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Valjean

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Feursy

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Depuis cinq ans, Alice partage sa vie avec Valjean. Il est entré par la fenêtre du salon, un matin de printemps. Quand Alice est revenue du jardin avec le premier bouquet de fleurs de l’année, elle l’a trouvé lové sur le canapé. Son poil est rayé dans deux tons de gris, on dirait un costume de bagnard, d’où le nom de Valjean.
Valjean est un chat délicat, Alice cuisine chaque jour un repas qu’ils prennent en commun. Tous les deux s’accordent une petite sieste après le déjeuner.
Valjean est un chat respectueux, il sait que la librairie et le salon de thé lui sont interdits pendant les heures d’ouverture. De toute façon, il n’aime pas lire et le thé il a goûté une fois, pas terrible ! Il préfère rester dans le salon et regarder par la fenêtre Cubenec, le voisin, qui s’active dans son jardin.
Valjean, sa préférence va à la musique classique, son morceau préféré est sans aucun doute la fugue en ut mineur KV 546 de Wolfgang Amadeus Mozart. Il est aussi passionné par l’actualité : dès vingt heures, chaque jour, il est sur son fauteuil pour regarder le journal télévisé. Après la météo, il part pour une petite promenade digestive. Parfois, il ne rentre pas de la nuit, mais jamais Alice ne lui demande avec qui il a traîné jusqu’au petit matin. C’est un principe, aucun des deux ne se mêle de la vie privée de l’autre, c’est une règle de base pour vivre en colocation.
Alice a également, par deux fois, fermé sa librairie trois jours, René Cubenec l’a vue mettre une petite valise dans sa Twingo.
Fidèle à son principe, Valjean ne lui a rien demandé, mais tout de même trois absences en moins de six mois, Valjean se sent un peu délaissé, de plus elle ne lui a pas proposé de l’accompagner. Il aurait sans aucun doute refusé, il préfère son petit confort ; quand même, elle aurait pu le suggérer.
C’est Clémence l’institutrice qui lui apporte ses repas quand Alice est absente. Elle a la main si douce quand elle lui caresse le poil et en plus elle sent tellement bon. Clémence fait une cuisine raffinée, digne d’un chef étoilé, mais jamais Valjean ne s’est permis de faire une réflexion à Alice, il ne veut surtout pas lui faire de la peine, même s’il trouve que ces derniers temps les plats préparés par la libraire sont un peu fades. D’ailleurs, son sourire est de plus en plus triste, comme ses mets. Clémence met parfois un peu de Mozart et elle reste avec lui pour profiter de la virtuosité du jeune prodige. Mozart, quel génie, l’oreille absolue, quelle maîtrise parfaite ! Valjean aimerait pouvoir partager sa passion avec quelques chats de sa connaissance, mais c’est peine perdue. Heureusement, il y a Alice et Clémence. Décidément, cette institutrice a beaucoup de savoir-vivre.
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