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Vague à l'âme

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Cléa

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Je fais un pas, puis deux. Le soleil te fait briller de mille feux – ou peut-être que c’est moi qui étincelle, éblouie par ce que je ressens. Mais jusqu’à présent, je n’ai jamais eu le courage de me jeter à l’eau. J’ai toujours eu trop peur de faire naufrage. 


Je souris au contact du sable chaud sur ma peau – comme je voudrais sentir la tienne me sortir de ces instants bateaux. Je souris parce que je te vois, aussi : quelques mètres devant moi, tu te laisses bercer par le bruit de l’eau, les bras écartés, comme prêt à t’envoler. Et c’est ce que tu finis par faire : sans crier gare, tu te jettes à l’eau, tu plonges dans ton monde.
Et pour la première fois, je te suis.


Je cours sur la plage – autour de moi, le sable danse avec allégresse. Je cours vers toi, vers notre histoire qui, je le sais, ne fait que commencer. Comme toi, je plonge tête la première, enfin prête à me jeter à la mer. Portée par la douceur du soir tombant, je quitte tout : chaussures, tee-shirt, doutes et questions. Je laisse tout derrière moi, ne gardant que l’espoir. 


Plus rien désormais n’habille le rivage – seul ton sourire sauvage peut avoir fait tant de ravages. Ton sourire, et les vagues que tu viens de déclencher. Parce que c’est trop tard, je suis déjà inondée. Inondée de bonheur, de passion et de peur. J’essaie d’abord de lutter à la nage ; l’eau est froide, le courant trop puissant.


Je finis par me laisser porter – mieux encore, je me jette dans ce violent courant. Je m’y jette consciemment alors que je sais être livrée au plus dangereux des quatre éléments. C’est celui au bord duquel je ris, bercée par le doux ronronnement de l’insouciance. Celui au bord duquel l’horizon ne me paraît plus aussi loin, puisque désormais, ma ligne d’horizon, c’est toi. Et quand je plonge mon regard dans tes yeux océans, je suis comme une enfant : insouciante et heureuse.


Je ris comme une enfant – parce que comme une enfant, j’ai l’impression de voir la magie opérer. J’ai l’impression de pouvoir m’envoler, battant des bras comme des ailes, les cheveux au vent et le regard brillant. 

 
Mais plus je cours sur le sable humide, plus je prends de la vitesse – de l’altitude. Je ne peux m’empêcher d’avoir peur de me noyer, seule dans le crépuscule. Je ne peux m’empêcher d’avoir peur de me noyer, seule dans cette immensité que tu représentes. Seule, jusqu’à ce que je t’atteigne.


Plongeant ton regard dans le mien, tu me tends la main – ça y est, on met enfin les voiles. On largue sans regret tout ce qui nous a retenus au port. On largue cette habitude de vivre, au-dessus de l’eau, en funambule, comme si le pont sur lequel on évolue peut s’écrouler à tout moment. Parce que c’est le cas. Oui, il peut s’écrouler n’importe quand. Il suffit juste de sauter avant. 

 
On nage longtemps – à deux, on n’a rien à craindre. On a juste à espérer que dans le ciel, les étoiles continuent à se refléter sur notre flot salé. Comme un miroir reflétant l’image de l’océan : sombre et éclatant. 

 
J’ai la respiration haletante – je ne sais pas si c’est l’adrénaline, ou quelque chose de beaucoup plus puissant. Mais je ne voudrais m’arrêter pour rien au monde. Je m’accroche à ce torrent de bonheur comme à une bouée contre les flots de la vie. Une bouée façonnée par les heures passées à naviguer, ou ballotée par la marée changeante. Mais toujours là pour laisser sur elle les sentiments échouer ; sécher, puis dorer au soleil pour finir par resplendir à merveille. 
 

Peut-être est-ce la chaleur qui provoque ce mirage – parce que je suis en nage. Mais toujours est-il que oui, c’est merveilleux. En tout cas, je crois si fort en nous deux que lorsqu’allongée sur la plage, je referme mon livre, je crois te voir, ton doux profil se découpant dans le ciel azur et surfant sur les vagues. Je me lève aussitôt et cours me jeter à l’eau. Quand l’écume me chatouille les orteils, je ris comme une enfant. Parce que comme une enfant, j’ai l’impression de voir la magie opérer : j’ai l’impression de vivre.
 

PRIX

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Vévé · il y a
Bravo Cléa ! Biz à vous 3 Véro V
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RCQ · il y a
belle écriture
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Patrice Malavieille · il y a
Bravo Clea, belle écriture, comme d'habitude. Ma voix
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Fred Panassac · il y a
Un texte très romantique et passionné, qui éveille plus l’émotion que le sourire ou le rire mais vraiment très beau et très bien écrit ! Mes voix.
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Fabdietrich · il y a
Bravo pour ce beau texte
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Vanessa Krief · il y a
Bravo!
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Gilles Krief · il y a
Très agréable
Merci

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Nnc · il y a
Très jolie bravo ! Petit bon moment de lecture
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Utilisateur désactivé · il y a
Mes 5 voix pour ce super texte! Bravo!

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Lllia · il y a
J’aime beaucoup les images que tu transmets! Mes votes +5!
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