le plus fort possible, je sens la foule qui me bouscule, me malmène. Je me sens petit à petit reprendre pied avec la réalité. Alors je rouvre les yeux. Je continue à marcher comme si rien ne s'était passé. Après tout, j'ai l'habitude. C'est ce que je fais tous les jours, faire comme si elle ne m'avait jamais rencontré, comme si ce n'était pas de ma faute, comme si j'allais bien. Je marche, sans trop savoir où. Je vais là où mon inconscient me guidera. Je fixe mes pieds, ne voulant pas relever la tête, de peur qu'elle soit encore là, à me faire culpabiliser. Plus j'avance, moins il y a de monde autour de moi. Je ne sais toujours pas où je vais. Mais lorsque enfin je m'arrête et je relève la tête, mon souffle se fige, je n'ose plus bouger. Pourquoi je suis là ? Pourquoi mes pas m'ont menés là ? Pourquoi ai-je décidé de revoir ce parc ? C'est trop douloureux. Les souvenirs qui affluent. Tous centrés sur elle. Sur ces moments que nous avons passés adolescents dans ce parc. Ces moments durant lesquels elle était encore réellement là. Je sens cette sensation de brûlure affluer en moi, comme à chaque fois que je pense à elle. Mes mains viennent alors agripper la chaîne de cette balançoire sur laquelle je l'ai trouvée en larmes ce fameux jour. Je ne veux plus y repenser. Cela me fait trop de peine. Alors que je m'éloigne, je me retourne vers les balançoires et la vois, en train de pleurer abondamment, assise sur le siège de plastique rouge. Revoir ses joues ruisselantes et ses yeux rougis me brisent le cœur. Je sens alors cette brûlure remonter jusqu'à mes yeux. Non. Je ne dois pas pleurer, pas maintenant, alors que j'ai réussi à retenir tout cela si longtemps. Je n'ai pas le droit de craquer aujourd'hui. Alors je détourne le regard et laisse mes pas me guider une nouvelle fois. Espérant qu'ils me mèneront loin d'ici. Ma tête me tourne, mes oreilles sifflent. Me remémorer ceci est beaucoup trop douloureux. Mes pas s'accélèrent, je vois sans voir, je respire sans respirer, je marche en rampant. Inspire, expire, inspire, expire. Un deux trois quatre, un deux trois quatre. Lorsque je pense avoir enfin retrouvé un certain calme, j'ose relever le regard à nouveau. Non, ce n'est pas possible ! Pourquoi ici ?! C'en est trop. Ce poids qui me pèse sur le cœur est dorénavant trop lourd pour que je l'ignore, et je me noie dans un torrent salé qui n'en finit plus. À travers mes larmes, je peux encore l'apercevoir, assise sur la rambarde du pont suspendu, ses yeux vides perdus dans les flots paisibles dans lesquels se reflètent les lueurs de la ville. Je hurle, comme si je pouvais encore changer quoi que ce soit. Je peux encore entendre résonner ses mots durs dans ma tête, ils la martèlent comme un marteau sur une enclume. Ces mots me tranchant la chair, me rappelant à quel point notre lien avait été brisé, à quel point elle se sentait inutile, trahie et vide désormais. Et son adieu, oh son adieu ! Un mot froid, glacial, pareil aux eaux sombres à qui elle a laissé le soin de lui ôter son dernier souffle, le soin de lui ôter la vie. Ce soir est un soir comme celui où elle s'est ôté le moindre espoir, le moindre rêve, ma moindre force. C'est vrai que c'est beau, toutes ces lumières prisonnières de l'eau, bercées par ce doux clapotis. Elle doit être devenue l'une d'elles à présent. Comme cela doit calmer de trouver le repos au fond de cette eau. Sous l'eau, on ne doit plus sentir les larmes couler. L'une d'elles tombe, et se perd parmi l'étendue sombre. Jusqu'à ce que je la rejoigne, poussé par les mains glaciales de son souvenir. Ce poids permanent m'emporte dans les profondeurs. Les rôles sont inversés, cette fois-ci, c'est moi qui suis enfermé et les lumières de la ville qui s'élèvent. Ce monde glacé m'enveloppe, se faufile, glisse sur ma peau tel un couffin. L'air me manque, mais paradoxalement, cela ne m'oppresse pas, au contraire, cela me libère. Les dernières bulles s'échappent, je la revois, elle me tend la main une main douce et aimante, je la saisis et je me laisse une dernière fois guider vers l'inconnu.
Je te rejoins enfin mon amour.

PRIX

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Cristo · il y a
Très beau texte sur un sujet difficile mes voix.
L'amour et la mort sont des sujets inséparables
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/amour-amor

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Felix Culpa · il y a
Un récit très triste sur un sujet terrible, le suicide. C'est quelque chose qui va à l'encontre de mes convictions, car pour moi, lorsque l'on met fin à ses jours,
on ne trouve pas le repos. Toutefois, le thème est respecté, car c'est à cause d'une apparition qu'a lieu la disparition.
Toutefois, je cherche à comprendre: par rapport à la narratrice, qui est l'autre personne, certes une femme, mais qui ?

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Flozy Geeko · il y a
Lorsque j'écrivais, je m'imaginais plus un homme en tant que narrateur. Après, l'interprétation est libre, tant pour le narrateur que pour l'apparition : un amour, une amie perdue, un être aimé en règle générale
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Keita L'optimiste · il y a
Je vous donne mes trois (3) en revanche que vous fassiez de même pour moi sur https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/apparait-maintenant merci
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Dimaria Gbénou · il y a
Flozy, super intéressante votre histoire. Suspense bien mené. Agréable moment de lecture avec une belle fin..Mes voix. Je vous invite à lire mes textes dont un est en finale
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/sous-le-regard-du-diable
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/malchance

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Flozy Geeko · il y a
Merci beaucoup pour ce commentaire qui fait chaud au cœur !
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Adjibaba · il y a
J'ai pris beaucoup de plaisir à vous lire. Le texte est amusant et écrit de façon simple mais très originale. J'ai beaucoup apprécié et je vote.
Si vous un instant, je vous invite à venir me lire dans "Entre justice et vengeance" :https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/entre-justice-et-vengeance

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Flozy Geeko · il y a
Amusant ? Pourquoi pas mais ce n'était pas l'émotion que je voulais communiquer
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Noah Lebrun · il y a
Apporter sa pâte a du déjà vu risqué mais amusant
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Camille Patronum · il y a
Vraiment sympathique et intriguant !
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Flozy Geeko · il y a
Merci pour ton comm ! Contente que ça te plaise ^^
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