Victoire

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Férue de littérature, j'aime découvrir des pépites. J'ai découvert le potentiel de la nouvelle en rencontrant monsieur de Maupassant dont les textes ciselés et justes me touchent  [+]

Il s'approche de mon repaire. Il a dû courir car sa respiration est bruyante, saccadée. Il a le souffle court.
J'entends le bruit de ses pas sur le sol. Un frisson parcourt mon dos.
Il ralentit, avance doucement, prudemment. Il est aux aguets.
Nous ne sommes jamais allés aussi loin.
Il observe, scrute l'espace qui se présente à lui. Je peux sentir son regard lourd et aiguisé de chasseur.
Il veut éviter de se trahir mais le terrain joue contre lui. Le soleil de l'été a brûlé toute la végétation, ne laissant sur le sol que des brindilles sèches, prêtes à amplifier le moindre bruit.
J'essaie de me recroqueviller un peu plus. Heureusement, je suis souple. Je baisse davantage ma tête. Je serre mes bras autour de mes jambes. Je serre fort, très fort. Je respire lentement. Moi aussi je suis aux aguets. Je ferme les yeux et me concentre sur les bruits. J'ai le coeur qui palpite, il bourdonne dans mes oreilles. Est-ce que j'ai peur ? Encore ?
Non, pas aujourd'hui. Aujourd'hui, je suis prête à tout. J'ai soif de défi. C'est le bruit de la vengeance qui cogne, pas celui de la peur. J'ai perdu tant de fois auparavant. Je dois gagner maintenant. Lui faire ravaler sa fierté. Lui montrer que je peux dépasser le maître.
J'essaie d'occuper le moins d'espace possible, devenir invisible. Me fondre dans la nature. Et le laisser passer à côté de moi.
L'herbe craque tout près de ma cachette. Je réprime un sursaut. Je contracte mon corps et me concentre pour ne pas céder à la panique, cette vieille amie qui tente de prendre possession de moi contre mon gré.
Mes efforts paient. Il passe à côté de moi mais ne me voit pas. Il s'éloigne.
Je lui donne du fil à retordre. Tant mieux.
Après quelques minutes de silence profond, il a compris. Il abandonne la partie et se met à m'appeler.
Je ne réponds pas. C'est trop facile sinon. Et puis, c'est peut-être un simple piège. On ne sait jamais avec lui. Il est aussi imprévisible qu'une couleuvre. Et manipulateur. J'ai eu maintes fois l'occasion de m'en apercevoir. Toujours à mes dépens.
Les minutes passent. C'est la première fois que cela dure aussi longtemps. Je me détends car je sais que j'ai gagné. Il perd patience. Il hurle. Son cri est à la hauteur de sa déception. J'entends sa rage dans la vibration de mon nom prononcé comme une sentence. C'est pas un appel. En fait, c'est une capitulation non consentie.
Je savoure cet instant.
Il aimerait bien que je me montre, que je revienne, que je sois une gentille fille. Docile.
Trop facile. Il connaît les règles. C'est lui qui me les a apprises, et je ne vais pas les lui rappeler.
Alors je reste cachée. Je me repais de ma victoire. Je ne pense pas aux conséquences. C'est un sentiment nouveau. Je me sens forte. Je vais peut-être faire durer le plaisir en m'enfonçant dans la forêt. Montrer que je suis capable d'aller jusqu'au bout. Cela ne me fait plus peur. Je sais désormais que les loups sont à l'extérieur. Aujourd'hui je m'affranchis des contes pour enfants.
Finalement, je sors de ma cachette et marche à découvert.
Je suis fière et j'ai l'impression d'avoir gagné beaucoup plus qu'une simple partie de cache-cache contre mon frère.
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