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UNE MISSION

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Laika

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Quand on lui avait confié cette mission, il savait que rien ne serait facile pour aborder Vermillon Land, cette région autonome, un coin de terre hostile balayée par les vents où les hommes devaient lutter sans cesse contre la poussière des sables rouges. Pourtant c’était là-bas que les dernières technologies voyaient le jour et les progrès scientifiques y étaient remarquables.
Les découvertes étaient suivies de près souvent grâce aux réseaux d’information parallèles mais on pouvait aussi obtenir un visa d’entrée et l’autorisation de visiter certaines installations. Les visas étaient délivrés à l’occasion des commémorations diverses, c’était bon pour la propagande, mais, solidement encadré, on subissait surtout pendant des heures les défilés des engins de guerre les plus sophistiqués et l’on rentrait souvent bredouille.
Il travaillait dans un atelier High Tech d’où sortaient les instruments de musique du futur. Ils avaient maintenant des formes insolites réagissaient aux couleurs, à la voix, au souffle mais il manquait encore la petite merveille qui aurait propulsé l’entreprise loin devant ses concurrentes et il savait que là-bas, la machine existait. Elle portait un nom magique, le cosmophone mais personne ne savait à quoi elle pouvait bien ressembler. Et c’était lui qui devait partir et faire preuve de zèle pour découvrir les secrets de la machine, on lui faisait confiance, c’était un habile négociateur. Et puis il savait malgré tout qu’à Vermillon Land la recherche sur la musique et les sons était considérée comme le domaine réservé de joyeux farfelus. Ceux qui travaillaient dans ces unités ne faisaient pas l’objet d’une surveillance aussi étroite et il espérait donc collecter les précieuses informations sans trop de difficultés.
L’avion atterrit sans encombre malgré les rafales de vent et le taxi aérien le déposa devant son hôtel, une immense tour de verre et d’acier. Du cent cinquante huitième étage où se situait sa chambre, il pouvait admirer la ville tentaculaire aux couleurs grises en attendant l’arrivée de son guide. Au loin, les immeubles aux formes futuristes formaient des lignes vertigineuses qui fuyaient vers un point imaginaire en une multiplication de rayons immenses et il eût brusquement un malaise .Ces maudites lignes obliques, il ne pouvait les supporter, elles avaient résisté à une armée de psychiatres et de psychologues, il avait usé divans et fauteuils sans jamais trouver la clé pour comprendre l’origine de son angoisse.
La sensation d’étouffement s’estompa et il finit par retrouver son calme quand le déclic de la porte le surprit. La fille était là, devant lui. Elle avait des yeux étranges d’un vert délavé strié de veinules rouges qui le mirent mis mal à l’aise tout comme la consistance de la peau de sa main quand elle le salua en lui souhaitant la bienvenue. Elle lui expliqua brièvement avec sa voix étrange quel était son rôle. Elle le piloterait dans l’usine où l’on fabriquait le cosmophone, il pourrait prendre des notes, rencontrer les concepteurs et les techniciens mais il n’aurait droit à aucun cliché et ferait preuve de discrétion.
Franchement elle n’était pas mal pour un robot avec sa chevelure brune et ses jolies rondeurs moulées dans son uniforme. Il le savait: ici on faisait des miracles. Après toutes ces émotions il s’endormit dans ce décor qui lui rappelait vaguement une salle d’hôpital, encore un souvenir enfoui au fond de sa mémoire, très flou, ou plutôt une impression comme une petite lumière clignotante qui s’estompait toujours rapidement. Le lendemain elle était là, brave petit soldat et le taxi aérien les conduisit jusqu’à des bâtiments aux formes sphériques, il allait enfin découvrir l’instrument qu’il avait maintes fois dessiné dans ses rêves.
Quand les portes de métal de l’atelier s’ouvrirent, il commença à suffoquer: face à lui l’énorme machine qui émettait des sons inconnus s’ouvrait comme une immense étoile aux rayons complexes colorés et lumineux et il s’effondra.
Il revint à lui dans sa chambre aux murs blancs. Il dût expliquer à son guide les raisons de la peur panique qui s’était emparée de lui à la vue des longues tiges d’acier du cosmophone. Elle sourit en s’approchant de lui.
« Fais-moi confiance »
Le robot lui parle lentement, sa voix métallique est apaisante, il connaît ce genre de thérapie, mais le son s’infiltre et prendre possession de lui, la sensation est inconnue, les yeux du robot le fixent ils émettent une lumière qui s’intensifie, puis elle prend des formes, se nuance, des images apparaissent. Il est précité vers un lieu qu’il reconnaît: la fête foraine, il vient d’avoir trois ans, il est au pied de la grande roue avec ses immenses rayons, elle tourne avec un bruit métallique et lancinant, les haut-parleurs hurlent des airs qui couvrent les voix, il tient la main de sa mère, une bande de joyeux drilles le bouscule et l’entraîne, quand il réussit à se dégager sa mère n’est plus là, il fond en larmes et se met à crier. Face à lui un manège semble tourner comme une toupie devenue folle et les chevaux de bois ricanent:
«  Elle est partie, tu es seul ». Il se bouche les oreilles pour ne pas entendre. Il s’évanouit.
La voix du robot lui parvient de nouveau, elle est toujours apaisante, elle lui demande de revenir à la surface de sa conscience, les images se dissipent, il est épuisé mais quelque chose s’est délié, il se sent comme en apesanteur, puis les murs blancs limitent son regard. Il ferme de nouveau les yeux, il ira voir sa mère à son retour, une maman-poule qui l’a si souvent agacé, ça fait bien longtemps qu’il n’a pas tenu sa main. Il est heureux d’être là, son enquête, il le sent, va être une réussite, il a hâte de revoir le cosmophone et de se faire expliquer les triangles de couleur qu’il a juste aperçus. A son retour son laboratoire sera fier de lui et puis il va faire aussi des heureux parmi ses amis de l’unité neurologique de l’hôpital, il va ramener pour eux une puce minuscule, arrachée à l’œil du robot.
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Thara · il y a
Une très belle lecture teintée de décors futuristes, dommage que vous n'ayez pas plus étayé cette mission de récupération, avec quelques paragraphes supplémentaires.
Cela nous aurait valu une nouvelle sur fond de S.F !

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