Une nuit...

il y a
1 min
14
lectures
0
J'aime lorsque le crépuscule dépose son voile sur la campagne. Le paysage s'essouffle dans une dernière brise et ses contours s'émoussent jusqu'à l'abîme. Le ciel s'assombrit et rejoint doucement la cime des peupliers qui disparaissent dans la nuit.Dehors n'est plus qu'une toile monochrome tandis que dedans, le relief s'accentue au rythme dansant de la flamme d'une bougie. La pièce revêt une profondeur chaque soir renouvelée et l'âme des lieux s'habille d'ombres tièdes et rassurantes.Quelques notes de jazz trottent dans l'air du temps, effleurent mon visage, et mon corps lentement se détend. Il me regarde parfois par-dessus ses lunettes. Il me regarde sans me voir, dans l'habitude étourdie d'un moment fuyant. J'alpague quelques secondes de son attention...lui dire "je t'aime" d'un battement de cils, ravissement furtif, plein de vérité, pourtant.Lorsque l'indicible émoi flotte, nonchalant, dans l'espace trouble entre deux âmes égarées, les promesses s'enlacent et s'effacent aussi vite que le souffle court est rendu au vent.Les non-dits sont des jeux de cache-cache, des tours de passe-passe pour les timides chroniques trop pudiques.Se chercher en silence et crier du bout des yeux "je t'aime, laisse-moi, je ne sais plus, reviens-moi", et puis faire taire son cœur et ses sursauts lyriques, trop encombrants...le silence est d'or, décidément.Je me plonge dans un livre dont l'essence se perd entre les lignes avant de s'envoler tel un papillon de nuit attiré par la lumière qui tôt ou tard lui brûlera les ailes...je le saisis au plus près du sens, au plus authentique, avant que mon esprit ne change ses couleurs à la palette de mes envies...Dans un silence profond, instant en suspens du vide écho des vagues de voitures sur l'autoroute toute proche, derrière les peupliers invisibles, je traverse ce rideau palpable et épais, et je ploie sous le poids des paroles tues ou des questions restées sans réponse.Je le regarde encore comme une balise à la mer mais il est trop loin déjà, emporté par le tumulte de l'immédiateté des informations des réseaux sociaux... Le coq soudain sonne le glas de la nuit et la magie de l'aube redessine les contours du paysage arboré. Le camaïeu de gris danse dans les branches et les maisons au loin reprennent leurs couleurs... Le mystère s'évanouit, les angoisses s'apaisent mais les questions demeurent pour une autre nuit, un autre songe.
Je vais me coucher...
0
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,