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DanChuruska

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Avertissement : Il s’agit d’un récit fictif. Toute ressemblance avec des personnelles réelles serait purement fortuite et d’une tristesse insondable.


Paris.
Un prestigieux immeuble haussmannien, VIIème arrondissement.
Musique d’ambiance, tintements de cristal, conversations légères. Champagne, petits fours, caviar, fruits exotiques. Sourires, rires, potins, conversations aux gros sous. Temps maussade et tristesse de Novembre dans les rues de la capitale ; chaleur et ivresse des sens à l’intérieur. Avec un ratio de neuf hommes pour une femme, bien sûr, les serveurs deviennent des hôtesses aux courbes avantageuses. On reluque, on effleure, on savoure.
Un homme entre dans le salon, invite les convives à le suivre. Il a sur lui l’un de ces costumes gris, impersonnels, qui valent plusieurs SMIC mais n’en ont pas l’air. Ils entrent tous dans un petit amphithéâtre, réplique un peu plus grande de leurs salles de cinéma personnelles. Une rumeur, froissée et désagréable, se dissémine quelques secondes tandis qu’ils s’installent. Quelques sièges accusent le poids de leurs occupants.
Le costume entame sur scène par une plaisanterie habile ; les nouveaux venus rient, les habitués sourient, les vétérans restent stoïques. Commence la danse du commissaire-priseur et des clients. Les images se succèdent, les plaquettes sont exposées puis cachées, parfois avec une fréquence élevée, parfois avec une mollesse édifiante. Les différences sont obscures pour le profane ; les nuances, subtiles.
Des conversations à voix basse se répandent progressivement dans la salle. L’attention se dissipe, s’éparpille. Le public n’est pas habitué à l’écoute. On parle d’actions en bourse, de fusion-acquisition, de la faillite des absents, non sans hâbler sur sa propre réussite. On parle aussi de celui qui voudrait être Jupiter, on l’attaque, on le félicite. Héros des uns, malheurs des autres – ceux-ci lui préféreraient sans doute Mars. Plus discrets, il y a les gestes de gêne de quelques-uns : les mouvements incessants, les mains qui cachent les visages, les plissements de rides, les tics nerveux. Leur resterait-il une quelconque humanité ?
Ces petites perturbations cessent soudainement et le silence s’impose dans la salle. Voici le lot libyen. CNN les a exposés, et leur valeur a soudain grimpé en flèche. Absolument toutes les personnes présentes sont intéressées. L’envie de posséder repousse les possibles doutes et les sujets secondaires. Irrésistible pouvoir de détenir une vie entre ses mains, parce qu’ils le peuvent, tout simplement. Aussi simplement. Certains échappent des sourires carnassiers ; les regards brillent d’avidité, de malice.
Pour aujourd’hui, il n’y aura que deux spécimens. Le costume promet de nombreux autres prochainement. Il reste vague, mais il s’agit là de son métier. Il insiste ensuite -un peu lourdement- sur l’exceptionnelle qualité de ceux présentés dans quelques instants.
Le premier est un homme, grand, un peu maigre, mais semble-t-il fort et en bonne santé. Son intérêt réside dans ce physique et son côté exotique. Il servira à merveille comme trophée. Il est l’archétype même de l’esclave des temps anciens. Sa couleur d’un noir profond attire l’œil. Son prix gonfle rapidement et il est adjugé pour un très joli pactole. Le nouveau propriétaire se félicite quelques instants, avant de regretter d’avoir dépenser ainsi son argent de manière aussi inconsidérée.
Car vient alors le deuxième spécimen. Une femme, d’une beauté farouche, incroyable. Elle est une reine soumise à leur pouvoir ; le feu règne dans ses yeux, sa posture est droite, fière, sa tête haute. Son visage a des traits fins, ses épaules sont creusées et mettent en avant sa nuque, la courbe de ses seins est avantageuse. Elle est grande sans être trop grande, insoumise sans être tout à fait incontrôlable. Elle exalte leurs sens. Les pancartes se lèvent toutes. La danse devient frénétique, angoissante presque. Jusqu’à l’explosion, dix minutes plus tard. La fille est adjugée pour un montant record. La pièce est électrique, la tension suinte. Chacun reprend son souffle, étourdi.
Lentement, inéluctablement, un calme relatif se répand. La vente est terminée. Quelle vente, pourtant ! Celle-ci restera dans les annales, assurément. Même si, déjà, tous espèrent secrètement que la prochaine saura la surpasser, et ce dès le mois prochain. Ou pour ceux qui pratiquent à l’étranger, dès la semaine prochaine, à New-York. Les américains savent y faire, le spectacle est assuré.
Les échanges cessent, le bâtiment se vide.
Reste l’odeur rance de ces êtres immondes et de leur désir immoral et abject. L’indicible horreur.

Dan Churuska






Plus de quarante millions de personnes subissent aujourd’hui une forme ou une autre d’esclavage dans le monde, selon la Walk Free Foundation.

« Celui qui accepte le mal sans lutter coopère avec lui. »
Martin Luther King.

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