Une histoire décousue de fil blanc

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En un mot j'aime la vie ! Les mots doux, les mots chuchotés, les mots-valises ou les mots-clés. Et les partage  [+]

Je suis encore en retard, une fois de plus. Max le chauffeur du bus de 7 h 50 m’attend avec le sourire !
— Alors Lily, tu as encore eu une panne d’oreiller !
C’est son rituel, une manière de me dire bonjour ! Max, c’est mon premier soleil de la matinée. J’ai ma place juste derrière lui. Il me raconte des histoires. Je ne sais pas s’il les invente ou s’il les a vécues. Le bus démarre et Max me transporte par le simple son de sa voix.
— Hier, tu ne devineras pas ce qui m’est arrivé. Au terminus, j’ai découvert un petit chaton, couleur fauve, le poil ras, recroquevillé au fond du bus. J’ai réussi à l’attraper. Après quelques coups de fil, c’est ma sœur qui l’a récupéré : elle l’a appelé Rasibus !
C’est comme cela tous les matins. Il me raconte ses anecdotes, ses voyages, sa Martinique natale ou les plats qu’il a cuisinés.
Ce matin-là, les visages du bus me sont familiers. Le jeune, casque sur les oreilles, dodelinant au rythme de sa musique ou la femme tournant fébrilement les pages de son roman. Tous, sauf un. Mon regard se pose sur cet homme. Ce n’est pas un habitué. La petite quarantaine, il a l’air absorbé par ses dossiers. Ses mains sont fines. Il se dégage de lui un certain calme.
Max me fait remarquer :
— Lily, tu as mis deux chaussures différentes !
A ce moment, l’homme se tourne vers moi, j’ai à peu près la tête d’une fille de CP prise en flagrant délit de vol de fraises Tagada. Je me mets à rougir. L’homme a un petit sourire. Je cherche vite à me sortir de cette situation. Cela tombe bien, je descends à l’arrêt suivant.
Le lendemain, me voilà encore essoufflée. Max me salue avec son habituel sourire. Je prends place derrière lui. Assis de l’autre côté, l’homme de la veille déploie un large sourire et regarde mes pieds. Nous partons dans un éclat de rire mais je détourne le regard. A ce moment, Max vient me sauver :
— Tu sais ce que j’ai cuisiné hier ? Un vivaneau à la sauce chien, un poisson à la chair soyeuse, un vrai délice.
Pour masquer mon trouble, l’homme me regardant avec insistance, je lui demande la recette. Max a exercé plusieurs métiers, cuistot, serrurier, jardinier, mais il devrait se reconvertir en conteur car quand il parle de son vivaneau, c’est tout un poème ! L’homme me regarde avec de plus en plus d’aplomb.
Max me lance :
— Lily, tu vas louper ton arrêt, t’es dans la lune ou quoi ?
Toute la journée je repense à l’inconnu du bus, son visage aux traits délicats et ses yeux noirs.
Le jour suivant, je suis à l’heure. J’ai mis des talons hauts et ma plus belle robe. Elle est un peu serrée. Elle est fendue, dévoilant légèrement mes cuisses. L’inconnu est à la même place. Je baisse un peu les yeux. La conversion avec Max reprend comme un fil ininterrompu. L’inconnu me couve du regard. C’est bientôt mon arrêt. Je me lève. Il me suit. Je descends juste devant lui et entend distinctement un petit crac... Ma robe vient de se fendre jusqu’à la naissance de mes fesses.
Une histoire décousue de fil blanc !

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