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Dans le Barcelone estival étouffé par la moiteur et l'insolence de la chaleur, il règne un vent de folie apatride.

Cosmopolite, vulgaire et bigarrée, la ville écrase autant qu'elle délivre ses visiteurs. Les nuits sont aussi chaudes que les jours, le temps se fait long et fugace à la fois, les putes africaines côtoient – quand elles ne sucent pas –,  les cadres dirigeants allemands qui dorment sur des oreillers fourrés de deutschemark. La ville est hors du temps, loin de toute considération géographique, elle existe là comme elle pourrait exister ailleurs, toute entière dédiée à l'art de la contemplation et aux plaisirs du corps, brûlée par l'air de la méditerranée.

Langoureuses et placides, les terrasses sont presque vivantes : elles portent en leur sein la vivacité estivale des voyageurs de passage, elles s'habillent des couleurs des peuples européens, elles sentent le porc séché et la friture des patates locales. Les tapas sont passés du statut de spécialité culinaire locale à un souvenir de vacances. Comme si je ramenais un whopper d'un Burger King New Yorkais pour offrir à mon frère à Paris.

Les ramblas sentent le souffre et la barbe à papa. Un pakistanais propose à la fois des chichis et de la MDMA. Les prostituées s'adressent même aux enfants. Du port Olympique jusqu'à la place de la Catalogne, les ramblas irriguent la ville de fiel et de vulgarité.

Comme la Sagrada Familia, la ville laisse un goût d'inachevé : seuls les jours prennent fin et laissent place à la nuit. Rocambolesque nuit barcelonaise. Barcelone semble d'ailleurs toujours attendre que le jour s'endorme pour que démarre la nuit.

À Barcelone, la nuit, je mens. Je suis tantôt l'homme de sa vie, tantôt l'amant de sa nuit.

Je rêve en multicolore comme les mosaïques du Parc Güell.

Je vis plus vite, plus fort qu'à Paris. Je prends des poignées de sable pour me sentir vivant.

Je bois des bières en canette pour trinquer à la vie.

Je baise dos à la mer, en face des néons rutilants des boîtes de nuit.

Je trace des lignes blanches qui prennent l'odeur du jamon iberico.

Et ne me quitte jamais cette étrange sensation : ce sentiment de danger qui me murmure que je pourrais mourir ici sans même m'en rendre compte.

PRIX

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Yoann Bruyères · il y a
On retrouve ce style dans les textes, comme une poignée jetée à la figure, c'est prenant et bien écrit.
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Marie · il y a
Une ville que j’ai énormément aimée. Il y souffle, c’est certain, un vent de folie.
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Virgo34 · il y a
Barcelone est une de mes villes préférées. Le passage de Gaudi a marqué son architecture, la rendant incomparable et inimitable. Elle attire un tourisme cosmopolite qui la pollue inexorablement et qui en fait "una ciudad loca"...
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Klelia · il y a
Ville et vie trepidantes !
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Muirgheal James · il y a
Comme si j'y avais été!
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Zouzou · il y a
...une vie qui grouille , mes voix !
si vous aimez " les soldats imposent " Printemps , " le chasseur alpin " Paysages et des prix Eté si vous avez le temps...

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Elena Hristova · il y a
je sens le souffle de la ville à travers le pouls vif et coloré de vos mots
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Petitpoizonrouge · il y a
une écriture sans concession
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Utilisateur désactivé · il y a
Parfaitement résumée cette vue de Barcelone. Toutes mes voix. (Je l'ai connue avant le grand nettoyage pré- JO....)
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Atoutva · il y a
Une belle invitation au voyage. Mon vote.
Si vous avez le temps : http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-lierre-1

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Faf · il y a
Merci encore!
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