Une passion ardente

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La soirée touchait à sa fin, et la plupart des clients commençaient déjà à quitter le café, tandis que les habitués restaient encore pour bavarder jusqu’aux petites heures de la nuit.
— Je crois que je l’aime.
— Vraiment ?!
Elle n’avait pu réprimer un ton d’excitation, et trépidait en la fixant d’un air impatient.
— Explique !
— C’est bien simple : la première fois que je l’ai vu, il m’a dévisagé intensément, si intensément que j’ai pu voir le désir brûler dans ses yeux. Et bien que je n’étais pas seule, mais accompagnée d’un paquet d’autres copines, c’est sur moi qu’il a immédiatement posé son regard. Je le vois encore s’approcher, se pencher vers moi, me saisir par la taille d’une main vigoureuse, et ensuite m’attirer à lui sans détours, sans un seul mot. Il m’a embrassée délicatement puis a retiré sa main, et c’est à ce moment-là, alors que je commençais à peine à réaliser ce qui se passait, que j’ai senti mon cœur s’enflammer.
— Quels sentiments ! Quelle passion ! Par contre, soit dit en passant, je trouve quand même un peu trop directe la manière dont il t’a agrippée et embrassée. Sans un mot !
— Ah ! Ma chère, tu te soucies de si peu ! De nos jours, trouver un homme qui puisse éprouver un désir si vif pour toi, et ne s’attarde pas à déclarer sa flamme mais te prouve directement ses sentiments, que rêver de plus ?
— Tu as raison : ces temps-ci, l’amour s’entoure de bien moins de précautions inutiles et de discours fumeux. Et puis s’il te plaît tant que ça, je n’y vois aucun mal...
— Oh oui ! Il est si beau. Je pourrais rester avec lui toute une vie ; je doute réellement que notre amour ne se consume un jour.
— Eh bien, si tu es tombée sur un homme fidèle, tant mieux. Parce que de nos jours, la plupart tiennent des belles paroles où ils nous promettent la lune, mais ne sont souvent que des allumeurs, qui ne nous séduisent que pour ensuite mieux nous écraser.
— Oh j’en suis sûre, il n’est pas comme ça. Je vois bien comme il prend du plaisir à m’embrasser : il ne sait presque plus se passer de moi, je suis quasiment devenue sa drogue.
— Comme tu le dis, j’imagine que cette passion ardente pourrait bien se transformer en idylle à long terme. Vous en avez de la chance !
— Je ne te le fais pas dire. Et si beau, avec ça... Ah ! Ben tiens, tu vas pouvoir en juger par toi-même, le voilà qui revient !
Le jeune homme apparut à l’entrée, jeta un regard dans la salle et sourit en les apercevant. Il se dirigea vers la table où elles se trouvaient.
— C’est vrai, il est plutôt pas mal. Tu es bien tombée.
— Plutôt, oui. Tiens, là, je te parie qu’il va encore me prendre par la taille, me porter à sa bouche et m’embrasser en aspirant très fort.
Lorsque l’homme s’approcha du cendrier et prit la cigarette trépidante dans sa main, son foyer ardent se mit à rougir. Il la coinça entre ses lèvres et en tira une bouffée, puis ramassa le paquet qu’il avait laissé traîner sur la table. Ensuite, il sortit du café et se promena un peu.
Il écrasa la cigarette sur le trottoir, quelques rues plus loin.
— Elle en a de la chance, répéta en son for intérieur le mégot qui restait, seul, dans le cendrier et se consumait lentement.

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Kizera · il y a
J'ai relevé une...omission, disons, en espérant toutefois que ce n'est pas moi qui me trompe. Si tel est le cas, faisons comme si ce commentaire n'avait jamais existé et mille excuses à l'auteur. Si ma remarque s'avère fondée, je me permets humblement de proposer qu'à l'avenir ce genre d'omission ne soit plus...omis par qui de droit. Il s'agit (j'y arrive!) de la phrase "C’est bien simple : la première fois que je l’ai vu, il m’a dévisagé intensément" où le mot "dévisagé" devrait porter un "e" à la fin, pour la simple raison que la personne dévisagée est (censée être) une femme. Du moins, si j'ai bien compris. Si je n'ai pas bien compris, je ne demande qu'à comprendre. Merci.
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Joachim Kokkelmans · il y a
Merci pour la remarque, totalement justifiée d'ailleurs: il est vrai que le genre du sujet pose problème (femme/objet/cigarette?) mais dans tous les cas, si je n'avais pas été si distrait, je l'aurais bel et bien mis au féminin. Merci beaucoup de cette rectification on ne peut plus judicieuse !
D'ailleurs, le "bien que je n'étais pas seule" était aussi un casse-tête grammatical, puisque je voulais utiliser un subjonctif ("je sois") mais au passé et je n'ai pas trouvé comment exactement je devais le dire...

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