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Urgences Nuit

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Lézin Zouhln

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- Z’avez pas le droit de me toucher !
- Il faut bien qu’on vous touche pour vous soigner
- J’suis pas malade, d’abord, et j’vous emmerde !
Des voix anonymes qui viennent de partout
- J’ai mal... tellement mal. J’ai été violée... Violée vous comprenez ! Violée.
- J’vous emmerde parce que’ j’ai le droit, moi ! j’ai servi la France
- Pourquoi personne ne vient m’aider... J’ai tellement mal !
- J’suis un ancien légionnaire moi ! 2ème REP... et j’ vous emmerde !
Une voix qui pue l’alcool
- Taisez-vous et arrêtez de bouger !
- j’ai mal... J’ai été violé, vous comprenez, Violée !
- pourquoi qu’elle la ferme pas la gonzesse !
- c’est toi qui va la fermer ta gueule le 2ème REP !
Des tirs qui se croisent. A balles réelles. Obscénité des mots. Brutalité brève des vies qui se déchirent.
Il se demande où il est. Bruit de métal qu’on cogne. De brancard qui chavire. Le 2ème REP se débat. Ça hurle. Il ne voit rien dans la pénombre qui l’entoure. Juste des plafonniers blafards. Il a failli mourir dans sa chambre d’hôtel. En éteignant la lumière il s’est mis à étouffer alors il s’est retrouvé là. La cravate défaite et la chemise ouverte. Ce sont les pompiers qui l’on amené. Couché il avait encore plus peur de mourir. Un récipient en verre explose. Il sursaute. Il sent la sueur ruisseler sur ses tempes. Il est là. Seul. Perdu parmi les choses. Des choses qu’il ne connait pas. Il faut absolument qu’il fasse sa conférence demain. Quelle heure est-il ? ça fait des heures qu’il est là. Une voix faible demande de l’eau quelque part à côté. Il aperçoit enfin la pendule dans un coin mais il ne peut pas lire l’heure parce qu’on lui a retiré ses lunettes. Il faut absolument qu’il fasse sa conférence demain. La voix demande encore de l’eau. Encore plus faible. Il est là. Seul. Perdu parmi les gens. Des gens qu’il ne connaît pas. Froissé dans son costume. Il a l’impression qu’il ne peut plus bouger. Il se sent prisonnier. L’angoisse monte. Comme s’il était dans un sarcophage. Cette conférence, c’est sur l’Egypte justement. Ironie du sort. Ça ne le fait même pas sourire. Quelle heure est-il ? Et les examens qu’on lui a fait. Des piqures et des pansements. C’était au début, en arrivant ici. Il devrait avoir les résultats maintenant. Maintenant que ça s’est calmé autour de lui. Il y a juste cette voix qui râle pour demander de l’eau qui n’arrive pas. Quelle heure est-il ? Il fixe la pendule. Ce gros œil qui refuse de lui livrer son secret. L’ œil était dans la tombe...non surtout pas la tombe. Il a tellement peur de la mort. Il fixe la pendule avec intensité. Il est aspiré par ce point lumineux, hypnotique. Il se sent glisser doucement. Ses pansements deviennent des bandelettes et il baigne dans le sel de natron. Il a 4000 ans...
Il cligne des yeux. Un joli visage de femme en face du sien. Jeune et frais comme un rameau d’aubépine. Il fait jour. Il lit sur son badge qu’elle est interne. Elle le regarde en souriant.
- tout va bien, Monsieur. Vous avez eu une grosse frayeur.
- Vous êtes sûre ?
- Oui. Vous avez juste fait une crise d’angoisse.
Il marche dans la rue. La brise légère du matin lui fait du bien. Les cabaretiers préparent les tables en terrasse.
La vie est bonne.
Bonne comme un croissant chaud dans un café qui fume.
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Image de Fred Panassac
Fred Panassac · il y a
Excellent texte ! Bravo pour cette tranche de vie.
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Image de Kiki
Kiki · il y a
un peu cru au départ mais la suite se lit bien. Une belle frayeur.
Si vous passez par les poèmes aller lire les cuves de Sassenage, je vous en ferai une visite guidée. MERCI D'avance

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