Une seconde

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Comment dire ? C'est toujours difficile d'écrire, quelques fois pénible, très pénible même. D'autant qu'on ne refera plus le Voyage, pas plus qu'on ne refera Le monde selon Garp. Alors on  [+]

Tu te lèves un matin calme, un peu moins abruti, en pensant voilà, tout est fini.
Tu te dis le plus dur est derrière moi.
Je vais bien.
Le ciel annonce un journée fraîche mais la lumière est belle et il y a de quoi faire.
Au moins sortir, pointer le nez à la surface.
Tu as fait les bons choix.
Finalement ce n'était pas si difficile.
Pour un peu on te verrait sourire, les rides de ton front s'estompent et ton visage s'apaise.
Tout va pouvoir recommencer.
Et puis l'espace d'un instant ça te reprend.
Tu sais que plus rien n'est possible et tu comprends que c'est bien de ça dont il s'agît.
Tout est fini et tu es libre. Tu n'as plus de raison de souffrir et tu as tout ton temps.
Ce temps là qui ne dit rien, qui l'air de rien ressemble à l'aide-comptable de Dieu qui les unes après les autres engrange les secondes.
La seconde où tu l'as vue marcher vers toi dans ce couloir.
La seconde où elle t'as vu.
La seconde où tu as appris son nom.
La seconde où tu as ouvert la bouche pour lui parler, la première fois (tu avais peur que tes mots ne s'écrasent au sol et ne l'atteigne jamais).
Cet instant où elle t'as répondu, à toi tremblant de froid ( tu es nu devant elle et ta voix est un comma trop haute) oui si tu veux. Elle a tout fait pour que tu n'y vois qu'une réponse ordinaire à ta demande banale, ce genre de demandes auxquelles elle a déjà répondu dix fois depuis le début de la semaine, elle a tout fait pour que tu comprennes qu'elle peut bien t'accorder ça, à toi comme à un autre, après tout, pourquoi pas un café.
Elle a joué ce jeu mais toi dans l'instant tu as su. Dans la seconde.
Comme tu as su dans la seconde quand elle est venue se glisser sous les draps.
Son parfum, sa voix, la façon qu'elle avait de te regarder.
La façon qu'elle avait d'être nue à côté de toi.
Il n'y avait qu'une façon.
Cette seconde où ton sexe a pénétré le sien et que le monde s'est mis a tourné rond.
Vous vous êtes quitté et la porte refermée tu dansais comme un gosse agité.
La seconde fois n'a pas démérité. Ni elle ni aucune autre.
Tu la revois t'attendre, tu te revois l'attendre, jamais l'ennui.
Ce moment où tard dans la nuit, après avoir raccompagné tes amis jusqu'au seuil de la porte de votre maison tu ne t'es senti pas senti seul au milieu d'un zoo déserté (les fauves sont dehors, dans la rue).
Il est 4 heures du matin, dans la cuisine quelqu'un t'attend et rien ne peux changer ça. Tu es revenu et tu lui as pris la main, tu lui as dit quelques mots qui l'ont troublé, c'est ce que tu as fait.
Une seconde puis une seconde puis une seconde.
Jusqu'à ce que pour une autre seconde tu fermes les yeux.
Pour un instant tu relâches ton attention.
Pour un moment tu joues à faire comme si rien n'existait vraiment, tu peux bien en sauter une, juste une seconde.
Après ça tout reprendra. Une seconde, j'arrive.
Tu comprends alors que tu as modifié à jamais le cours des choses.
Que toutes les secondes sont essentielles et qu'aucune n'est interchangeable.
Pas de raccourci plus que d'ellipse. Il faut y passer.
Tu comprends que rien ne sera jamais plus comme avant.
Jurant mais un peu tard qu'on ne t'y reprendrait plus.
Jamais plus.
Au moins l'as tu compris.
(Abruti).
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