Une vie à sillonner

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C'est peut-être parce que quand je n'étais encore qu'un embryon mes parents m'ont surnommée "La virgule"... peut-être aussi que ça n'a rien à voir. Ce dont je suis sûre, c'est que si je n'ai  [+]

Du plus loin que remontent mes souvenirs, je me rappelle avoir été très molle, malléable, mais aussi épaisse. On s'enfonçait presque en moi chaque fois qu'on me saisissait. A certains endroits je prenais la forme de petits plis, qui donnaient naissance à de légères bosses répétitives que la plupart nomme « bourrelets ». Plus tard, j'apprendrai d'ailleurs que ce terme a plusieurs significations ; si au début de l'existence il désigne en général quelque chose de mignon et d'attendrissant, passés trente ans il devient le mot interdit qui sert à nommer quelque chose de tabou, une forme indésirable dont on cherche à se débarrasser à tout prix.

Durant les premières années, j'ai d'abord cru que mon existence n'avait de sens qu'à travers son rôle d'enveloppe, de protection, d'enrobage. Après précisément quinze années et vingt-six jours de vie, la simple « gaine » que je croyais être a ressenti quelque chose d'unique, du jamais vu !
Ces frissons, qui me faisaient me dresser en des milliers de petites pointes fermes, et jusque là réservés aux sensations de froid ou de peur, ont connu une origine nouvelle et pour le moins déroutante : le plaisir. Il n'était plus question de chocs thermiques ou de conséquences face à des émotions fortes, j'étais cette fois-ci confrontée à un sentiment de bien-être tel que c'est moi dans mon intégralité et dans ce que j'avais de plus profond et de plus intime qui réagissait.
Quel bonheur, quelle sensation appréciable et délicate, que de se sentir frémir sous les caresses d'un doigt amoureux, sous le passage d'une bouche aimante, sous la chaleur d'un souffle délicat...

Les saisons, les rencontres, les projets, les souvenirs, se sont bien sûr succédés jusqu'à ce que je prenne un aspect bien différent. Ma fermeté, mon élasticité jusque ici légendaires ont cédé la place à des sillons qui sont venus se creuser en moi et me donner une apparence toute autre. J'ai appris que ces nombreuses crevasses, plus ou moins prononcées, se nommaient « rides », et qu'elles témoignaient du temps qui passe, parfois même de notre propre histoire de vie.

Finalement rien n'a changé, sillons ou pas, je suis et je serai toujours la peau d'Hélène, avec tout ce qu'elle comporte d'original, de sensible et de vivant.

Cette histoire qui est la mienne, c'est finalement l'histoire d'une peau bien singulière, comme il en existe des milliards.
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