Une princesse m’a offert son cœur de ses propres mains

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Moi, c’est Shek Daf. Être humain de 19 ans. Artiste slameur. Écrivain, poète, et dramaturge. Gagnant du « Grand slam de Kin »  [+]

Une princesse m’a offert son cœur de ses propres mains. Vous ne me croyez pas ? Du calme ! Ceci n’est pas qu’une métaphore, mais une histoire réelle, digne d’un roman d’amour, mais dont le point initial fait penser à un roman policier. Au début je revenais de chez mon père, j’ai fait un crochet chez un ami puis j’ai décidé de rentrer à la dar. En marchant, je suis arrivé devant une tente sous laquelle mes anciens potes squattent souvent. Une bande de jeunes me regardait dans le noir et l’un d’eux m’a appelé. Pensant que c’est eux, je me rapprochais et maintenant attention...Ils me dévisageaient avec leurs tronches qui font peur. Des inconnus. J’ai rebroussé chemin du coup. J’ai arpenté une autre avenue puis j’ai vu deux ombres venir. Ça craint. Réfugié derrière une Jeep, je les ai vues passer. J’ai changé de direction mais ils traînent toujours derrière moi. Maintenant ils me coursent. Je devine des armes blanches sous leurs vêtements. Je cours et mon épaule bouscule énergiquement le portail d’une parcelle. La femme assise dans la cour devient hystérique lorsque je crie à l’aide. L’un ramasse une grosse pierre pour me bousiller, et l’autre me suit dans la maison. On se tient corps à corps, il est trop grand et fort que moi. Mon phone dans ma poche gauche, mon argent à droite, le roman qui a changé ma vie dans mon sac que le bourreau tente d’extirper de moi. L’heure est grave. Les enfants de cette femme hurlent. Elle arrive, nous sépare sauvagement et jette mon bourreau dehors. Elle appelle son mari au phone et mes bourreaux s’enfuient. Ses gosses ne pleurent plus. Abattu sur le carrelage de la maison vu que je crains de rentrer seul, sa fillette me donne place et se pose sur mes jambes. Elle a l’air aimant. Elle regarde mon visage éclairé pendant que je pianote sur mon écran tactile pour signaler sur Facebook. Je crois que mes écrits l’ennuient. Elle me demande si je veux bien manger quelque chose. Je dis non. J’ai faim mais les bourreaux m’ont arraché l’appétit. Elle continue de me regarder et demande si j’ai une mère. Bien sûr. Elle m’amène ses poupées et me montre le sceau avec lequel on la lave. Je souris pour la première fois. Sa famille nous regarde, inquiète. Mais subitement je me sens bien grâce aux histoires qu’elle me raconte. Sa manière de mettre à nu son cœur m’impressionne beaucoup. Je m’ennivre à l’écouter et à sentir le parfum de ses cheveux. Elle a 4 ans. Je l’aime, je crois. Cette nuit, j’ai un peu mal, mais je dormirai paisiblement sans penser aux bourreaux, car une princesse m’a offert son cœur de ses propres mains.

Shek Daf
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