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Une nuit de noel

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Dragan

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Un brouillard habitait la ville
Le froid téméraire fouillait avec minutie
Les humbles ruelles et les âmes au coeur sec
De pauvres gens reposaient sur le silencieux plancher des rues
Pupitre des rats
Témoins,partageant leur chambre sombre sans porte
Pour seul toit,ils avaient celui du monde .
Personne ne les pleure ici-bas
Nos yeux sur eux glissent
Sur le fantôme de leurs mains bleuies
Un linceul jeté trop tôt par négligence de k existence<>
Sur leurs visages ne s inscrit plus celui des hommes
Et dans leurs corps ne gît plus que le cadavre trahi par la vie...
De ma fenêtre je regarde ces hommes couchés dans leur lit,
Dégustant jusqu'à la lie leur breuvage assommoir à bon marché
Eux qui n ont pas servi l avarice.
Dans les replis du coeur j entends leurs bruits mariés à celui des rats
Fouillant le vide de la ruelle
Du pavé fatigué au bord élimé
Comme pour ménager leur peine.
Un semblant de confort dans leurs mains ,
Perdu d avance...
Comment peindre un sentiment dans une larme qui retient
Une longue histoire au fond de leurs yeux délavés, décharnés d illusions ?
De leur regard s écoule les glaçons en larmes.
Devinant déjà leur peine prochaine,
Ils n écrivent plus leurs pensées...
Ils se tuent en sommeil et font taire l enfant qui vieillit .
Même endormis ,ils continuent à trembler
Et le démon en eux se mélange...
Mes genoux sous moi se dérobent
Quand les anges marmonnent -ils à l aveugle qu un jour ce funèbre language cessera ?
Au même moment :
<< a table ,le dîner est servi ! >> crie une voix échappée d une fenêtre mal refermée.
Une mère de famille qui invite ses enfants impatients à passer à table ,pour déguster la belle dinde,bien trop grosse pour eux...
Dans le noir froissé de la ruelle un conteur pâle m est apparu
<< le spectre d un cadavre relavant son visage émacié>>
Je pouvais presque le voir pleurer...
Dans ma gorge nouée je ne trouvais pas assez de force pour racler les les quelques mots coincés par la culpabilité
Mon regard entourait sa peine à mes yeux gênés
Mais la force et le souffle nécessaire à cela m ont manqués
Je n ai pu projeter mon regard complètement dans celui de l autre.
J eu le temps d observer seuls ses traits vieux et solitaires
Avant qu'il n embrasse à nouveau le noir.
Créature de dieu, faite d argile qui comme moi danse,animée de feu
Le coeur coupé, j implore le ciel de me pardonner...
J ai recouvert d un couvre-chef ma tête mal plantée dans mes,épaules trop fortes
Et j ai rejoint ce sillon de misère étroit
Dans ce bras sculpté par les stigmates où saigne le soleil
Parfois érodé comme un grand canal emportant leur lumière...
Un clou au coeur,le falot à la main,je quitte la grand-rue
Je pense à ces hommes seuls au milieu des fous
Le teint blême je m enfonce dans l horizon borgne et je me dis :
<< tout ce qu'on a aimé on finit par le perdre
Tout s en va,tout bascule quoi qu'on fasse...>>
Couchées sur leur soleil noir,
Les statues lugubres restaient sourdes à la lumière du falot que je donnais
<>me rassurais-je
Dans ma demi- opacité.
Le malheur depuis longtemps jouait sur eux, s exhalant à mesure que le temps passait...
Ce soir,le ciel créancier a réclamé leurs noms
Autour d eux mes pas étaient vains
Ce soir,je les aimais à perdre la raison
<>.
Je n ai pu réanimer la mort qui portait des gants glacés
Sa caresse trop familière a charmé ces hommes et ces rats couchés sur les pavés gras,
Dernier Noël blanc sur ce parterre, accouchant d un oiseau noir, la grande faucheuse a coupé leur file.
Sous les flocons naissants , dernier Noël sur la pierre des hommes
Le seigneur a réclamé leur image
Aux cieux le cortège d horreur s enfuit en silence après un dernier râle du vent
Qui emporte jusqu'à la dernière chaleur de ces lieux.
Les yeux à présent traînaient une lourde chaîne reliée à ma tête
Que je relevais comme pour crier l œuvre
Meurtrière enragée des hommes, mais...
Ma tête aussitôt retomba, silencieuse ,au milieu de ce charnier autorisé... Puis à nouveau des voix en fête s échappaient des fenêtres
<>.
Savaient-t ils que l on pouvait mourir ces soirs-la ?
Sans doute pas...quoi penser?
Cette ruelle, ils ne la prendraient jamais,
Jamais ils ne remarqueraient ,et pourquoi...
La gelée blanche partie du théâtre des étoiles allait tomber à mes pieds à présent engourdis par le froid
J observais lentement ce manteau blanc rogner le gris aveugles des rigoles
<>.
Je saignerai toujours d une éternelle plaie,
Mon coeur meurt un peu ,aveuglé par le roulis de larmes glacées inutiles sur mes joues
Ouvrant plus large ma blessure...
J ai sorti alors de mes poches cinq pièces d argent, que je deposais dans le creux de leurs mains restées entr'ouvertes,
Ma voix étouffée lâcha ces quelques mots qui allèrent mourir au milieu de cette pluie de flocons étincelants :
<< ce soir vous feterez votre Noël, messieurs... Ce soir, vous dormirez tranquilles .>>

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