Une soirée bien arrosée

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écrivain du dimanche. Auteur d'un roman historique "les fables de Cambyse", racontant l'histoire d'un médecin au temps de la conquête de l’Égypte par les Perses. En 2018, parution de "Le  [+]

Image de Automne 2020
« C’était vraiment une cuite mémorable ! » se dit Adam en reprenant conscience peu à peu. Il se souvenait vaguement du défi que Noé lui avait lancé : le dernier debout déclaré vainqueur, un duel à la loyale au whisky-coca.

Sur le moment, Adam avait eu parfaitement conscience de la stupidité de la chose, mais l’ambiance festive et l’encouragement de supportrices aussi bêtes que décoratives avaient eu raison de ses dernières réticences. De plus, il avait gagné. Noé s’était écroulé, ivre mort, et Adam avait avalé cul sec un dernier verre, histoire de prouver qu’il méritait amplement son titre… Quel titre, au fait ? Il avait dû sombrer peu après dans l’inconscience, car c’était le trou noir, un trou profond comme le gouffre de Padirac.

Adam analysa rapidement la situation, et trois évidences s’imposèrent à lui : il était allongé, il était nu, et c’était la nuit. Il étira le bras vers la droite, puis vers la gauche, espérant le contact d’un corps féminin, mais ne rencontra aucune forme humaine ou animale au cours de ses investigations. C’était un moindre mal, après tout, car il n’aurait vraiment pas aimé se réveiller allongé aux côtés d’un Noé inconscient baignant dans son vomi.

Le lit de la chambre d’amis n’était vraiment pas confortable ! Pire que dans ses souvenirs pourtant peu reluisants de camping, quand le matelas se dégonflait avant l’aurore. Il n’aurait pas été plus mal loti sur le banc de pierre du jardin. Quelle façon de traiter ses hôtes !
Adam rejeta le drap qui le protégeait à peine du froid et se massa les reins en frissonnant. La température extérieure avait bien baissé durant la nuit… Non seulement les invités étaient mal couchés, mais, en plus, le proprio faisait des économies de chauffage, alors qu’il les avait reçus autour d’une somptueuse piscine maintenue nuit et jour à une température digne d’un lagon du Pacifique !

Comment s’appelait-il, déjà, cet aristo ? Il n’arrivait pas à s’en souvenir. Lui et sa bande de copains gravitaient dans l’entourage des stars, et les soirées se succédaient à un rythme effréné. Adam se passa la main dans les cheveux. Il commençait à sentir le poids des ans, ce serait sans doute l’occasion de lever un peu le pied…

Adam en était là de ses réflexions quand il remarqua une faible lueur en provenance du couloir. Il se leva en boitant, les jambes engourdies d’être longtemps resté allongé dans une position inconfortable.
La lumière du plafonnier s’alluma brusquement, l’obligeant à plisser les yeux. Un petit homme le regardait d’un air ahuri, la bouche ouverte comme un poisson mort. Adam ne se souvenait pas l’avoir vu à la villa. Il ne put s’empêcher de sourire, se faisant la réflexion que le videur n’aurait jamais dû laisser entrer un plouc pareil ! Puis il réalisa qu’il était nu et s’empara du drap qui le recouvrait encore quelques minutes plus tôt, le déployant devant ses organes génitaux sans hâte excessive.
« Auriez-vous l’amabilité de me rendre mes vêtements ? » dit-il d’un ton qui se voulait affable et naturel. L’homme le regardait toujours fixement, la lippe baveuse. Puis, après cet ictus contemplatif, ce dernier fit volte-face avec la ferme intention de détaler comme un lapin. Adam attendit son retour. En vain.

Vingt minutes plus tard, Adam attendait toujours. Mais la patience humaine a des limites. Il s’enroula alors dans le drap comme il eut fait d’une toge, et, d’un pas encore hésitant mais d’un air martial, poussa une porte à deux battants, puis une seconde, et se retrouva enfin à l’air libre.

Il emplit alors ses poumons de l’air vivifiant du petit matin, s’ébroua, et s’éloigna de la morgue en sifflotant.
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