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Verglas

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embellie

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Verglas


Ah ! Le laxisme des amoureux de l’espèce canine ! Chaque jour, avant de me mettre au travail dans mon atelier-boutique du centre ville, je dois laver mon trottoir à grande eau.
Or, un matin d’hiver, mon devant de porte étant particulièrement souillé, je retrousse mes manches et pratique mon lessivage habituel avec une ardeur décuplée.
J’ai mal mesuré les morsures du froid. Trois minutes plus tard s’étale devant ma vitrine une mini-patinoire olympique. Un voisin, affolé, entrebâille la porte et me crie, moitié conseil, moitié reproche :
― Il faut mettre du gros sel ! Si une personne se casse la jambe, vous aurez des ennuis, vous êtes responsable... enfin !
Je le remercie de son intervention en rougissant de ma bêtise.
Je n’ai pas de gros sel. Sans nul doute, je devrais en avoir. Du sel dans une boutique de décoration, c’est évident, voyons !

Me voici dans l’embarras. Il est très tôt et l’épicerie la plus proche n’est pas encore ouverte. Je place à portée de main mon croquis coté, mon plan de coupe, en vue de la réalisation d’une housse de canapé. Je déroule sur l’établi la pièce de tissu concernée et, tout en commençant à préparer mon travail pour la journée, je guette la rue. Je vois des gens emmitouflés, prudents, contourner la zone dangereuse en descendant sur la chaussée. Je suis de plus en plus inquiète car la rue s’anime et l’épicerie n’ouvrira pas avant une demi-heure.

Tout à coup, je vois une très vieille dame, toute petite et menue comme une souris, d’ailleurs vêtue de gris, trottiner à petits pas pressés. Elle vient de la boulangerie, en face. Elle tient un cabas d’où émergent trois fines baguettes. Elle traverse la rue et s’apprête à emprunter mon trottoir. Je m’élance vers la porte pour la mettre en garde...Trop tard ! Elle a fait deux pas, sans aucune méfiance, et zip ! La voici sur son derrière. Au comble de la confusion, je cours pour l’aider à se relever, un flot d’excuses jaillissant déjà de mes lèvres, mais ma précipitation est telle que je glisse aussi et me retrouve assise contre elle, dans son dos, jambes écartées, dans la position que prennent les tout-petits enfants pour jouer au train. Comme toujours au moment le moins propice, un énorme fou-rire m’envahit, malgré le tragique de la situation. Nous nous aidons mutuellement à nous relever, un passant ramasse les baguettes éparses. La grand-mère, éberluée, se demande ce qui vient d’arriver, tout s’est déroulé si vite...

Je bredouille mes excuses, vérifie surtout qu’elle n’est pas blessée, propose de la faire entrer dans la boutique pour se remettre de ses émotions. Elle refuse avec un petit sourire gentil, assure que tout va bien et reprend sa route à petits pas pressés.

Je file acheter du sel.
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