Va, ma Mère

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J'avais 20 ans sur ma photo de profil. Je rêvais de devenir écrivain. 20 ans plus tard, parce qu'on a toujours 20 ans et qu'il n'est jamais trop tard, je me laisse aller à rêver d'une autre  [+]

Je me souviens, non sans nostalgie, de mon premier jour de maternelle, premier grand choc social de ma vie. L'attrait de la nouveauté suscita en moi une excitation inédite. Je trépignais à l'idée de ce nouveau monde qui s'offrait à moi. Il ne fallut que l'éloignement des bras maternels pour faire naître en mon être déboussolé une détresse insoupçonnée. Le sentiment d'abandon fut si oppressant que de chaudes larmes ruisselèrent le long de mes joues en peau de crocodile.

Quelques minutes plus tard, le réconfort de celles et ceux qui devinrent des amis pendant plusieurs années, ainsi qu'un spectacle de marionnettes, réveillèrent l'ingratitude infantile de l'oubli.

Va, ma mère, vaque à tes occupations. On se retrouvera plus tard. Je me ferais pardonner en blottissant mon visage contre ton cou, en fermant les yeux pour mieux respirer ton parfum. Je te raconterais ma journée dans un tourbillon de mots emmêlés sans te demander comment a été la tienne. Toi, tu m'écouteras en souriant, tendre, amusée par tant de théâtralité, fière de ce petit bout d'homme dont tu peineras à désentortiller les propos excités. Ingrat, vous dis-je.

Je parlais vite. Je parlais beaucoup, trop peut-être. Je posais mille questions et à chaque réponse toujours la même nouvelle question : pourquoi ? Je voulais tout savoir. J'étais assoiffé, affamé dans tous les domaines.

- Il est comme les canards. Il a toujours un boyau de vide.

Si les anecdotes sur mon appétit à table, et en dehors, valaient une photo, ma soif de connaissance trouva un bon exutoire dans l'apprentissage de la lecture.

J'étais Petit Poucet. J'étais ogre. Je passais, sans le moindre scrupule, du conte pour enfant à l'encyclopédie Tout l'Univers. Sara, notre dogue allemand, devenait Bucéphale et je faisais miennes les campagnes d'Alexandre. Des histoires à l'Histoire, il n'y avait aucune frontière à mon imagination.

Un jour je me passionnais pour l'Égypte ancienne et tentais d'apprendre à écrire en hiéroglyphes. Le lendemain, je combattais aux côtés de Vercingétorix et parvenais à bouter, hors de ma chambre, Jules et ses légions. Veni, vidi...

- A table !
- J'arrive !

Mes convictions tenaient à peu de choses.
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