Vieilles santiags

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Humblement et simplement pour le plaisir de raconter une histoire de temps à autre. S.G  [+]

Image de Hiver 2021

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C’est pas facile facile, le confinement, quand on vit dans une cave.
Une cave transformée en chambre d’étudiant, mais une cave quand même, avec un soupirail qui donne sur la rue.
Alors, quand je m’ennuie et que j’en ai marre de la TV ou des cours à distance sur l’ordi, je m’assois sur ma chaise en face du soupirail et je regarde passer les gens. Ou plutôt je regarde défiler leurs godasses, car des gens, j’en vois pas grand-chose.
À force, ma perception s’est affinée et parmi les centaines de pieds qui traversent l’ouverture de mon soupirail, je suis devenu capable de reconnaître les chaussures régulières, celles qui passent plusieurs fois par jour en aller-retour. Pour certaines j’arrive même à reconnaître le bruit que font leurs pas quand elles s’approchent de mon soupirail.
Tenez, celui qui arrive là, de son pas trainant, c’est Vieilles Santiags.
Il passe au moins dix fois par jour devant mon soupirail. Ses groles ont au moins vingt ans. Des santiags en peau de python vraie ou fausse (?), avec le bout pointu bien levé vers le haut, et des talons en biseau bien rabotés tellement ils sont usés. Pareil pour la peau de python et le cuir, c’est tellement râpé tout ça qu’on dirait que ça va craquer d’un moment à l’autre.
Le gars, je l’imagine ; un vieux paumé du rock, au moins cinquante ans ; il dû être biker et rêver de Easy-rider toute sa jeunesse.
Je le vois bien, maigre et sec avec ses vieux jeans et un perfecto aussi usé et râpé que ses bottes. Je parie qu’il a un anneau à l’oreille et des cheveux grisonnants qui partent d’une calvitie avancée et dégoulinent en cascade sur ses épaules voutées de mec fatigué par les demis, les clopes et les pétards.
Si ça se trouve, il porte aussi une paire de bacchantes grises qui recouvrent ses lèvres minces et des dents un peu pourries quand il sourit.
Je dis ça, je suis pas méchant, mais il suffit de l’entendre marcher en trainant ses talons pour comprendre.
Quand il passe, j’entends Joe Cocker, Janis Joplin, Hendrix ou les Rolling Stones rien qu’à voir la courbure de ses santiags et à entendre le bruit qu’elles font.
Voilà, je suis assis sur ma chaise, dans ma cave et parce qu’il y a Vieilles Santiags qui passe, je suis transporté à Woodstock… au temps de la préhistoire…
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