Vice assumé

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Je suis une grande lectrice depuis l'adolescence grâce au réalisme de l'oeuvre d'Émile Zola. Passionnée par les romans historiques et notamment la Renaissance italienne je m'adonne volontiers  [+]

C’est une idée qui a germé dans mon esprit il y a des années, sans se concrétiser, par manque de courage. Mais surtout, par peur des conséquences de braver les interdits. Puis le souhait de faire quelque de ma vie a pris le dessus, et j’ai fait abstraction du bien, du mal, de tous les principes que mes parents m’ont inculqué. Je me suis lancé, j’ai transgressé la loi, je suis devenu une machine, jusqu’à en faire ma normalité.

J’ai débuté il y a un an par la petite vieille en face de moi, de l’autre coté du couloir. Je savais par avance que je n’avais rien à espérer avec elle. Mais pour m’entraîner, c’était la cible idéale. J’ai agis de même avec ses voisins de gauche, des retraités plus jeunes, aux revenus forcément plus conséquents. Finalement, pas grand-chose à en tirer non plus. Après plusieurs autres tentatives infructueuses dans le quartier, essentiellement explicables par mon manque d’expérience, j’ai jeté mon dévolu sur le jeune couple avec un enfant en bas âge, au bout du couloir. Au peu que j’en vois, il vit confortablement. Elle a un quotidien bien chronométré entre école, transports et boulot, ne lui laissant pas le loisir de faire autre chose. Lui, par contre, a la belle vie. Chef d’entreprise, sa journée est légère. Peu de présence sur son lieu de travail et des siestes coquines très régulières à l’hôtel avec sa maitresse. Deux aspects intéressants pour mes affaires. Depuis, ma voisine me fait de la peine. Je n’aime pas rendre malheureux les gens qui me sont sympathiques. Mais si je manœuvre bien, elle n’en saura rien et n’aura pas à en souffrir.

Et puis, il y a l’homme insonore qui m’a immédiatement intrigué. C’est le personnage qui existe mais qui n’a pas envie qu’on le sache. Il est toujours si silencieux. Bien que l’isolation phonique de l’immeuble soit déplorable, à part la chasse d’eau, aucun bruit ne filtre de son appartement mitoyen du mien. Pas de vie sociale non plus, il n’a jamais aucune visite. Sa personnalité atypique m’incite à le choisir. Je dois cependant faire preuve de discrétion, je peux tomber sur plus malin que moi.

Ce mardi matin, je me lève à l’aube. Ne connaissant pas ses habitudes, je dois parer à toute éventualité. Une douche, un petit déjeuner rapide et je suis prêt à dégainer. Je colle l’œil à l’œilleton et observe. Même la porte et la clé dans la serrure je ne les entends jamais. Une heure se passe. J’ai mal à l’œil, mes jambes sont engourdies. Mais j’en suis sûr, il va pointer le bout de son nez. Il doit impérativement passer devant ma porte pour quitter l’immeuble. Une heure de plus. Il ne sortira peut-être pas. Après tout, moi aussi je passe souvent mes journées enfermées. Pourquoi pas lui. Je m’absente quelques secondes pour une pause pipi et reprends mon guet. Enfin, la porte s’ouvre. Avec d’infinies précautions, il referme à clé et se dirige vers l’ascenseur. Afin de ne pas attirer son attention, je prends l’escalier, sûr d’arriver avant lui. Dans le hall, je fais semblant de farfouiller dans mon sac quand il passe à ma hauteur. Il monte dans le bus qui passe au bas de la résidence. Je l’attrape in extremis et m’assois à bonne distance. Nous ne nous sommes croisés que très rarement, mais il est peut-être physionomiste. Alors prudence. Il descend trois stations plus loin et prend place à la terrasse d’un café. Très rapidement, une femme le rejoint. Leur baiser ne laisse pas de doute quant à leur relation. D’accord, il a quelqu’un dans sa vie. Pourtant, en mon fort intérieur, je le trouve trop mystérieux pour ne me révéler que cet aspect de sa vie. Main dans la main, ne se souciant nullement d’être reconnus, ils se dirigent vers l’agence bancaire au coin de la rue. Je prends racine au pied du réverbère, sur le trottoir opposé. Elle s’installe derrière le comptoir, lui investit un bureau. Je zoom sur l’inscription inscrite sur le haut de la porte et y déchiffre le mot Directeur. Cette fois ci, mon intuition ne m’a pas fait défaut. Enfin, j’en ai déniché un qui va me rapporter.

La majorité des gens a une vie des plus banales. Suite à cette évidence et à mes nombreux échecs, j’ai mis en place une stratégie : ne m’intéresser qu’aux personnes qui fréquentent les beaux quartiers, ou qui évoluent dans les hautes sphères, ou qui semblent y appartenir par leur apparences ou leurs fréquentations. Mon but est de découvrir des situations financières confortables ou des faits compromettants. Suivre les gens pour démasquer leurs points faibles ou exploiter leurs points forts. Je trouve une cible et la traque plusieurs jours. Je recommence, inlassablement, à la recherche des failles de cette minorité. Et le constat est éloquent : beaucoup ont une vie parallèle ou un patrimoine conséquent, qui ne demandent qu’à servir ma cause.

Au fil du temps, je me suis perfectionné, passant maître dans l’art de la filature. C’est pour cette raison qu’à ce jour, je peux regarder les nombreuses photos de toutes mes victimes. Elles sont accrochées sur le mur de ma chambre, par ordre chronologique. Je sélectionne celles qui m’apportent des preuves incontestables, celles qui vont me permettre d’échafauder mes futurs chantages. Et parmi elles, deux voisins de palier : excitant !
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