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Une goutte de pluie

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Sacha Leblanc

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Les gouttes se détachent une à une du store. Cette simple averse de printemps m'empêche de rentrer chez moi. J'aime la pluie.

Si je ne rentre pas, ce n'est pas par peur de prendre froid, mais parce que je ne veux pas rater le fin du spectacle. Je suis donc là, sous le store d'un vieux magasin, à attendre la fin de cette averse.

Les gouttes continuent de tomber. Je ne sais pas pourquoi je suis aussi fascinée par ces petites gouttes d'eau. Peut-être à cause du cicle éternel dans le quel elles sont bloquées.
Comme moi, comme cette planète et comme cet univers.

Tu arrives, dans un océan ou une flaque d'eau, entouré de tes congénères ; tu fais tout pour monter au plus haut, et, finalement, tu tombes.
C'est une analogie, un peu pessimiste, je l'admets, mais surtout assez proche du fonctionnement de ce monde.

Tiens...la pluie s'arrête. Les nuages se sont écartés, poussés pas le vent vers d'autres horizons...
Je n'ai pas envie de rentrer. Moi aussi, je veux aller et venir, poussée par le vent. Alors je me laisse porter. Le vent dans le dos. Je ferme les yeux et marche, en silence, dans les rues désertiques de ce petit village où je suis née.

J'inspire l'air frais et humide. Je sens l'odeur de la terre mouillée. Je continue de marcher, laissant le vent me guider. Ma tête se vide peu à peu de toute pensée et je reste là. Seule. À la différence des gouttes de pluie, quand un humain tombe, il est seul.

Je cesse de marcher. Je lève la tête et ouvre lentement les yeux. Le ciel est bleu. J'enlève mes chaussures et m'allonge dans l'herbe mouillée.

Il n'y a plus la moindre trace de nuage. Ils sont partis, eux aussi. Je tends l'oreille, dans l'espoir d'entendre le chant d'un oiseau, mais il n'y a pas un bruit.
Je suis seule, allongée dans l'herbe. Je ferme les yeux.

Je rêve...Je rêve que je suis une goutte d'eau. Insignifiante à qui ne s'y intéresse pas, précieuse à qui en a besoin. Autour de moi, des milliers d'autre gouttes d'eau se serrent et se bousculent. Elles se pressent toutes. Pour aller où ? Nul part. Il y a aussi des gouttes au dessus et en dessous de moi. J'essaie de monter vers la surface, vers le soleil. Je monte, monte, monte sans m'arrêter. Je vois d'autres gouttes qui, elles aussi, se dirigent vers le ciel. Soudain, je m'arrête. Je regarde en bas et vois le monde. Pas d'assez près pour voir mes consœurs restées au sol, pas d'assez haut pour ne plus distinguer ce monde que j'ai haïs et fuis.

Je ne fuirais plus ce monde. Je le regarderais en face et j'irais vers lui. Je tombe. Non, je ne tombe pas, je vais là où je dois aller. Où je veux aller. Je fonce. Le sol se rapproche de plus en plus. Les gens s'écartent pour me laisser passer.

Je touche enfin le sol. Le choc n'est pas douloureux, amortit par mon étrange consistance (si on peut appeler cela un consistance). Je suis là où je voulais être, maintenant je veux aller ailleurs.

Je me réveille, dans l'herbe verte, face au ciel bleu. Je suis là où je veux, maintenant je veux aller ailleurs.
Je récupère mes chaussures, les mets, me lève et marche. Le vent dans le dos.
Je ne sais pas où il me guidera, mais je lui fais confiance, car maintenant, où que j'aille, je serai heureuse.
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Zoé Bergues · il y a
Bravo ! Mais pourquoi t’es-tu fais passé pour une fille (« je suis née » ; « seule ») ?
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Sacha Leblanc · il y a
Le narrateur et l'auteur ne sont pas forcément la même personne
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Zoé Bergues · il y a
De rien d’avoir voté ! ;)
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Zoé Bergues · il y a
Bah ouais ...
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Zoé Bergues · il y a
Logique !!!
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Zoé Bergues · il y a
???

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