Vivre pour les morts

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Carlton pourquoi me fais-tu une chose pareille?Tu n’aurais pas pu attendre Thanksgiving,une année moins merdique que celle-là?Franchement!Jusque-là tu auras été le plus têtu que je connaisse.Mourir un Vendredi,c’est complètement débile.En semaine,je n’aurais pas tellement eu à respirer ton odeur,me maculer de ta raideur et m’offusquer de ta teneur mi-sucre,mi-sel.Tu es couvert de plaies béantes et toutes collantes.Ça me fend le cœur.Comment peut-on être aussi libre d’esprit et borné à la fois?Ça doit être toutes ces religions dont tu étais l’adepte qui te jouent des tours.Tu aurais pu m’écouter,ah non tu aurais dû.Mais même face à la mort tu as été ferme,borné.Et tu sais quoi?Tu m’impressionnes.S’euthanasier au point de se voir servir son trépas sur une couche qui ne mesure pas ta grandeur?Il faut être un Carlton pour le faire.Le week-end,mon esprit est plus préoccupé qu’occupé.Je deviens la pire des philosophes,la crème du pessimisme et la mer des lamentations.Tu sais quoi?Tu m’épates.Me laisser avec des incompréhensions qui me conduisent à des interrogations aussi saugrenues les unes que les autres?Il faut être un Carlton pour le faire.Je comptais te donner des réponses,mais...
Carlton,on s’est beaucoup aimé tu sais?Jamais de la même façon.Comme une ado face à son père,comme une sœur face à son frère,comme un homme marié face à sa maîtresse et même comme un ami face à une amie.Un amour érudit,c’est pourquoi tu as voulu partir le premier et te défiler.Me voir pleurer t’aurait autant fendu le cœur...Te rappelles-tu ce cri d’effroi?J’ai eu beau leur dire de te couvrir,tu avais froid,mais eux voulaient te glacer,glacer ton cœur,glacer notre amour et même l’âme de notre idylle.Ils m’ont tous regardé comme des amateurs d’opéra.Mais tu me connais Carlton,je ne me suis pas laissé faire!Ils ne comprennent pas,tout cet hôpital aurait dû m’entendre,entendre mon cri.Moi je ne faisais que t’appeler,pourquoi me calmer?Se sont-ils assez inquiétés pour toi pour s’inquiéter pour moi?Enfin, ce corps médical t’avait prévenu:«Jeune homme,si vous revenez ici à nouveau pour votre cas de diabète,l’on ne vous soignera pas».Tu m’as toujours dit que la parole est sacrée,et eux ils tenaient très bien leur parole.Ils nous ont attendus dans un coin reculé de cet hôpital.Je me suis pointée avec au moins 3h de retard.Décidément,ce jour,je t’ai honoré.J’ai tout fait comme toi avec ton éternel«j’arrive,je suis là».Je te passe ce que j’ai vécu avant d’arriver.J’ai même siégé à la place d’un fantôme,t’en rends-tu compte?Bref,ils ne m’attendaient pas pour te soigner à nouveau mais pour te frigorifier.Je me suis improvisée médecin,j’ai tâté ton pouls,j’ai ouvert tes yeux,j’ai touché tes pieds et j’ai compris.J’ai compris pourquoi Josy déblatérait.Pourquoi elle vociférait,et injuriait mon déni.La réalité m’a paru trop brutale,une chienne enragée,affamée de mal,de larmes.Mes cris d’effroi étaient des injures face à ta lâcheté,tu n’as même pas été capable de nous sécuriser.Et franchement,je ne pleure pas pour ta petite personne mais sur l’égoïsme que tu fais planer à ton départ malgré ton très pas d’amour.Je pleure parce que Carlton,tu n’avais plus assez de musique pour faire danser ta vie.Pourtant,tu disais que tu vivrais assez longtemps pour me faire chier.Dépenser mon argent que je gardais jalousement au point de ne pas te soigner.Tu vivrais assez juste pour dire à tes mômes de me faire chier autant que je t’ai fait chier avec mon comportement d’avant dernière.Tu sais,je suis choquée.J’ai pensé être ta muse,ce à quoi tu carburais,j’ai cru que pour notre idylle tu te serais au moins battu.Tu m’as trompé,tu as abusé de ma naïveté et aujourd’hui je ne vis que pour toi.Pour te prouver que toutes tes questions n’en valaient pas la peine,tu aurais dû attendre mes réponses.Je pensais qu’on jouait à un jeu d’amoureux.Tu l’as pris trop à cœur.Me voilà,incomprise de tous.Je fais tout pour ne pas parler à Josy, ma douleur décuplerait.Elle ne comprend pas elle aussi.Tu sais quoi?Tu me manques,ce n’est pas par vagues,c’est constant.Tu me manques sans répit.J’ai beaucoup appris à ton départ mais je n’ai pas appris sur ce que tu aurais pu me léguer, m’enseigner.J’ai appris sur la tienne,je sais que tu l’aimais tellement mais,oh!Quelle famille de peste!Fallait que ça sorte,que je te le dise même si c’est couché sur du papier.Et tu sais ce qu’ils ont dit à ton départ?Ils ne peuvent pas t’accueillir,t’enterrer dignement,ils ne te reconnaissaient pas.J’aurais fait en sorte que tu te comportes très mal avec eux;les accueillir,les nourrir au détriment de moi,ta Reine.Tu sais quoi?Remercie tes amis,non,je les remercierai pour toi.Ils ont été une famille pour toi,pour nous.Lorsque ta famille s’est montré un enfer pour moi,pour Josy,ils se sont montré un havre de paix.Grâce à eux,j’ai redécouvert le mot famille mais,je ne vais pas en abuser,tu n’aimais pas ça.Je considère la tienne,comme une hypocrite,je la DÉTESTE.Tu t’es éteint et tu es allé te reposer de tous tes combats inutiles qui n’étaient même pas tiens.Tu t’es éteint heureux,et ils n’ont pas compris.Josy n’a pas compris.Elle disait que tu délirais à cause d’une sorte de coma diabétique,non,tu étais dans la joie.Moi j’ai compris Carlton.Et je vais te dire,tu as peut-être été le dernier de ta famille à vagabonder sur cette terre,mais je reprends le flambeau.Avec ton enfant,ton instruction,je perpétuerai valablement ton nom.Je promets de le porter haut,non sans ôter ce visage et ce quotient intellectuel de morte.Ils n’ont pas été assez tendre que toi en me disant de passer à autre chose.J’en étais tellement frustrée que je les ai écoutés.Il est temps que ça s’arrête, je suis épuisée...tu n’aurais pas aimé ça. Carlton,ton combat est fini.
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