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Valentin - tine

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Atoutva

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Ce soir-là, quand Valentin sortit du bureau, il savait déjà qu’il prendrait seul le diner dans son deux-pièces au septième étage de son HLM, qu’il se coucherait seul pour la nuit dans son lit pliant jusqu’au lendemain et qu’alors la même journée que celle d’aujourd’hui, ou d’hier ou de toutes celles d’avant, recommencerait.
On a beau s’appeler Valentin, quand le Destin vous laisse seul, on reste seul !

La jeune femme brune dans la foule bariolée des banlieusards qui attendaient leur train regardait éperdument tout autour d’elle. Perdue, oui, elle était perdue ! Son train était supprimé – une grève surprise sur la ligne 4 - le suivant, seulement demain matin. Et où passerait-elle la nuit, seule, sans relation, dans cette grande ville qu’elle ne connaissait pas ?
Une jolie fille des terres plus lumineuses, certainement habituée à un océan plus bleu.

Comme il se précipitait vers son train qui venait de s’afficher, Valentin bouscula par inadvertance une jeune femme. Il s’excusa, rapidement, voulut repartir, mais s’arrêta net devant la détresse des grands yeux bruns.
- « Je peux vous aider ? » se surprit-il à demander.
Il y eut un instant de silence durant lequel tous deux s’étudièrent avec un étonnement non feint. Inconsciemment, il lui avait pris ses mains qu’elle ne songeait même pas à retirer. Et le temps semblait s’être retiré, comme en suspension. Même, la foule tout autour semblait avoir disparu.
Et tout à coup, ce fut comme un flot, elle déversa tout. Elle s’appelait Valentine, arrivait de Madagascar ; après avoir débarqué à Roissy quelques heures plus tôt, où elle devait retrouver son compagnon, rencontré sur Internet, ce dernier lui avait annoncé qu’au dernier moment il ne pouvait la rejoindre : il lui avait expliqué comment se rendre à Troyes, où il habitait ; mais son train supprimé, elle ne savait plus où aller. Elle errait seulement dans la gare. Et son téléphone portable, sans doute oublié quelque part à l’aéroport, à moins qu’il ne lui fût volé...
- « Si vous voulez, je peux vous dépanner pour la nuit. J’habite à Noisy, la première station. Ce n’est pas la même direction, mais on pourra aviser demain... J’ai un matelas supplémentaire dans mon deux-pièces... »

C’est comme cela que Valentin et Valentine s’étaient retrouvés au septième étage d’un HLM de banlieue. Ou au septième ciel, comme il aimait répéter. Parce que... Après, que s’est-il passé ?
Valentin sourit en regardant les formes parfaites qui soulevaient le drap de lit. Il ne put s’empêcher de les épouser de la main. Le corps encore endormi ne bougeait pas. Seule, la poitrine se soulevait encore, régulièrement. Le visage enfoui dans l’oreiller, on n’apercevait que les boucles noires de l’abondante chevelure de la jeune femme.
Un fameux cordon-bleu, Valentine ! Il n’avait jamais dégusté une meilleure omelette, pomme de terre et tomate, bien épicée, préparée par la jeune femme. Il n’avait jamais autant apprécié les palets de légumes surgelés. Il n’avait jamais siroté meilleur café. Il n’avait jamais autant senti le moelleux du canapé qui les avait recueillis.
Et puis, ils avaient beaucoup parlé. De leurs vies, bien sûr. De toutes les défaites. De tous les espoirs. Les gouts et les couleurs, cela viendrait plus tard. Côte à côte, très près, de plus en plus près, à se toucher, ils se regardaient, s’écoutaient, se taisaient aussi, parfois, laissant la chaleur de l’instant envahir leurs âmes. Qui avait posé le premier baiser sur les lèvres de l’autre ? Quoi de plus naturel ! Aucun sursaut, aucune plainte ni d’un côté ni de l’autre. Ils se connaissaient depuis toujours. Qui avait porté la première caresse sur le corps de l’autre ? Quelle importance ! Ils ne faisaient déjà plus qu’un.
Il y avait bien sûr un matelas supplémentaire – il l’avait dit. Mais pourquoi donc, et comment donc, s’étaient-ils retrouvés tous les deux, côte à côte dans le lit de Valentin ? Il ne le savait pas, ne le savait plus, ne voulait pas savoir, mais il se souvenait de la douceur de... du... des... enfin, quoi, il se souvenait de la merveilleuse nuit !
La jeune femme remua, un rayon de soleil lui titillant les yeux qu’elle ouvrit aussitôt. Elle n’eut pas l’air étonné de se trouver en un lieu inconnu. Elle n’eut pas l’air étonné de la présence à ses côtés d’un homme étranger qui la regardait admirativement et qui lui souriait.
- « C’est l’aube ! dit-elle en s’étirant et rejetant un peu le drap.
- Oui, l’aube d’un jour nouveau... ou d’une nouvelle vie ! » répondit-il doucement.

