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Une nuit peu ordinaire

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Déjà Vu 21

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Et il était étendu là, tout près de moi, les yeux fixés au plafond, le visage figé de stupeur,...
Les nuits comme les jours apportent leurs lots de surprises. Certaines nuits inspirent, d’autres sont chargées d’extase, de mélancolie, de tristesse et de peur, d’autres peuvent paraître interminables.
C’était une nuit de printemps, le ciel était complètement dégagé. La lune formait un cercle parfaitement blanc et lumineux, on aurait dit un œil géant incapable de clignoter. Les feuilles des arbres, reflétant la lumière de la lune, bougeaient légèrement au rythme du vent, mais bien plus vite que les branches et les feuilles, mes cheveux balançaient ; emportés par la vitesse de l’air que les mouvements de mon corps générait autour de moi à mesure que je courais à grandes enjambées pour échapper à ceux qui me poursuivaient.
Je portais une robe blanche teintée de sang —des épines de plantes sauvages avaient déchiré ma peau— dont les gouttes servaient de radar biologique aux deux hommes qui voulaient à tout prix m’ôter le peu qui me restait de vie. Je ne savais pas comment je m’étais retrouvée dans cette forêt, ni ce que j’avais fait, mais j’étais disposée à lutter jusqu’au dernier souffle pour rester en vie. Je n’avais pas la moindre idée de ce qui m’attendait, toutefois je fonçais droit devant moi. Je me frayais courageusement des chemins à travers des lianes touffues et des troncs d’arbres abattus, mes pieds heurtèrent l’un d’entre eux et celui-ci m’envoya droit au sol. Je n’avais pas d’autre choix que de me relever et de continuer ma fuite. Je foulais le sol avec intrépidité même si je risquais de marcher sur des épines à tout instant, et le craquement des feuilles mortes sous pas me faisaient penser à des œufs de serpent.
Je fus traquée comme une bête sauvage. De temps à autre, les chasseurs me lançaient des flèches, mais j’avais toujours la sensation que chaque fois que l’une d’entre elle allait transpercer, quelqu’un recevait cette flèche à ma place, quelqu’un d’invisible, une sorte d’ange gardien qui me servait d’armure secrète. Tandis que j’étais en train de penser à cette étrange sensation, une voix rauque retentit : «Tu ne pourras sauver ta peau !... »
J’avais le sentiment de tourner en rond, mais je découvrais à chaque fois un détail différent dans le paysage. Cette fois-ci je me dirigeais vers la pente d’une falaise, et à mesure que je m’approchais, je pouvais écouter le bruissement de l’eau sur les rochers. Je m’arrêtai et me retournai, je vis deux hommes, dans la trentaine environ. Leur ressemblance était trop flagrante pour qu’ils ne fussent pas jumeaux. Ils étaient habillés presque de la même manière, jackets bleus, maillots blancs, jeans noirs et des bottes noires qui leur montaient jusqu’aux jambes. Mais un seul des deux portait un chapeau noir grisâtre.
—Tu n’as plus nulle part où aller, s’écria celui qui était sans chapeau et dont la voix tremblait encore d’essoufflement et surtout d’arrogance. Apparemment ils me connaissaient puisqu’ils me tutoyaient, pourtant j’avais beau fouiller dans ma mémoire, leurs visages ne me disaient rien. D’où me connaissaient-ils ? Pourquoi s’en prenaient-ils à moi ?
—Pitié !, repris-je.
—Finalement, on te tient! dit l’autre chasseur d’une voix rauque rappelant celle d’un alcoolique.
—Pour nous, c’est un jeu. ajouta le premier avec un rire moqueur.
—Pitié ! Qu’est-ce que je vous ai fait ?...
Il ne me restait plus qu’à embrasser le sort le moins pénible à mes yeux : soit je me laisse ‘’flécher’’, soit je saute dans le vide.
Ils avançaient à pas calculés vers moi, et je faisais le geste contraire en reculant lentement, en regardant prudemment derrière moi. Voyant que je ne pouvais plus avancer à reculons, ils bandèrent leurs arcs, me visant comme une proie à abattre. Ils ressemblaient à des loups assoiffés de sang, et la satisfaction égoïste qu’ils éprouvaient se lisaient sur leurs visages.
On ne raisonne pas la cruauté. Pour le tigre, il est tout à fait normal de s’emparer du cerf, ce n’est point à ses yeux un acte sanguinaire. Dit d’une autre manière, il est quasi impossible de décrire la cruauté à celui qui la cause, c’est la victime qui peut la sonder.
Voyant qu’ils étaient résolus à achever leur macabre entreprise, je décidai de m’envoler dans le vide (Nous sommes tout près de l’abîme à chaque instant de notre vie, tellement près que nous le voyons même plus.) tel un ange déchu, telle une feuille morte au gré du vent tandis que deux flèches déchiraient l’espace à ma poursuite.
Pendant un certain temps, je crus que j’allais demeurer suspendue dans l’air et ne jamais toucher le fond, mais cette brève sensation ne tarda à s’évaporer. Et au moment même où j’allais m’écraser contre un rocher, l’alarme sonna ! Il était 7 :30 du matin. Je sursautai de mon sommeil. Les draps étaient trempés de sueur. J’avais la respiration haletante et le cœur qui bondissait de ma poitrine. Je sautai sur Sébas (Sébastien) mon fiancé pour l’embrasser; je voulais m’accrocher à lui afin de trouver refuge dans ses bras et me calmer, mais il était étendu là, tout près de moi, les yeux fixés au plafond, le visage figé de stupeur. Je tentai à tout prix de le réveiller, mais sans succès. Alors je poussai un cri rempli de rage, d’étonnement et de colère, puis ma mère et mon petit frère montèrent dans ma chambre dans le but de savoir ce qui m’arrivait. Notre chien n’arrêtait pas d’aboyer, ce genre d’aboiement de tristesse que lancent les chiens quand il y a de l’énergie négative dans l’air. Je pleurais amèrement, essayant de soutenir le corps sans vie de Sébas...
Je m’appelle Julie, j’ai 26 ans. J’ai perdu mon fiancé de la façon la plus étrange qui soit...
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