Une nouvelle chance pour 10 euros

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Le bonheur d'écrire ne vaut que s'il est partagé. J'aime offrir et échanger mes émotions, mes sentiments, mes rêves. Ce besoin a toujours existé sans se concrétiser. Ce qui est nouveau, c'est  [+]

Paris, Place de l’Opéra. Evelyne Trentin, directrice marketing de Venedonia, géant italien des collants et chaussettes, termine sa journée. Elle est épuisée. La réunion avec les directeurs italiens s’est mal passée. Ils ont retoqué son projet de diversification dans les cosmétiques. Six mois de boulot pour rien ! Il va falloir tout recommencer.
Elle est tellement énervée qu’elle n’arrive pas à retrouver son rouge à lèvres. En fouillant dans le fond de son sac, elle sent au bout des doigts un petit papier qui cache le bâton de rouge. « Ah enfin ! Mais c’est quoi ce papier? » C’est un petit billet de 10 euros plié en 8 ou en 16, pas plus grand qu’un ticket de métro. Cela faisait trois semaines qu’il traînait au fond de son sac et elle l’avait complètement oublié. Elle avait aussi oublié celui qui lui avait confié ce billet doux sur le quai de la gare de Lagny sur Marne. Un jeune homme qui lui avait fait la conversation dans un train de banlieue entre Paris et Meaux. En la quittant, il lui avait lancé : « Je peux vous laisser mon portable ? Je n’ai pas de papier. Tenez ! », dit-il, en écrivant à toute vitesse son prénom et son numéro sur un billet de 10 euros. « Appelez-moi à Paris ! »
Evidemment, elle ne l’avait pas appelé.
Pour trois bonnes raisons.
La première c’est qu’il lui avait dit qu’il était trader à Paris et qu’il gagnait beaucoup d’argent dans le commerce des matières premières. Un jeune homme qui gagne beaucoup d’argent ne choisit pas un billet de 10 euros comme carte de visite. Pire encore, se dit-elle : 10 euros c’est peut-être la valeur qu’il me donne à la bourse des matières premières féminines ?
La deuxième raison, c’est qu’elle n’avait pas le temps. Overbookée par son projet marketing.
Enfin la troisième raison, c’est qu’elle avait tout simplement oublié ce billet. Elle se dit un court instant qu’elle pourra au moins s’offrir un cappuccino au Café de la Paix à la santé de cet Amaury (le nom inscrit sur le billet).
Et pourtant, ce soir, après l’échec de sa présentation Powerpoint, elle n’a pas envie de rentrer. Elle est même prête à écouter “ son ” trader. Elle a bien besoin de partager une coupe.
— Amaury?
— Oui?
— C’est Evelyne ! Vous vous souvenez de moi ?
— Evelyne...Evelyne... Pas vraiment, pour être franc avec vous !
— Mais si ! On s’est quittés sur le quai de la gare de Lagny, il y a trois semaines !
— Ah oui maintenant ça me revient. Vous auriez dû dire tout de suite : gare de Lagny.
— Dites-moi Amaury, vous travaillez toujours à la Bourse ?
— Oui, mais plus pour très longtemps.
— Quelle surprise ! Vous avez le temps de m’expliquer cela ce soir ?
— Bien sûr ! On se retrouve à 19h au Diplomate à Richelieu Drouot. C’est pas trop tôt ?
— C’est bon. J’arrive. Commandez-moi une coupe de Champagne. J’en ai besoin.
Dix minutes plus tard, Evelyne arrive. Le rouge sur les lèvres et le billet dans le sac...
Amaury est déjà là. Deux coupes de Champagne Deutz posées côte à côte.
— Alors, qu’est-ce qui vous arrive, Evelyne ?
Elle lui raconte sa présentation ratée avant de conclure : « Je ne comprends pas. Mon idée d’élargir l’offre dans nos magasins, c’est le meilleur moyen d’augmenter le chiffre d’affaires. Nos clientes qui viennent pour un collant peuvent aussi acheter un déodorant ou un parfum bio ! Ils n’ont rien compris. Il serait temps de renouveler la direction ! »
— Qu’allez-vous faire Evelyne ?
— Je dois présenter un autre projet. Mais je ne me fais pas d’illusions. Il me faudrait un relais auprès de l’état-major. Sinon je n’ai plus qu’à me tirer. Et vous Amaury, vous en avez assez de la finance ?
— Il ne faut pas rester trop longtemps dans le trading, sinon on devient fou. Je viens de signer un contrat comme directeur général pour la France d’une société internationale.
— Et c’est quoi comme boîte ?
— Venedonia...
— Je ne vous crois pas !...
— Je démarre lundi. Prenez rendez-vous avec ma secrétaire...
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