Une fin précipitée.

il y a
3 min
117
lectures
93
Qualifié

"Ce qui est créé par l'esprit est plus vivant que la matière". Tel est mon leitmotiv. J'espère que vous prendrez plaisir à lire ce que j'ai pris tant de plaisir à écrire  [+]

Image de Les 40 ans du RER
Image de Très très courts
Cela faisait des mois que les chaînes d’informations diffusaient en boucle que Paris était sûre. La majorité des grandes villes étaient déjà tombées, ensevelies par cette pandémie sans nom. Des murs encore plus hauts que la tour Eiffel avaient été érigés et protégeaient Paris et ses banlieues. Dans l’enceinte des murs, la vie suivait son cours. Tout avait été fait pour que rien ne vienne troubler ce calme apparent.
Au-delà d’eux, le chaos régnait. Un vent de désolation sifflait à travers les fenêtres des maisons abandonnées en toute hâte.

Comme tous les matins, sur le quai bondé, Julien attendait le RER A pour se rendre à son travail. A son arrivée, les voyageurs pressés s’y engouffrèrent et Julien, grâce à son habilité, parvint à y trouver une place assise.
Peu après le départ, son attention fût captée par l’étrange attitude d’un homme en face de lui. Ce dernier transpirait à grosses gouttes et n’arrêtait pas de gesticuler dans tous les sens au grand dam de la femme à sa droite. Sans aucune raison apparente il s’arrêta net, sa tête bascula en arrière et son regard devint vitreux. Les personnes les plus proches s’étonnèrent de ce comportement et au vu son immobilité, tentèrent de le réanimer. Tout à coup, une voix surgit des haut-parleurs, annonçant qu’une équipe médicale allait être dépêchée au prochain arrêt et que plus personne ne devait s’approcher du malheureux.

A ces mots, un cordon de sécurité se dessina naturellement autour de lui. Julien quitta son siège et vint se mêler à la foule incrédule qui regardait, impuissante, ce corps sans vie qui gisait devant elle. « Le prochain arrêt est encore loin» songea Julien.
Subitement, l’homme inconscient redressa sa tête et se mit à regarder autour de lui. Son regard n’avait plus rien d’humain et de la bave s’écoulait de sa bouche entrouverte. Il se mit à grogner comme une bête et à claquer des dents. Les voyageurs les plus proches de lui tentèrent de s’éloigner, mais la foule compacte empêchait leur fuite.
Soudain, il saisit le bras d’un homme et le mordit à pleines dents. Puis, il bondit sur sa gorge et les deux hommes s’écroulèrent devant toute l’assemblée stupéfaite. L’effroi et l’incompréhension se lisaient sur les visages. Julien, tétanisé, assista à toute la scène. Sans crier gare, il décida de foncer vers la porte à l’avant du wagon pour s’éloigner du lieu du drame.

Abandonnant sa victime à son triste sort, le forcené se jeta sur une femme qui tentait elle aussi de fuir. Il la mordit au mollet et un morceau de chair se détacha de sa jambe. Des cris de douleur et de terreur retentirent dans tous les coins. Rejoindre les autres wagons et espérer arriver le plus vite possible au prochain arrêt, restaient les seules options pour survivre.
La première victime succomba de ses blessures mais l’instant d’après, elle se releva et se mit à attaquer sans distinction les autres voyageurs.

Julien continua sa progression vers l’avant, il ne pensait plus qu’à sauver sa vie et éviter à tout prix d’être mordu par une de ces créatures. L’anarchie régnait. Les cris de détresse s’amplifiaient à chaque fois qu’une nouvelle victime mutait et attaquait à son tour. À chaque extrémité du wagon, la foule s’amassait, les gens se marchaient dessus pour s’éloigner de ces « bêtes furieuses ».
Quelques voyageurs courageux tentèrent de se battre pour leur vie, de frapper, ces hommes et femmes devenus des monstres assoiffés de sang. Leurs efforts restèrent vains devant le nombre de « transformés » qui grandissait à vue d’œil.
Le mal qui les rongeait n’existait plus seulement au-delà des murs mais aussi en plein Paris et se répandait comme une traînée de poudre.

Les caméras du wagon diffusaient au centre de contrôle les images du carnage en temps réel. Une voix provenant du centre hurlait, dans les haut-parleurs, de garder son calme et que des secours étaient en route mais personne ne l’écoutait.
En jouant des coudes, Julien parvint enfin à la porte. Derrière lui, les hurlements se faisaient plus nombreux. Il essaya de l’ouvrir mais elle était fermée à clef. A travers la vitre de cette dernière, il pouvait voir les voyageurs de l’autre wagon se demander ce qu’il se passait dans le sien.
Enfin, il aperçut des lumières qui annonçaient que le prochain arrêt était proche. L’espoir renaissait. Mais contre toute attente le RER se mit à accélérer de plus en plus et, soudain, une forte accélération les fît tous basculer en arrière. A toute allure, il dépassa l’arrêt salvateur et poursuivit sa course vers le suivant.

Devant ce fait, Julien compris que ses chances de survie se réduisaient comme peau de chagrin. Des voyageurs essayèrent de briser les vitres, de sortir par les fenêtres dont ils tentaient d’agrandir les ouvertures. Ceux sur le quai virent passer...

... « Prochain arrêt : Châtelet - Les Halles » annonça une voix dans les haut-parleurs. Victor pris dans la lecture de son roman sursauta à cette annonce.
— Mince, déjà !
Cette remarque fit sourire le couple assis en face de lui. Courtoisement, il leur sourit en retour tout en marquant la page de son livre et en l’enfouissant dans sa sacoche. Le RER s’arrêta et les portes s’ouvrirent. Dans une chorégraphie exécutée avec soin, les voyageurs présents dans le wagon rassemblèrent leurs affaires et s’apprêtèrent à sortir. Ils furent accueillis, tels des héros, par une haie d’honneur dessinée par ceux qui désiraient y entrer.

Encore plongé dans ses pensées et imaginant le dénouement de son roman, Victor s’engouffra dans ce flot de voyageurs qui sortait et se retrouva sur un quai surchargé. Il se fraya un chemin jusqu’à l’escalier mécanique qui menait vers la sortie, continua tout droit et disparu dans une marée humaine pressée de voguer à ses occupations journalières.
93

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,