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Une rencontre

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Philippe Coignet

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Début décembre, Fabrice fut informé d'une réunion à la Maternelle. Un simple bilan de ce qui était accompli, une présentation des futures activités, des réponses aux éventuelles questions formulées par les parents. Les enfants pouvaient rester, jouant dans la salle de gymnastique sous la surveillance des deux autres maîtresses, une fois l'heure de sortie arrivée.
Fabrice arriva en avance comme à son habitude, bientôt rejoint devant l'entrée de la cour par les autres parents. Il laissa entrer bon nombre de personnes avant de chercher une place libre sur les bancs trop petits. Le voyant hésiter, une femme se leva, libéra la place qu'elle occupait près de Léa qui venait de s'asseoir. La femme souriait, d'autres chuchotaient. Léa les regarda d'un air amusé.
– Je peux ? Fit Fabrice en montrant la place qu'un pur hasard venait de lui offrir.
– Avec plaisir.
Et les chuchotements reprirent.

La maîtresse parlait très distinctement, donnait l'impression de maîtriser son sujet. Heureusement. Fabrice écouta très attentivement au début. Puis il perdit le fil de la présentation. Sa jambe effleurait celle de Léa. A peine. Comme quand on s 'approche à quelques millimètres d'un objet à caractère électrostatique. On sent un léger fourmillement, une sensation pas si désagréable...
Il se demandait quand Léa allait déplacer sa jambe mais elle ne le faisait pas. Lui, finalement, n'avait pas plus envie d'enlever la sienne. Il leva le pied et le reposa presque aussitôt, comme replaçant sa chaussure correctement, et pensa alors « mais pourquoi je fais ça moi ». Ce faible frottement n'amenait aucune réaction à côté de lui. Et ils restèrent ainsi quelques minutes. Fabrice n'entendait plus grand chose de la réunion.
Léa se replaça un peu. Logique, étant assise sur un banc prévu pour des enfants de trois ou quatre ans. On est mal assis, on bouge. Le contact se fit à cet instant plus fort. Fabrice ne réfléchissait plus. Il se replaça également. Il poussa ainsi le genou de Léa, qui lui sembla résister. Elle tourna la tête vers lui et parla à voix basse.
– On n'a pas beaucoup de place, hein ?
– Non. Mais ce n'est pas très grave...
– Non, ça va. Vous, ça vous va ?
– Oui, ça me va.
– Moi aussi alors.
Ils souriaient, se regardaient.
– Alors tout va bien.
– Oui oui.
Ils souriaient encore. Elle replaça son pied dans sa chaussure. Il se replaça correctement sur le banc. Le contact devenait magnétique. La voix de la maîtresse était devenue floue, lointaine. Les autres personnes présentes, des fantômes. Il replaça son pied correctement. Elle étendit un peu la jambe. Ils se regardèrent à nouveau, sans rien dire, une seule seconde. Fabrice baissa les yeux. La maîtresse avait un discours incompréhensible. Ils tournèrent encore la tête l'un vers l'autre. Se regardèrent. D'abord dans les yeux puis chacun la bouche de l'autre furtivement.
Le cœur de Fabrice battait plus vite. Il n'osait plus bouger. Ni la jambe ni la tête. La tentation de se rapprocher d'elle, de la toucher, se faisait de plus en plus vive. Léa devait elle aussi avoir la même envie. A moins qu'il ne s'imagine des choses.
Tant de questions, de doutes sur ce qu'il attendait de sa vie présente mais aussi tout ce temps passé seul, sans connaître de vraie relation homme-femme avaient eu raison de sa confiance en lui-même.
Un nouveau regard lui fit pourtant penser qu'il se passait réellement quelque chose. Cette fois personne ne baissa les yeux. Fabrice restait sans expression. Léa souriait un peu, avec l'attitude de quelqu'un qui s'excuse d'avoir remporté une victoire. Elle se rendait compte de la confusion dans l'esprit de Fabrice et lui avouait aussi la sienne. La situation devenait très gênante. Leurs visages s'étaient rapprochés involontairement. Le désir était apparent.
Fabrice réagit enfin, reprenant ses esprits et conscience que l'endroit n'était pas propice à ce genre de démonstration. Il se remit à écouter la maîtresse, tentant de comprendre rapidement le sujet en cours. La réunion se poursuivit sans qu'ils ne se regardent une nouvelle fois. Peut-être alors que le désir aurait été trop grand...
La maîtresse exposa les différents apprentissages prévus dans l'année, donna le calendrier des manifestations telles que le carnaval ou la kermesse. Elle remercia enfin les parents présents et tout le monde se leva. Pour toutes et tous, c'était la délivrance d'une position très inconfortable sur un mobilier trop petit. Pour Fabrice, c'était comme le moment de la sortie, au collège, quand il fallait retrouver sa copine pour la première fois après qu'elle ait écrit « oui » sur un bout de papier pendant le cours, ne sachant pas quoi lui dire ni vraiment quoi faire !
Ils se levèrent avec un léger retard sur le groupe. Fabrice se dirigea vers la porte sans oser se retourner, rejoint par Léa qu'il savait juste derrière lui. Elle ne dit pas un seul mot. Remontant en voiture, il la regarda un instant, se demandant s'il ne ferait pas mieux d'aller la voir immédiatement. Léa le regarda également. Elle ne sourit pas, immobile, perdue dans ses pensées. Fabrice se dit à ce moment qu'elle était vraiment très belle...
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