2
min

Vert amer

Image de N'importe quoi

N'importe quoi

1 lecture

1

Tu es assise dans le restaurant, une petite table pour deux, juste devant le paravent. Ces dernières années, vous n’alliez plus manger au restaurant. Il n’en n’avait pas les moyens.
Quand bien avant, tu voulais avoir une conversation sérieuse sur un sujet difficile, tu lui proposais une rencontre au restaurant. Comme ça, tu savais qu’il garderait une certaine retenue.
Tu as toujours su comment composer avec ses humeurs fragiles. Quand il a fait sa dépression après son accident, tu étais douce, attentive et tu l’encourageais dans sa réhabilitation. Tu partais le dimanche après-midi avec les enfants pour le laisser se reposer.
Aujourd’hui, il t’a téléphoné au bureau pour t’inviter à luncher. Cela t’a fait plaisir, d’autant plus qu’il a proposé un restaurant végétarien, La Belle verte. Pas son genre d’habitude.
La serveuse avec son bandeau vert et ses pantalons à fleurs vert et orange est bien agencée avec le décor. Des plantes vertes partout sur le bord des fenêtres déversent leur cascade de feuillage. Dans le comptoir réfrigéré, des tartelettes avocat et lime. Le chef porte une casquette vert kaki à la Castro, celui des jeunes années. Des fonctionnaires badge au cou entrent en riant. Ils semblent des habitués car la serveuse au bandeau leur a aussitôt apporté une soupe verte, au chou frisé.
Il arrive. Il jure dans ce décor de bobos avec son veston et sa cravate.
- Comment trouves-tu l’endroit demande-t-il?
- Je connaissais. J’ai été étonnée de ta proposition.
- J’ai pensé te faire plaisir.
Tu le regardes. En quel honneur me faire plaisir? Mais tu ne le dis pas. Il vient juste de recommencer à travailler après 8 mois de physiothérapie et réadaptation. Ce n’est pas le temps de gâcher la victoire. Quand il s’est mis à douter de ses capacités, de sa mémoire, tu lui as montré comment il avait bien récupéré. Il a fait des efforts pour la patience avec les enfants, pour gérer son stress. Ces derniers mois, il a repoussé tes paroles d’encouragement par son mutisme de façade. Il te tourne le dos dans le lit et se dérobe à tes avances. Il s’est replié sur lui-même, a coupé les liens avec ses amis.
Tu as songé et songes encore à le quitter mais tu te dis qu’il vaut mieux attendre qu’il se remette en selle et retrouve une forme d’équilibre. Peut-être que dans quelques mois, tu aborderas le sujet.
La serveuse leur apporte le menu.
- Comme soupe du jour, il y a le gaspacho ou le Caldo Verde. En plat principal, le riz byriani aux pistaches ou la salade panachée mangues et avocat.
- Ce sera soupe caldo verde et salade pour moi.
- Même chose.
Pour diminuer son malaise, il parle. De de la caldo verde qu’ils ont découverte ensemble lors d’un voyage au Portugal, du chou difficile à trouver ici pour reproduire la recette. Tu attends.
- Bon, j’ai quelque chose à te dire.
- Oui j’écoute.
- Tu sais que cela fait longtemps que je veux aller travailler à Montréal. À un certain moment, avant mon accident, j’avais trouvé un poste mais la perspective de déménager ne te souriait guère. Alors j’ai renoncé.
- Et maintenant?
- Bien, justement, je me suis trouvé un emploi, dans mon domaine. Je déménage dans un mois. Je vais juste apporter mes vêtements, mon ordi et mes livres.
-Où vas-tu habiter?
-Avec Normand. pas en colocataire. Nous sommes en couple.
1

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,