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Ce qui me plaît
dans la vie en général
dans la littérature en particulier
c’est l’effet de surprise :
l’inattendu,
l’incongru,
et pour finir le providentiel.

Depuis quelques jours,
Prix Goncourt ou non,
rien n’y fait :
c’est la panne.
Pas la moindre appétence.
Basta ! les livres.
Nada, les mots.

À l’intérieur de ma cervelle attiédie et somnolente,
mes neurones doivent pourtant s’agiter et bouillonner en douce :
« Hello, les mecs, cherchez, furetez, trouvez :
notre auteur-lecteur s’emmerde comme pas permis ! »

Eh bien, voilà qui est fait.
Et de la manière la plus inattendue
que je vais conter ici avec une pudique sobriété.

Avant-hier, un de mes jeunes amants m’a ébloui
enchanté
attendri
emballé
et proprement sidéré.
La raison ?
Jamais, vraiment jamais, je n’ai rencontré
un trentenaire aussi tendre et câlin,
aussi prévenant vis-à-vis des antiquités,
aussi caressant sans jamais devenir étouffant,
un miracle fait chair :
à la fois liane, velours, mousseline, fragrance, arabesques, enluminures, frisottis, mignardises, eau de rose, rosée, lait, miel...
– et jamais dans mes bras
et entre mes cuisses
un aussi beau jouvenceau,
aussi bien fait de sa personne,
aussi endurant et entreprenant
pendant des heures et des heures.
Je l'ai remercié
en lui écrivant sur Messenger qu'il était
"le plus câlin des hommes."
Il m'a dit apprécier le compliment.
Bref, le mec plus ultra.
J’en frissonne encore en écrivant ces mots
tandis que bat mon vieux cœur de midinette
Et que, plus bas...
Passons, revenons à la Pure Littérature.

Cette nuit, réveillé vers 2 heures,
comme souvent hélas,
une impulsion soudaine.
Un spasme.
Un éclair.
Eureka !
Sur ma liseuse,
toujours à portée de main,
deux clics et trois secondes
ont bel et bien suffi pour capturer
sur l’écran bleuté
LE titre du livre
qui est venu sans crier gare
me visiter au cœur de la nuit.
– nouvel opus
qui à son tour va me subjuguer et me caresser.
Ce sont les deux mots du titre
– en fait un seul mot composé –
qui m’a soudain éveillé.
(Ma Muse n’est jamais vraiment assoupie
et a parfois d’étranges fréquentations reptiliennes !)

Déjà les premiers mots de l'opus
incendient mes pupilles
et vrillent mon cœur et mon corps :
« Je vais entrer ici dans le vif du sujet... »
annonce l’incipit.
Miraculeux incipit.
Entrer dans le vif du sujet,
ça me va très bien
et c’est de circonstance.
Oui, te dis-je, LE livre tant espéré !

Illico presto,
sur la page « sa » tendresse espiègle opère
(le héros s'appelle aussi Michel)
tandis que ma poisseuse solitude
est chassée dans les marges.
Voilà que je redécouvre un bouquin dévoré 50 ans plus tôt
et la magie opère :
un envoûtement drôle, tendre, caustique, magique, prophétique pour notre contemporaine solitude... !
Avec ce genre de style décalé
qui époustoufle, émeut et me fait m’esclaffer.
Quel auteur faramineux !
Dommage qu’il ait pris un raccourci
un matin de décembre...

(J’ai une pensée émue pour l'écrivain. Aussi pour Johan, mon Câlin de la veille,
mon providentiel sex friend qui a dû, sans même le savoir,
peut-être même à son corps défendant,
titiller en même temps que ma peau
ma mémoire littéraire !)

Est-il utile, pour conclure, de citer
le nom de l’auteur et du chef-d’œuvre paru en 1974 ?
Ce seul extrait,
– puisque je m’adresse ici à des lecteurs cultivés
et à des auteurs raffinés –
... ces quelques lignes devraient donc suffire
à susciter l’appétence
et la textuelle jouissance :

« J'ai toujours manqué de bras.
Deux bras, les miens, c'est du vide.
Il m'en faudrait deux autres autour.
Lorsqu'on a besoin d'étreinte pour être comblé dans ses lacunes,
autour des épaules surtout,
et dans le creux des reins,
et que vous prenez trop conscience
des deux bras qui vous manquent,
un python de deux mètres vingt fait merveille.
Cros-Câlin est capable de m'étreindre ainsi
pendant des heures et des heures. »


Boulogne-Billancourt, le 06/11/2019.
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> Mila < · il y a
Oh !!
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RAC · il y a
Délirant !
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Christian Pluche · il y a
Un sacré bouquin !
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Bellinus Bellin · il y a
Un sacré auteur ! Dommage, il ne me reste plus que quelques pages… dont le dernier chapitre inédit. Merci d'avoir lu.
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Cruzamor · il y a
J'ai marché à fond la caisse, j'ai vibré et je partage ce plaisir qui parfois ces temps-ci se camoufle et nous échappe : c'est l'époque qui veut ça ... elle veut même chasser le rêve ... ce serait donc la fin.
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Bellinus Bellin · il y a
Merci d'avoir lu ! Et dans "la caisse "se love le python… symbole de nos enlacements défunts ou présents… toujours pour rompre la SOLITUDE (idem avec nos toutous de compagnie, nettement moins exotiques qu'un serpent de plus de deux mètres !).
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Patrick Gibon · il y a
le l'érotico couguar et jeune python de la fournaise plutôt réjouissant.
je n'ai pas découvert l'auteur, cela ne me dit rien, le secret et mystère reste entier!

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Bellinus Bellin · il y a
Je lève le voile… le roman est trop bien ! "Gros-Câlin" d'Emile Ajar. Bonne soirée et merci d'avoir lu. PS Il n'est jamais prouvé que mes délires sont autobiographiques !!!

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