Virées ardentes

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Iconoclaste, autodidacte, amoureux de l'inédit, de l'imprévu, d'une certaine forme d'originalité sur fond de rébellion et d'impertinence. Je construis mes écrits comme un oxymore pour déroute  [+]

C’est une très belle nuit d’été, une de ces chaudes et suffocantes nuits estivales du littoral méditerranéen. L’atmosphère est difficilement respirable et tout signe de fraîcheur s’en trouve de manière naturelle, congédié.
La lune assidue, y est pleine et aux alentours constellée d’une myriade d’étoiles inertes tandis que bien plus bas, soumis à la gravité, filent à très grande vitesse les pleins feux d’une voiture sur une route nationale habituellement fréquentée de jour comme de nuit.
À bord du véhicule, quatre jeunes individus conversent, plaisantent, se chambrent et s’invectivent amicalement. Les joyeux fanfarons sont rieurs, farceurs et tout à leur joie. L’ambiance bon-enfant et détendue qui se dégage de l’habitacle laisse supposer les prémices d’une soirée festive et quelque peu arrosée, débutée en amont de l’instant présent.

Le bolide continue de fendre la route et d’écumer le bitume à très vive allure vers une destination encore inconnue. La voiture semble inconsciemment et irrémédiablement guidée par d’immenses projecteurs halogènes, au loin, surpuissants qui se croisent et pourfendent à leur tour ce ciel étoilé tels des sabres de « Jedi ».
Ces intenses lasers agissent comme un GPS visuel auprès de la jeunesse autochtone ou de passage dans le coin en quête d’un point de chute à une longue nuit pour noctambules avertis.
En suivant du regard ces lueurs incandescentes, on aperçoit à présent sa source originelle. Un night-club branché de la côte languedocienne, dont la sulfureuse réputation dans l’hexagone n’est plus à faire. Il surplombe majestueusement les alentours de par son imposante architecture fastueuse et de par sa vive aura lumineuse.
« The place to be » comme on dit dans le jargon local. Cet établissement a toujours eu pour coutume d’annoncer tous les week-ends en période estivale, le début des hostiles festivités en son sein à minuit, pétante, par un feu d’artifice aussi grandiose qu’assourdissant.

Ce samedi-là, pourtant, le spectacle pyrotechnique a eu un peu d’avance et tranche, dans son déroulement avec les semaines précédentes.

Mais nos quatre fêtards de la très rapide berline n’en ont cure. Ils se trouvent d’ores et déjà sur le perron de la boîte de nuit à toiser du regard les deux cerbères à l’entrée, tous deux souriants comme des pierres tombales et accoutrés de redingotes pour croque-mort.

- « C’est soirée costumée ce soir ?» chuchote David en claquant un clin d’œil à ses trois autres comparses impassibles mais hilares intérieurement. En effet, mieux vaut ne pas plaisanter avec ce genre d’énergumènes. Ils peuvent être de véritables fossoyeurs de soirées si on les chauffe ne serait-ce qu’un tout petit peu.

Le service d’ordre passé, les voilà désormais à l’intérieur, ils commencent alors à s’imprégner de l’ambiance torride et électrique qui règne au son de James Brown et de sa célèbre et intemporelle « Sex Machine ». Les projecteurs extérieurs ont cédé la place aux boules à facettes multicolores qui tamisent les lieux et dessinent une pléiade d’astres en perpétuel mouvement sur les murs de l’enceinte.

- « Début de soirée, rien de tel qu’une « mort subite » (*) pour se désaltérer avant de passer aux choses plus sérieuses » suggère Jacques, l’un des quatre gais lurons.

Direction le bar donc, dont une partie de la banque est littéralement en feu mais d’où s’échappe très rapidement William dès les premières notes de « Billie Jean » entendues.

- « Sorry les gars, je vous laisse, j’ai les jambes qui me brûlent et surtout des semelles toutes neuves, à user sur le dance floor en compagnie de Michael Jackson».

Très vite la piste se remplit de manière très processionnaire par les night-Clubbers postés non loin de notre gang d’amis, à l’invitation de cette chanson entraînante. Tous ces corps à présent se dandinent, se trémoussent, ondulent aux rythmes des mélodies.
Karl-Adès Burnall, célèbre Disk Jockey de nationalité inconnue se produit sur le site, théâtre de son incroyable talent ce soir-là pour une représentation unique. Véritable illusionniste de son art, déguisé en Méphisto, cornes fixées sur le haut du crâne et tout de rouge vêtu, le virtuose diablotin enchaîne et mixe avec une magique dextérité les morceaux de musique.

Quelques notes de Prince sur un sample de Barry White,..., du Amy Whinehouse dans un refrain de George Michael,...

- « Vous savez quoi, les gars ! » s’exclama Fred, le quatrième larron de la bande en s’adressant à ses trois autres potes,
- « J’arrive des vestiaires, déjà c’est un enfer pour y accéder mais je viens de croiser les sosies de Whitney Houston et de Freddie Mercury,..., tuants de ressemblance ! ».

Le feu d’artifice n’a pas été déclenché en avance cette nuit-là par les responsables de la boîte de nuit. La lumière flamboyante et le vacarme provenait d’une grosse berline allemande après une funeste embardée, avec 4 jeunes hommes de dix-huit à vingt ans à son bord prénommés, David, Jacques, William et Fred.

Ils auraient sans aucun doute aimé, sur cette planète, l’hommage musical qui a accompagné leurs funérailles.

(*) marque de bière belge
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