Vacances j'oublie tout

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La décapotable filait sur l'autoroute. La circulation était enfin fluide. Dans trente minutes, ils y seraient. Trois semaines en famille à regarder Juliette bronzer et les enfants barboter dans la piscine. Trois semaines loin des collègues et des dossiers. Cette année, Ludovic avait même coupé ses portables. Tous ses portables. Pas question d'être dérangé, il avait fait gagner suffisamment de millions à ses clients cette année. Apéro, barbecue et pétanque, voilà qui rythmerait ces trois semaines. La belle vie. Bien sûr, il faudrait se coltiner les anecdotes pas très intéressantes de Jean-Pierre et les petits conseils de Christine, les parents de Juliette, puisque la maison leur appartenait. Ludovic avait largement les moyens d'emmener sa famille ailleurs, mais ces vacances chez Jean-Pierre et Christine faisaient tellement plaisir à Juliette et aux enfants qu'il avait depuis longtemps renoncé à proposer une autre destination. C'étaient des gens simples, pas les plus intéressants de la Terre mais pas méchants. Ils étaient toujours prêts à s'occuper des enfants qu'ils avaient d'ailleurs embarqués il y a deux semaines. Traverser la France sans entendre Louis demander « Quand est-ce qu'on arrive ? » et Jules se plaindre d'avoir faim ou envie de faire pipi ; rien que pour ça, Ludovic leur devait une fière chandelle. Mais la pire dans la famille, c'était Jeanne, la sœur aînée de Juliette. Un caractère… Rien à voir avec la douceur de Juliette. Il fallait vraiment s'appeler Matthias pour la supporter. Pareil, le Matthias, le cœur sur la main. Et toujours prêt à s'occuper des gamins. Il faut dire qu'il avait l'habitude, il était professeur des écoles. Le fréquenter était un dépaysement total pour Ludovic. Matthias avait un potager bio, un seul portable (qu'il oubliait sans cesse) et ne se déplaçait qu'en vélo... Bref, tout ce qu'on pouvait attendre d'un type qui avait appelé ses enfants Prune et Mirabelle. Ludovic l'aimait bien, Matthias. Il l'amusait. Comme sa façon de compter les membres de la famille à chaque fois qu'on quittait la maison pour faire une excursion ou simplement faire les courses. Sacré Matthias. Comme s'il y avait la moindre chance de perdre Belle-Maman.
L'autoradio laissa s'échapper la voix de Pharrell Williams. « Because, I'm happy ». Ludovic sourit. Décidément, la vie était plus belle à travers des lunettes de soleil. Il n'avait pas tort, Matthias. Quand il retournerait à Paris, Ludovic ferait des efforts. Il passerait plus de temps avec Juliette et les enfants. L'année avait été épuisante. Il était temps qu'il lève un peu le pied. Oui, il s'occuperait plus de sa famille. Et il se mettrait peut-être aussi au vélo...
Ludovic se gara, tira le frein à main et lança un regard amoureux vers le siège passager... qu'il trouva désespérément vide.
— Juliette..., murmura-t-il en retirant ses lunettes de soleil.
Il se retourna rapidement, inspecta la banquette arrière. Pas de Juliette.
Matthias s'avança vers la voiture :
— Ben alors, on t'a laissé plein de messages... c'est bien la peine d'avoir trois portables.
— Je... je..., bredouilla Ludovic.
— Enfin, Ludo, d'habitude c'est son chien qu'on abandonne en partant en vacances, pas sa femme !
Et Matthias éclata de rire.
Ludovic ferma les yeux et se remémora la pause sur l'aire d'autoroute. Passage aux toilettes, retour à la voiture, pas de Juliette. Elle prenait son temps, comme d'habitude. Et puis ce type s'était approché, l'avait complimenté sur la carrosserie ; ils avaient parlé mécanique. Ludovic était remonté dans la voiture, avait fait ronfler le moteur et avait filé… sans Juliette.
— Je ne comprends pas... je…
— Tu es surmené, mon petit Ludo. Ne t'inquiète pas, je nous ai concocté un petit planning qui va vite te remettre sur pied. Et, pour les enfants, Jean-Pierre et Christine les ont emmenés en promenade. Tu parles, quand Juliette a appelé, ils étaient si heureux de revoir leur mère dans la demi-heure. S'ils découvrent que Papa a abandonné Maman sur une aire d'autoroute, crois-moi, vous êtes partis pour des mois de pédopsy.
C'est à ce moment-là que Jeanne apparut.
— Qu'est-ce que fait Jeanne avec le sécateur ? demanda Ludovic d'une voix fébrile.
— Jeanne, pose ce sécateur s'il te plaît, tu fais peur à Ludo, cria Matthias à sa femme.
Et, se tournant vers Ludovic, reprit :
— Tu connais Jeanne, toujours un peu excessive. Mais ne t'inquiète pas, elle sera calmée quand Juliette sera là. Allez descends.
— Quoi ? s'étrangla Ludovic.
— Descends, je te dis. C'est moi qui vais chercher Juliette. De toute évidence, tu es fatigué, Ludovic. Donc, je vais prendre le volant et, toi, tu vas prendre l'apéro.
Ludovic descendit et regarda Matthias monter dans la décapotable.
— Va boire ton pastis avant que Jeanne n'y mette de l'arsenic, lui lança Matthias.
Et, voyant la mine déconfite de son beau-frère, il précisa :
— Je plaisante, Ludo. Décrispe-toi, c'est les vacances !

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