Une guerre mondiale s’annonce…

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Grande fan de "Harry Potter", "Derrière la haine", " l'assassin habite au 21", "Le jour où j'ai appris à vivre"... La lecture est une délicieuse passion  [+]

Image de 2020
Image de 15-19 ans

Le monde est en souffrance.

Caché dans mon lit, je regarde l’horloge suspendue sur le mur opposé. Elle affiche 14h :07. Je n’ai pas sommeil. Mais je n’ai pas non plus la force suffisante pour entamer cette nouvelle journée qui ressemblera trait pour trait à celle d’hier, comme celle d’avant-hier.

Donc, je reste ici posé sur le dos, la nuque enfouie dans l’oreiller, quand l’oiseau habitant mon ventre se met à gazouiller par durées périodiques. Je franchis le pas, je rends l’impossible possible et me dirige vers la cuisine. J’ouvre le réfrigérateur, il n y a rien. J’ouvre les tiroirs un par un dans l’espoir d’apercevoir l’ombre d’une boite de conserves ou d’un sachet de pâtes mais rien, tout est vide.

Je lâche la poignée du tiroir et prend appui sur le plan du travail. Je repense à elle. C’est une image que j’ai, elle est assise dans le fauteuil du salon toute souriante face à moi. Les larmes me montent aux yeux, je secoue la tête pour m’en débarrasser.

Je prends sur moi, et machinalement, je me décide d’aller faire les courses. Je prends le soin de mettre la dernière paire de gants de jardinage qui me restait à la maison, une écharpe bien épaisse autour de ma tête, sans oublier des lunettes de piscine pour protéger mes yeux. Bah oui, il faut s’y faire ! Les particules nocives sont déjà arrivées sur le territoire depuis des semaines déjà.

Je fais à peine 10 pas que j’aperçois des gens aller et venir, les mines graves, les visages à moitié cachés par les fameux masques FFP2, les mains fourrées dans des gants chirurgicaux. Ils n’osent pas s’approcher les uns des autres. Ils ne s’adressent même pas la parole. Et lorsqu’ils se croisent dans la rue, ils se lancent à peine des regards méfiants, presque accusateurs, avant de disparaitre chacun à l’autre bout de la rue. Nous nous méfions les uns des autres, le traitre peut se trouver partout.

La vie est traitresse. La terre a tourné, puis encore tourné pour finalement, nous faire glisser dans un tourbillon de problèmes qui divisent la population mondiale à petits feux. Tout le monde a entendu parler de l’Amérique, furieuse contre l’Union Européenne et sa rébellion, de l’augmentation de la méfiance entre les nations, et des théories du complot qui accusent tel ou tel pays d’être à l’origine des expériences menées dans la zone 51...et j’en passe.

Je ne peux m’empêcher de repenser à elle, à ses yeux brillants quand elle me voix heureux, et qui deviennent sombres quand je suis malheureux. Ses étreintes chaleureuses, et son beau sourire à travers lequel on peut voir les plissements à côté de ses yeux.

Je me sens responsable.

Je ne peux faire un pas de plus, je ne peux voir plus que ce que je viens de voir. Je ne peux tenir debout encore plus longtemps. Alors, c’est avec des yeux collés par terre et le moral à zéros que je rebrousse chemin.

Je mets la clé dans la serrure de la porte, et la tourne. Pourquoi ai-je survécu ? N’était-il pas plu simple de me laisser mourir avec elle pour ne pas voir cette cruauté qu’est devenu notre quotidien ?

C’est vrai que la haine sociale et la cruauté humaine ont explosé telle une spirale qui emporterait le bon sens et la bonne éducation de chacun. Mais heureusement que la solidarité existe toujours, sinon l’humanité courrait sûrement à sa perte, même si elle est déjà en chemin.

Je rentre, pose mes clés sur la table basse du couloir, et avant d’enlever ma veste, je m’écroule par terre. Je ne peux m’empêcher de penser à cette maudite journée, où le trois-quarts de mon cœur est mort. Il est mort et enterré avec elle.

