Une poule sur un mur

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Il lui semblait que quelque chose brillait au sommet du vieux mur de pierre à l’arrière du poulailler. Maboule, le vieille poule, surveillait l’endroit depuis un moment déjà, alertée par la conduite étrange de Parcimonie, la pie qui nichait tout en haut du peuplier près de la petite mare, à quelques coups d’aile de la cour de la ferme. En effet, les arabesques que décrivait le vol de la pie la conduisait bien plus souvent que de raison à survoler le mur, précisément à l’aplomb de l’objet brillant.
Maboule décida d’en avoir le cœur net. L’air de rien, elle avança vers le mur en baissant la tête en cadence, comme pour, picoti-picotin, picorer quelques grains de blé ou de maïs. Puis, souplement malgré son grand âge, elle sauta sur le mur. Elle avait choisi habilement la partie éboulée du mur, là où la hauteur était la plus faible.
Puis elle s’avança sur le faîte du mur, en se dandinant, et en picorant du pain dur, dont quelques miettes restaient là chaque fois que le fermier jetait par dessus le mur leur pitance aux cochons. Elle s’approcha ainsi subrepticement de cette chose brillante qui l’intriguait tant. Quand elle fut assez près pour identifier l’objet, elle s’écria in petto :
« Nom d’un jeune coq ! »
Elle venait de reconnaître la bague de Simone, la fermière. Elle entendait encore résonner dans ses oreilles les cris terribles que cette dernière avait poussés la veille au soir, quand elle avait constaté la disparition du bijou. C’était sa bague de fiançailles, et Georges, son mari, avait cassé sa tirelire pour lui offrir, lui qui ne roulait pas sur l’or à cette époque. Elle y tenait naturellement comme à la prunelle de ses yeux.
Maboule réfléchit : c’était sûrement Parcimonie qui lui avait volée ! Elle ne pouvait pas s’en empêcher, après tout, ce n’était qu’une pie !
Une idée germa soudain dans la tête de Maboule : elle allait rapporter la bague à la fermière, ce qui lui permettrait sans doute, en reconnaissance du service rendu, d’échapper au terrible sort qui l’attendait. En effet, elle avait entendu, pas plus tard qu’hier, Georges dire à Simone d’un air gourmand :
« Je mangerai bien de la poule au pot, moi ! »
Et Simone avait répondu :
« Tu as raison, c’est bon, ça, la poule au pot. Et puis le bon roi Henri.. »
« Ça va, on la connaît, cette histoire ! » l’interrompit brutalement Georges.
Maboule se rendit compte qu’elle devait faire vite si elle voulait avoir une chance de mener sa mission à bien. Le soleil allait se lever, et la bague se mettre à briller si fort que Parcimonie ne pourrait résister à son éclat. Et une fois qu’elle l’aurait emportée dans son nid, tout en haut du peuplier, plus question d’aller la récupérer.
Maboule saisit délicatement la bague dans son bec, leva la queue et sauta en bas du mur. Et en se dandinant de plus belle, elle se hâta de rentrer dans la cuisine, où elle sauta sur la grande table de chêne, et déposa la bague bien en vue.
« Ah, c’était donc toi, voleuse ! » rugit Simone.
Saisissant un grand couteau, elle attrapa Maboule, et.....
Georges serait content, en rentrant des champs !
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