PRIX

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Truocel · il y a
J'ai beaucoup aimé. Récit plein de délicatesse qui fait rêver, qu'on lit avec bonheur, avec douceur. Un très beau tableau.
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Atoutva · il y a
Bon, faut pas rêver, ce n'est qu'une histoire, et ce genre ne doit pas arriver tous les jours. Mais enfin, pourquoi pas !
Voilà, j'ai fait le tour et tu es partout ! Un grand merci !

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Emsie · il y a
J'arrive trop tard pour voter, mais pas pour aimer cette histoire réconfortante.
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Atoutva · il y a
Merci tout de même !
Mais peut-être aimerez-vous aussi mon lierre en compét pour l'été 2018 http://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/le-lierre-1

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Emsie · il y a
J'ai déjà voté (depuis un moment) pour ce très beau texte !
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Atoutva · il y a
Désolée ! Et toutes mes excuses ! Il y a tant de lectures que parfois on perd les pédales et on ne sait plus qui a fait quoi comme on ne sait plus ce qu'on fait !
Un très grand merci à vous !

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Emsie · il y a
Pas de pb, je m'y perds aussi ! Mais ce "lierre" m'avait bien accrochée :-)
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Pascal Depresle · il y a
Si agréable à lire.
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Atoutva · il y a
Merci d'avoir apprécié.
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Afa · il y a
Dénouement attendu mais bien joliment amené. Mon vote.
- admiratif -

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Atoutva · il y a
Merci et pour votre lecture et pour votre vote.
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Jfjs · il y a
Mais ça fait du bien à lire simple et si facile, on a envie d'y croire. Mention spéciale pour l'omelette, l'amour, c'est aussi une sorte de cuisine.
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Atoutva · il y a
Toute cuisine est un art. L'amour aussi. Merci.
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KameSanni · il y a
Deux fois sept, quatorze, je ne m'en vais pas à quatre, ni à Troyes, mais je m'envole pour Madagascar. Voix 3.
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Atoutva · il y a
Merci pour votre plaisant commentaire. Et pour votre vote.
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Christine Śmiejkowski · il y a
En tout cas, ils n'ont pas perdu de temps mais quand un Valentin rencontre Valentine, ça peut s'expliquer
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Atoutva · il y a
Quand on sait que le temps perdu ne se rattrape pas... Merci pour votre commentaire et votre vote !
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Paul Thery · il y a
Roissy - Noisy-le-Sec ? Grace à votre texte on capte un peu du soleil de Madagascar !
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Atoutva · il y a
On a tous besoin de soleil !
Merci pour votre lecture.

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Geny Montel · il y a
Un joli conte contemporain !
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Atoutva · il y a
Il faut bien croire que la Vie, parfois, nous donne une fleur.
Merci pour cette appréciation, et pour votre vote.

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Zouzou · il y a
Le hasard fait souvent bien les choses , mes voix!
Si vous aimez " À l'aube " et" Aux lueurs de l'aube" dans le même prix

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Atoutva · il y a
Merci d'avoir lu, d'avoir voté.
J'aimerais vous lire mais je n'arrive pas à trouver vos oeuvres. Si vous pouviez me donner les liens...

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Zouzou · il y a
Les 3 premiers sur ma page , merci!
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