Ma douce, ma chère, ma tendre mère. Comment pourrais-je vivre dans cette maison sans ta présence ? Tu étais la lumière qui m’indiquait la bonne voie, la flamme qui nourrissait ma joie de vivre. Tu étais la seule personne qui ravivais ma confiance en moi, et qui m’aidait à me relever quand je tombais au plus bas. Tu étais ma maman, ma sœur et mon amie. Sans toi, la vie est sans couleurs, sans espoir, et sans joie. Comment vais-je rire alors que tu étais la seule avec qui je riais ? On passait de merveilleux moments ensemble.
Comment pourrais-je encore dormir en paix sans avoir droit à tes étreintes ? Sans toi je suis perdu. Sans toi je ne suis plus moi.

Après un long moment, je me lève et me mets au lit.
Il est 21h :35. La sonnerie retentit. Je ne veux pas me lever mais la personne agresse la sonnette.
- Oui, j’arrive.

Je mets mon écharpe pour ne pas contaminer le visiteur, car oui, je suis porteur asymptomatique des particules nocives. Les scientifiques ne connaissent pas encore la nature de ces particules. Ils disent que ce n’est pas un virus, mais plutôt quelque chose de vivant. Peut-être un parasite...
J’ouvre la porte. C’est une jeune femme que je n’ai jamais vue auparavant.

- Bonsoir...je suis la voisine, j’ai déménagé tout juste avant le confinement. J’ai appris pour votre mère. Toutes mes condoléances.
- Hmm....
Silence, puis :
J’ai préparé de la soupe, mais un peu de trop. Je vous en ai apporté.
- Merci, mais non.
Mon ventre se met à gargouiller.
- Vous êtes sûr ?
- Sûr et certain. Au revoir.
Mon traitre ventre m’a vendu.

De toute façon, je n’en aurais pas besoin de sa soupe. Puisque les morts n’ont jamais besoin de se nourrir.

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ALYAE B.S · il y a
Coucou poulpe, je viens de découvrir votre œuvre. Excusez-moi d'être en retard. Vous avez du style. Une invitation à venir découvrir mon TTC la face cachée de l'Isère qui est en finale. J'ai vraiment besoin de votre soutien. 😉
Passez une excellente journée 😁

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Gina Bernier · il y a
J'ai vu votre nom dans un commentaire. De plus j'arrive trop tard pour voter.Et j'aime votre texte, j'aime cet hommage que vous rendez à votre maman. J'aime la place qu'elle tenait dans votre vie. Mais ouvrir sa porte , son amitié à une voisine qui prend part à votre peine. vous n'êtes pas mort,votre ventre gargouille et la soupe offerte aurait sans doute apportée un lien, une consolation de ne pas se retrouver seul au monde.j'affirme que rien ne peut remplacer une maman, et si elle fait défaut, il y aurait avec un peu de chance, une de substitution avec les mêmes qualités
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Houda Belabd · il y a
Je suis d'accord avec la chute :)
Je vous invite à découvrir Maurice, un sans-abris isérois, ici: https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-chienne-de-vie-dun-sans-abri-iserois

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Poulpe perdu · il y a
Avec plaisir^^
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Houda Belabd · il y a
Bonjour Poulpe perdu. Si mon très très court vous plaît toujours autant, n'hésitez pas à le soutenir maintenant qu'il est en finale. Merciiii :)
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Jean-Claude Renault · il y a
Un peu tard pour le soutien, mais le coeur y est.
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Poulpe perdu · il y a
C'est ce qui importe^^
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ALI CONDE · il y a
Bravo pour ce beau texte ! Vous avez mes 3 voix. ET
Merci de passer faire un tour chez moi et soutenir mon texte si vous avez le temps.
Le lien du vote 👇👇. https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/une-mere-au-visage-defigure-et-son-fils

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Ombrage lafanelle · il y a
On ne s'attend vraiment pas à la fin. On croit que sa mère est morte alors qu'en fait...
Bravo! J'aime!

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Zalma Solange Schneider · il y a
Oh, quelle chute !!! :o

Je découvre votre texte, très prenant (malgré quelques "coquilles", ça arrive… ), et que j'ai beaucoup aimé !!

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Poulpe perdu · il y a
C'est bien gentil.
Je suis ravi^^

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JPM · il y a
Chute intéressante car un mot change la perspective du récit
Je vote

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Virginie Ronteix · il y a
Terriblement sensible....
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DEBA WANDJI · il y a
Tristesse et désolation meublent ce conte à la thématique délicate. J'aime bien.
je vous invite à découvrir mon texte en course pour le prix jeunes auteurs https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/etoile-perdue-2
N'hésitez pas de laisser vos impressions en commentaries. Merci!