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Veux-tu connaître ta véritable histoire ?

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- Ding !
Rose crût entendre la notification d’un sms. Elle se redressa et farfouilla au fond de son sac pour retrouver son portable. Elle s’était promis de lui trouver une place plus accessible afin d’éviter ces contorsions ridicules lors d’un appel. Mais rien à faire, elle se faisait toujours avoir par cet objet qui avait fini par intoxiquer l’humanité entière, pensait-elle.
« Veux-tu connaître ta véritable histoire ? » disait le message. Bien entendu le numéro de l’expéditeur était masqué. Elle fit une moue d’exaspération contre ces sms intrusifs dont elle n’arrivait pas à se débarrasser et reprit sa place.
Installée sur l’un des sièges métalliques du jardin parisien du Luxembourg, face à un doux soleil automnal d’après-midi, elle se délectait à la lecture d’un polar haletant qu’elle ne voulait plus lâcher. Elle posa le portable sur ses genoux et reprit sa lecture.
Rose était une belle brune de trente-six ans aux yeux noisette, de taille moyenne, célibataire, sans enfants. Nombreux étaient ceux qui souhaitaient sa compagnie. Elle charmait son entourage par son sourire irrésistible mais aussi par son intelligence redoutable qui ne faisait aucune concession à la futilité.
Mais depuis l’ingérence de ce message étrange, elle n’arrivait plus à se concentrer sur son livre. Elle le posa sur son giron et rejeta la tête en arrière vers le ciel dans une attitude pensive et interrogative. La profondeur du bleu de l’azur par ce mois d’octobre l’apaisa un instant. Son regard se porta sur les marronniers centenaires dont les feuillages se balançaient nonchalamment au gré d’une douce brise. Insidieusement ces quelques mots avaient introduit le doute dans sa tête et lui rappelait une douleur jamais éteinte.
Marie n’avait jamais connu ses parents. Élevée dans une famille d’accueil, elle eut une vie normale et équilibrée. Jusqu’à sa majorité. Pour ses parents adoptifs ce fut une douloureuse épreuve de lui apprendre, avec d’infinies précautions, qu’ils n’étaient pas ses parents biologiques. Selon eux, ses véritables parents avaient trouvé la mort dans un accident de voiture alors qu’elle avait à peine deux ans. C’est tout ce qu’ils savaient. D’où sa frustration jamais éteinte de pouvoir faire des recherches sur ce drame qu’elle retourna longtemps en colère contre eux. Puis la cicatrice se referma et elle se réconcilia avec sa famille. Sa seule famille. Aujourd’hui disparue.
Alors ce message était-il réel ? Avait-il un sens ? Elle se surprit à vouloir y croire irraisonnablement.
- Ding !
Cette fois-ci elle sursauta au point que toutes ses affaires, sac, livre et téléphone se retrouvèrent éparpillés sur le gravier. Elle ramassa le tout comme elle put et lut le texte qui lui parût encore plus mystérieux que le premier : « Demain RDV dans l’église St-Séverin. Attends qu’on sonne l’Angélus » ordonnait-il. Son sang se glaça. Elle se leva d’un bond et se retourna dans tous les sens dans l’espoir de démasquer le mauvais plaisantin. Mais elle avait beau scruter les environs, tout ce qu’elle embrassait n’était qu’un beau jardin calme envahi de flâneurs insouciants.
Cette nuit-là il fut impossible à Rose de fermer l’œil. Que signifiaient ces messages énigmatiques ? Qui était derrière tout ça ? Elle prît une décision. Elle irait au rendez-vous.
À six heures elle était déjà debout, avide d’en découdre. Deux heures plus tard elle pointait devant le portail de l’église. Personne ne semblait l’attendre. Trop tôt, se dit-elle. Elle s’était renseignée, on sonnait l’Angélus juste après les neuf coups de neuf heures. Elle pénétra dans l’édifice et s’assit sur le premier banc qui s’offrait à elle.
La solennité de ce lieu sacré l’enveloppa telle une chape protectrice. Elle jeta un regard circulaire dans l’espoir de saisir un mouvement suspect mais elle finit par se résigner et patienta. Au dernier coup de cloche, une voix de femme, presque sépulcrale, lui susurra dans le creux de l’oreille :« Ne te retourne pas. Si tu le fais, tu n’en sauras pas plus ». Et puis brutalement : « Tes parents vivent toujours, ils sont à la Réunion...».
Le choc. Rose se sentit défaillir. Pendant quelques minutes qui lui parurent une éternité elle écouta cette voix qui la tutoyait et lui révélait les origines de sa vie. Elle n’eût même pas la force de lui demander son identité. Elle ne l’entendit même pas partir. Elle ne sut même pas combien de temps elle resta repliée sur elle même, les bras sur les genoux, la tête dans les mains, tremblant de tous ses membres. Quand elle se redressa, un rayon de lumière traversa les vitraux multicolores et caressa son visage encore en larmes.
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Chloé Goupille · il y a
J'ai été perturbée par ce personnage que vous appelez Rose, sauf une fois, où elle devient Marie.... Mais ça ne m'a pas empêchée d'être absorbée par son histoire mystérieuse dont on sort avec encore beaucoup de questions !
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FKI · il y a
Effectivement entre Marie et Rose on peut être perturbé. Il s'agit d'une faute d'inattention repérée une fois le texte envoyé. Appelons-la Marie-Rose pour se faire pardonner. Merci pour votre appréciation.
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Chloé Goupille · il y a
Oui, c'est toujours frustrant quand ça arrive ! Mais c'est tout pardonné :)
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Kiki · il y a
ah ces appels masqués....Qui se cache derrière ces inconnus..... un signe du destin ? J'ai aimé je vous donne ma voix. BRAVO
Je vous invite si ce n'est pas encore fait à aller lire le poème des cuves de Sassenage. Je vous guiderai dans les entrailles de cette cavité magique. MERCI D'avance

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FKI · il y a
Quel bel hommage à ce lieu. Le faire découvrir par un poème c'est inattendu et original. Je n'y manquerai pas de le visiter lorsque l'occasion le permettra car vous en donnez envie. Bravo
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